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puissent se faire. Maiiitenez-le, je serai satisfait; je ne vous demande pas autre chose.

Mais vous voulez aller plus loin, vous voulez 1«; hausser dans des proportions considérables, et alors cette muraille j^eu élevée que je pouvais enjaniber, ce fossé que j'avais pu franchir, vous le remplacez par un nmr plus élevé, par un fossé plus large et plus profond. Je ne puis plus i:>asser. L'air où je respirais encore n'est plus respirable. Eh bien, je vous dejiiandc du jour, je vous d(Mnande de Fair qui est absolument nécessah'c i notre industrie et au génie de la France. Il faut négocier et faire des traités.

Je sais bien que vous allez nous répondre : « Nous avons le tarif minimum. » J'avoue que je n'ai pas encore bien pu comprendre ce quô pourra être dans la pratique ce tarif minimum, et je crois que vous auriez bien du mal à nous le faire comprendre.

"Vous pourrez dire encore que vous avez aussi certaines combinaisons possibles, notanunent celle d'un tarif intermédiaire enti'e le tarif général et le tarif minimum. Mais c'est là de la théorie pure I

En eifet, vous êtes en négociations avec un pays. Allez-vous |»ouyoir lui dire : « Voilà mon tarif minimum ; voulez- vous négocier pour que nous relevions les droits sur un certain nombre d'articles ? » C'est une chimère ridicule I Et le rapporteur de la commission des douanes a bien raison ch> dire qu'eut rti le seul tarif mini-

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mum et le seul tarif maximum il faudra choisir.

Vous aurez donc un tarif niiniiuuui et uu tarif maximum. Mais, quand vous voudrez négocier, c'est le tarif inininumi que vous offrirez en échange de certains avantag«'s que vous espérez obtenir de l'autre partie. Vous ne réussirez pas ; vous l'avez reconn\i; vous avez déclar*' que, « tout en se réservant de recourir. > il y avait lieu, à ce nK)do de transaction, il ne se dissimulait pas qu'il serait difficile do le faire accepter par un pays quelconque. 11 est bien probable qu'ils (les pays étrangers) demanderont tous le tarif minimum ou qu'ils se résigneront à subir le tarif général. »

Mais cela aussi, j'en ai peur, c'est de rutoi)ie. Voyez-vous toutes les nations de l'Europe venant nous supplier de leur donner le tarif minimum ? voyez-vous cette négociation que nous poursuivons entre nous-mêmes, comme l'a si bien dit M. Deschanel ? Car, que faisous-nous? Nous négocions avec nous-mêmes. Nous représentons nos intérêts et nous avons aussi la prétention de représenter ceux des autres. Et, dans ces conditions, nous nous entendons parfaitement ; mais ici, dans cette enceinte, rien n'est plus facile que de faire aboutir des négociations de ce genre. Mais ouvrez les portes au grand jour, et vous vous apercevez immédiatement que toute cette petite combinaison d'horlogerie n'a rien de pratique. On peut se mettre d'accord quand on prend entre soi un avocat du diable pour discuter, mais

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quand on est en présence du diable lui-même, c'est autre chose.

Cette supposition qu on n a personne t ii lace de soi, cette idée qu'en se Jiiettant la tête sous Taile on peut traiter toutes les questions européennes sans que personne y contredise, cette pensée que tout ce que vous ferez sera aisément accepté, tout cela me semble naïf jusqu'à la puérilité.

Quand on fait un contiat, il faut être deux : sans cela, le contrat ne vaut rien. {Très biefi!) Croyez-vous que nous puissions faire accej)ter des transactions, des néuociations, des combinaisons f(ne nous aurons faites entre nous?

Oh! il est li-ès facile de si' nommer soi-même député : on est sur aloi s d'avoir Funanimité ; mais (juaiid on v»'ut s(i faire nommer par des électeurs, il faut bien couipter avec eux, savoir ce qu'ils i»ensent ef « u tenir compte. Et de môme si vous \oidez traiter aNcc rétran£»er, votre and)ition serait-elW .d*" fiii'*^i ties traités sans rinlei-veidion de la diplomatie? Alors pourcjuoi maintenir im homme distingué à la tête du ministère des atïaires étrangères ? Votre combinaison revienl à 'lii' : « Jetez ce petit morceau de papier à la j^oste, il ira à l éti anger et le ti'aité sera fait. Quant à la séduction de votre parole, quant aux sentiments élevés avec lesquels vous savez parler à TEurope, nous n en avons pas besoin. Le moindre garçon de bureau du ministère nous suffira i^our mener les négo-

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ciation-. - Très bien'. t7'ès bien! sur divers h a ne s.

Vos conibinaisoHs basée? -^wv rr I ai if minimum n Ont donc aucune valeur.

