‹ Finances et bon sensChapitre 6 sur 46 · APOLOGUE · texte numérisé non relu

APOLOGUE

été donnés, demander leur concours à des amis disposés à courir la chance du rétablissement physique et économique de la famille. Si le mal cède, lorsque la famille est à bout de ressources et perdue de dettes, sa situation financière est très analogue à celle de la France victorieuse, mais devant deux cents milliards, réduite dans ses moyens d'action par les pertes humaines de la guerre, et ayant à refaire dix de ses départements.

Allons jusqu'au bout de l'apologue et attribuons, avant la crise, dix mille francs de rente et autant de gains annuels à la famille assaillie par le malheur. Avec cela elle vivait médiocrement, mais à l'aise.

Après la maladie, tout l'avoir de la famille est hypothéqué ; une dette à court terme s'est jointe à la dette hypothécaire, et les soins qu'exige la convalescence sont encore très coûteux.

Le seul moyen pour la famille ainsi éprouvée de revenir à son premier état est de hausser son revenu à quarante, cinquante, soixante mille francs par an, pour faire face aux frais, payer les intérêts de la dette et commencer à l'amortir. Pour cela, le père fera appel à ceux de ses enfants dont il aurait prolongé les études. Il s'imposera des travaux supplémentaires et exploitera pour les obtenir la sympathie que lui vaut son infortune et aussi l'intérêt qu'auront ses créanciers à ce qu'il s'acquitte envers eux. Il tombera peut-élre

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sur des périodes difficiles qui rendront longtemps vaine sa bonne volonté et inefficaces ses efforts ; mais il s'attellera à la besogne ; tous ses enfants se joindront à lui et, dans un temps plus ou moins long, suivant les événements, en cinq ou en quinze ans, il reviendra à l'ancienne situation franche de dettes, mais avec cette différence que les gains développés, qui lui auront permis de faire face à ses obligations, n'auront pas déraison de se réduire quand il aura payé ses dettes. Il sera à ce moment sur le chemin définitif de la prospérité I

La France n'a pas autre chose à faire que le père de famille vainqueur, mais obéré. Il faut qu'elle demande à tous ses enfants de produire, et les résultats de son action dans ce sens seront secondés par le trouble général de la vie économique du monde inhérent à la grande guerre, ce qui est une aide sur laquelle ne peut pas compter notre chef de famille. Un besoin de reconstituer les stocks existe partout et facilite les ventes des producteurs, s'ils savent produire plus qu'ils ne consomment. Une [longue période s'écoulera encore avant que le monde ait repris le courant ; ce n'est que peu à peu que des satisfactions qu'on a appris à ne plus rechercher provoqueront de nouveaux besoins, qui à leur tour, solliciteront et rémunéreront la production.

Les champs de bataille, les spectacles de dévastation de nos départements envahis attirent des

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foules, qui déposent sur leur passage le limon fécondant de leurs dépenses. Il n'y a pas une minute à perdre pour exploiter cette veine.

Qui sait si, demain, une conflagration autre ne nous permettra pas, nous aussi, de tirer d'une guerre, dans laquelle nous ne serons pas champ de bataille, ce que les Etats-Unis ont gagné dans la grande guerre. Mais pour cela il faut être en pleine production. Si le rétablissement économique n'est pas fait, nous aurons toutes les souf- Irances de la guerre voisine, mais nous n'en aurons pas le bénéfice involontaire et fatal que notre dernière crise a procuré à tant de nos voisins neutres et même belligérants.

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