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CHAPITRE II ÉVENTUALITÉ DE CATACLYSME

Plus on est près de la nature, plus Tinslinct agit ; il en est ainsi pour l'enfant dans ses actes quotidiens, il en est ainsi pour les foules en elTervescence, qui se donnent sans long travail d'esprit, à un moment de révolution, la Constitution qui leur convient le mieux.

L'autorité et le contrôle y ont chacun leur place et rien ne s'opposerait au fonctionnement indéfmi de l'organisme constitutionnel ainsi créé si une lente poussée des forces intellectuelles, au service d'intérêts matériels, ne travaillait incessamment à user l'un oti l'autre dos deux grands principes constitutionnels et quelquefois les deux. . Il a fallu trois siècles pour pousser à ce point d*usure la monarchie française à son couchant. 11 a suffi de quelques lustres pour y mettre en même posture, si les événements se précipitaient, la troisième république. C'est le résultat de la progression des forces intellectuelles. Pareillement il avait fallu trois siècles pour créer un

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stock d'or, qui a été doublé dons les vingt-cinq dernières années du xix** siècle.

Mais les régimes, si décrépits soient-ils, peuvent vivre indéfiniment si la question financière ne se pose pas. Par contre, rien ne résiste à la gêne. C'est quand la crèche est vide que l'étable est en rumeur I

Un insuccès guerrier produit une révolution, mais la victoire ne l'empêche pas. L'ancien régime a succombé après avoir eu, grâce à l'insurrection américaine, le dernier mot dans sa longue lutte avec l'Angleterre. Le Directoire, avec Bonaparte, était partout vainqueur. Le régime actuel peut tomber malgré nos victoires sur l'Allemagne, malgré la revanche, si nous ne régularisons pas notre atroce situation financière. Par contre, les forces de renouvellement de la République sont infinies et, si elle revient à l'équité, une nouvelle et longue carrière s'ouvrira devant elle. Il sufFit de nettoyer les rouages encrassés, mais il le faut sous peine de voir gripper la machine.

La dernière guerre a été un événement sans précédent dans les annales du monde ; la situation financière qui la suit est aussi sans analogue.

Nous aurions pu, nous pourrions encore, en produisant de quoi payer ce que nous devons et en remplaçant dans les disponibilités mondiales Artaud. a

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une part de ce que la guerre a consommé, nous assurer une situation économique d'une prospérité inouïe ; mais si nous ne faisons rien dans ce sens, si nous ne produisons même pas de quoi paver les intérêts de nos dettes extérieures, nous devons crouler sous le fardeau sans cesse grandissant qui nous oppresse. Il n'y a pas de moyen terme. II faut nous enrichir ou nous ruiner I

Cette vérité déjà acquise et proclamée il y a deux ans^ a été copieusement et péremptoirement démontrée par les événements. Nous devions deux cents milliards en 19 19 après cinq ans de guerre. Nous devons aujourd'hui plus de trois cents milliards. Où allons-nous, en continuant ainsi ?

Nous n'avons pas la possibilité de faire faillite, même si nous le voulions ; nos obligations vis-àvis des éprouvés de la guerre sont sacrées î

Nos obligations vis-à-vis de l'étranger sont pressantes et il ne nous laissera pas indéfiniment les éluder. En matière internationale on ne fait pas faillite, sans que le débiteur devienne plus ou moins, comme dans l'antiquité ou chez les peuplades sauvages, l'esclave de son créancier.

Il faut donc faire face à nos dettes. Le pouvonsnous? Ce travail a pour but de démontrer que c'est très possible.

I. Confcrenco du 5 octobre 19 19 à la Soclétti d'économie politique.

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On voudra bien me permettre de ne faire étal que de nos disponibilités nationales.

Vraiment tout a été dit sur ce que paiera ou ne paiera pas l'Allemagne. Il faut exiger d'elle tout ce qu'elle nous doit et tout ce qu'elle peut nous payer, mais, pour ne tabler que sur des données certaines, je ne me préoccuperai, dans ce travail, que de ce que nous pouvons tirer de notre propre fonds. Plus nous en tirerons, plus nous serons à même de faire payer l'Allemagne et ces rentrées, tout de même aléatoires, trouveront toujours leur place quand elles se produiront. Les chiffres plus ou moins élevés de la dette allemande constituent le fond d'une littérature politicienne illusionniste, qui nous a déjà fait maintes fois lâcher la proie pour l'ombre. On comprendra donc que je laisse de côlé ce sujet traité déjà par tant de brillants virtuoses et qui, de leur part, donnera encore lieu à bien des variations, dans tous les sens du mot.

C'est l'inéluctable nécessité de faire face à nos engagements qui me met la plume à la main. Je ne suis pas un financier, mais la crise n'est pas d'ordre technique. Les financiers ne bouchent un trou qu'en empruntant une brique à un autre mur sain de l'édifice. Ils ne créent pas et il faut créer. Le problème relève du bon sens et de l'énergie.

Il me semble que chaque citoyen a le devoir de dire à ce sujet ce qu'il croit utile. On a bien

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voulu m'envoyer au Parlement, j'ai donc été à même d'examiner de plus près la situation. Elle n'est pas de celles auxquelles puissent remédier les conclusions d'un discours. Il faut résolument remonter le courant dont les mille flots se sont extravasés dans tous les sens. Cela exige un travail d'ensemble et je fais de mon mieux pour y procéder.

Je ne m'illusionne pas sur les résultats de ce travail, les modérés ne sont pas capables d'un efibrl, même quand il s'agit de leur vie ; et les extrémistes, travestissant tout ce qui se dit, présentent sous le jour le plus odieux des inspirations, discutables au point de vue de leur opportunité ou de leur efficacité, mais suggérées par le patriotisme le plus ardent et le plus désintéressé. Quel que soit le résultat de ce que je verse à l'élude de la question financière, je dois cette contribution, caria nécessité qui nous oppresse nous met en face d'une éventualité urgente de cûlaclysme si nous ne réagissons pas et on doit tout faire pour éviter au pays ce maUieur qui, non seulement n'arrangerait rien, mais aggraverait tout.

Si une révolution de plus pouvait être de quelque utilité à mon pays, ce n'est pas cela qui m'effraierait ; je suis plus révolutionnaire que les extrémistes et je préconiserai, au cours de ce travail, des efforts bien plus durs que ceux de déterminer ou de suivre un mouvement popu-

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