Nous ne pouvons pas plus nous iionimt i' i)«hisinêmes députés que fjiii»' des traités avec les autres pays, et je dinii à M. l'évéque d'An.i^(îrs que cela me rappelle le conclave de Carp<întras dans l«'quel un cardinal s'est nonnné pape à lui tout seul. [Pares.) Heureusement que cela n'nrrive pas souvent î

Par conséqurnl. imns s(jmm('S obligés do cberciier autre chose. Vous ne voulez pas nous donner ce tarif général avec lequel nous n'auricms pas besoin de ces ti'aités de commerce qui, «•omnic 1<' disait M. Deschanel, sont contraires aux théories de la lir)erté commerciale? Alors laites que ces traités devenus nécessaires soient possibles ! ne vous acharnez pas i\ constituer autour de vous ce blocus roui iiKîntal qu'on plaisante, mais qui ne scM-aiL que trop réel. Car, en somme, que faites-vous? Vous empêchez les marchandises d'arriver chez nous, vous ne voulez pas les laisser entrer ; vous établissez des droits qui diminuent !<■ mouvement de votre r«)mmerce.

Eh l)ien, mais c esl ce rfu'on appelle le blocus ! Et ce blocus continental, ce ne sont pas les Anglais (pii l'ont mis sur nos côtes, c'est Napoh'n)n — c'est vous-mêmes aussi (\u\ voulez l'étal tUr aujourd'hui.

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J'ai Connu un yraiid protectionniste ciui, duii.un de ses écrits — vous connaissez peut-être le passage, racontait qu'il avait été frappé dans son enfance du spectacle auquel il avait assisté quand ses parents le conduisaient à la promenade sur les quais de Marseille, le long desquels des centaines de bâtiments étaient rangés, depuis la Gannebière jusqu'au fort Saint- Jean, absolument immobiles depuis des années ! 11 les connaissait tous pai- leur figui e et par leur nom, comme on connaît les maisons d'une rue familière. « Jamais, disait-il, j(î nen ai vu un seul déplacé pendant les dernières années de l'empire. Aussi sa chut»' fut-elle l'occasion d'une joie dont je n ai jamais été témoin en aucun autre temps ni en aucune autre circonstance. »

Le protectionniste illustre dont je parle, c'était M. Thiers.

Eh bien, messieurs, vous en arriverez peutêtre, avec votre système, à établir autour de la France un cordon sanitaire aussi étroit qu<' l'ancien blocus; il nous faudra un jour le briser, et ce jour-là nous assisterons à cette explosion de joie que jamais M. Thiers n"a retrouvée dans sa vie.

;Mais ne songez- vous pas qu'avant ce jour de triomphe il aura passé bien des jours de deuil? Ne songez- vous pas au malheureux gouvernement qui aura eu votre appui? Vous lui porterez le coup le plus fatal, et ses pires ennemis ne feraient pas contre lui ce que vous allez faire.

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Il faut absolument briser votre loi d'airain.

On nous a dit, à nous, économistes, que nous avions une loi d'airain, la loi des salaires ; nous avons pu démontrer que l'accusation était inexacte et que l'on avait pu voir, en efl'et, les salaires s'élever considérablement depuis le commencement du siècle. Votre loi d'airain, à vous, qui nous enserre, et nous met dans Timpossibilité de nous mouvoir, c'est votre tarif minimum, qui ne peut inspirer confiance aux nations et va rendre impossible toute négociation.

Messieurs, gardez-vous de le voter! En le faisant, vous porteriez atteinte au gouvernement d<> la République, que vous avez si bien défendu à d'autres époques, que vous voulez défendre encore aujourd'hui, et que vous iriez sacrifier à vos passions protectionnistes. Est-ce que vous croyez pouvoir enfermer la France dans ses limites, trop étroites, hélas ! Croyez-vous donc pouvoir faire de la France une puissance de troisième ordre ? Croyez-vous que son génie, ce génie fait d'expansion, qui lui a valu la conquête du monde, puisse résister à un réifime de compression ?

Ne savez-vous pas que la mission de la Fi ance est de se répandre sur le monde? Et vous voulez lui couper les ailes? Vous voulez nous réduire à n'être plus la grande nation? Aux luttes héroïques des armes succèdent aujourd'hui les luttes pacifiques, et vous refuserez un combat où, comme dans les autres, vous pouvez pré-

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tendre à la gloii e de vaincre ? Vous ne le ferez pas! Ne trouveriez-vous pas que le plus grand des désastres qui piit nous atteindre serait un amoindrissement de la France, et que le pire des malheurs pour vous, pour votre nom, serait d'avoir été responsables dans une mesure quelconque de la diminution de ce grand nom de la France?

Je fais appel à vos sentiments de j^^triotisme et je vous demande de ne pas aller trop loin dans une voie désastreuse. Je ne suis pas assez fort i^our vous demander de venir jusqu'à moi; mais je puis vous demander de vous arrêt ci'.

Aujourd liui, cela est bien certain, il se produit un grand mouvement, non seulement dans notre pays , mais dans tous les pays. Nous en avons eu le contre-coup jusque dans la commission des douanes. Que le Gouvernement sache diriger ce mouvement, qu'il s inspire des intérêts généraux «lupays dont il a la charge, qu'il soit notre arbitre. 11 en aie pouvoir : il peut faire ce qu'il veut, et je sais qu'il ne voudra que des choses justes, bonnes et modérées. {Très bien S très bien!)

Quant à moi, s'il sait prendre celte direction à laquelle je le convie, je le suivrai ; nous le suivrons tous, » L nous aurons la confiance que la France, placée en de bonnes mains, ne perdra rien de son ancienne grandeur. [Applaudissements sur divers ba?ics à gauche.)

BIBLIOGRAPHIE

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