‹ Fior d'AlizaChapitre 105 sur 197 · CHAPITRE CINQUIÈME. ôi · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. ôi

viennent dans la saison de la Notre-Dame de septembre donner la sérénade aux Madones des carrefours ou aux jeunes fiancées sur leurs balcons» indiquées secrètement par les amoureux, qui leur font la cour avec Taveu de leurs mères ; les âjnes pieuses ou les cœurs tendres me jetteront quelques baloques dans mon chapeau, ce sera assez pour me nourrir d*un peu de pain et de figues ; les marches des églises ou les porches des Madones me serviront bien de couche pour la nuit, enveloppée que je serai dans le lourd manteau de mon oncle; car j'ai oublié de vous dire, monsieur, quej*avais trouvé aussi dans le cofi're, et que j'avais emporté sur mon bras le manteau de peau de chèvre brune, qui sert de lit Tété, ou de couverture Thiver aux pifferarù

En vivant ainsi et en parlant avec Tun ou avec Pautre, quelque âme charitable finira bien par me dire ce qui est advenu de Hyeronimo. Un malheur comme le sien (un ffuaî) , cela doit faire bien du bruit dans le pays ; quand je saurai oii on Ta jeté, soit dans les cachots, soit même dans les galères de Serra Vezza^ je finirai bien, par la grâce de Dieu, par me faire voir ou par me faire entendre de lui. Qui sait, peut-être me laissera-t-on lui parler et soutenir ses fers pour le soulager de son travail? Quand il saura que sa sœur souffre avec lui, il souffrira la moitié moins, car une âme prend, dit-on, plus de la moitié des maux d*une autre âme sur la terre, comme dans le purgatoire. Être plaint, être regardé seulement par qui vous aime,

c'est être à demi déchargé. Allons, et fions-nous à Tange de la Bible qui nourrissait les lions dans la fosse de Daniel, pour qu'ils ne dévorassent pas Tinnocent persécuté*

Tout en parlant ainsi en moi-même, je repris la zampogne, le manteau, le bâton à pointe ferrée de mon oncle, et je me risquai à sortir, route rougissante, mais toute réconfortée, de dessous Tarche du pont.

C^était rheure de midi : personne ne passait en ce moment sur la route à cause du grand soleil et de la grande poussière.

Quand je fus seule ainsi, sur le haut du pont, je vis tout au sommet de Tarche du milieu un pilier creusé en niche où rayonnait une Madone toute couverte d'or et d'argent, de fleurs en papier, et de poussière sous sa grille. Je me sentis inspirée de tomber à genoux devant elle et de lui jouer un air de montagne, afin de Tattendrir sur mon sort, mais surtout sur celui d'Hyeronimo ; je me dis : Personne ne me voit ni ne m'entend qu'elle, personne ne me donnera un pauvre baloque ou un pauvre carlin (autre pièce de monnaie populaire dans cette partie de l'Italie) ; ce n'est donc pas pour le monde, c'est bien pour elle toute seule que je vais jouer, elle m'en saura plus gré que si c'était

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