‹ Fior d'AlizaChapitre 104 sur 197 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

tude, les bruits ou les silences des lieux solitaires, les rugissements même des bêtes dans les bois ne ro*o'nt jamais fait peur, voyez-vous I Mais la foule d'une ville où tout le monde vous regarde, où personne ne vous connaît, où Tœil du bon Dieu lui-même semble vous perdre de vue dans la confusion de la multitude, les bruits confus et tumultueux qui sortent comme des chocs des feuilles ou des vagues, des hommes rassemblés, allant çà et là, sans se parler, où leur pensée inconnue les mène I oh ! c'est cela qui m'a toujours fait trembler sans savoir de quoi, car l'homme, je crois, c'est plus perfide que la nuit, c'est plus terrible que la mer de Uvourne sur le rocher de la Meloria; c'est plus intimidant que les sombres murmures des pins dans les ténébreuses montagnes des Camaldules de Lucques I

Je pensai que je n'oserais jamais sortir de dessous l'arche du pont sur lequel j'entendais déjà les pas des contadins qui portaient des raisins et des figues au marché, et surtout que je n'aurais jamais le courage de passer devant les gardes des portes et d'entrer dans la terrible ville.

Et quand tu y seras, me disais-je en moi-même, que feras-tu? où iras-tu7 A qui oseras-tu demander où l'on a mené ton cousin, et dans quel cachot on le retient?

Et quand on te le dirait, à qui t'adresseras-tu pour qu'on t'ouvre les portes de fer de sa cage ? Et alors même que ta parviendras à le découvrir et que tu te coucherais, comme une chienne sans maître, au pied de sa tour pour le voir un jour mener au supplice et pour demander à mourir

avec lui, qui est-ce qui te nourrira en attendant, et où trouveras-tu, sans un baloque seulement dans la main, un asile pour reposer ta tête ?

Tout cela m*apparut pour la première fois à Pidée, monsieur, et me fit aussi froid au front et au cœur, bien que ce fût en un beau jour d'automne, que si un vent de neige avait soufflé sousfarche du pont. Je fus tentée de remonter à la cabane ou bien de rester là sans faire un pas de plus» pour mourir de faim sous le lit desséché du torrent . . • •

Je ne sais pas au juste combien d'heures je restai dans cette angoisse ; mais quand je m'en réveillai, les rayona plus longs du soleil avaient pénétré à moitié sous Tarche^ échauffaient le sable et, en me rendant la chaleur; me rendaient la pensée et le courage. Je me dis : Tu n'as pas à choisir, Hyeronimo est dans Lucques ; il est là, soit pour vivre, soit pour mourir, là tu dois être pour mourir ou pour y vivre le plus près de lui que Dieu le permettra. Entre sans trembler dans la ville. En te. voyant dans ce costume et avec la zampogna^ dont tu sais jouer, sous le bras, tout le monde te prendra pour le fils d'un de c^%pifferan qui

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