‹ Fior d'AlizaChapitre 125 sur 197 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

aurez éprouvé mes pauvres services ; pourvu que mon père

et ma tante mangent leur pain retranché du morceau que vous me donnerez, je ne demande que leur vie par-dessus la mienne.

— Eh bien ! c'est dit, s'écria*t-elle en battant ses mains Tune contre Tautre, comme quelqu'un qui est content ; descends avec moi dans le guichet où mon mari t'attend pour Renseigner le métier, et laisse là ton bâton, ton manteau de peau et ta zampogne dans ta chambre ; il te faut un autre costume et d'autres airs maintenant. Mais ton visage, ajouta-t-elle en riant, et en me passant la main sur la joue pour en écarter les boucles blondes, ton visage est bien doux pour la face d'un porte-clefs ; il faudra que tu te fasses, non pas méchant, mais grave et sévère ; voyons, fais une moue un peu rébarbative, quoique tu n'aies pas

encore un poil de barbe.

— Soyez tranquille, madame, lui répondis-je en pâlissant d'émotion, je ne rirai pas souvent en faisant mon métier ; je n'ai pas envie de rire en voyant la peine d'autrui, et^ de plus, je n'ai jamais été rieur, tout en jouant, pour ceux qui rient, des airs de fête.

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En parlant ainsi, nous descendions déjà lentement les marches noires de Tescalier mal éclairé par des meurtrières grillées» 'qui donnaient tantôt sur la cour, tantôt sur les belles campagnes de Lucques»

— Voilà ton porte-clefs, dit-elle en souriant à son mari et en me poussant, toute honteuse, devant le bargello, assis entre deux guichets, au bas des degrés, devant une grosse table chargée de papiers et de trousseaux de clefs luisantes comme de l'argent à force de tourner dans les serrures.

Le bargello regardait tantôt sa femme d'un air de joie» tantôt moi d'un air de doute :

— Ce visage-là ne fera pas bien peur à mes prisonniers, dit-il en souriant ; mais, après tout, nous sommes chargés de les garder et non de leur faire peur. II y a des innocents et des innocentes dans le nombre; il ne faut pas leur tendre leur morceau de pain et leur verre d'eau au bout d'une barre de fer : il est assez amer sans cela, le pain des prisons ; viens, mon garçon, que je te montre ton ouvrage de tous les jours, et que je t'apprenne ton métien

A ces mots, il se leva, prit un gros trousseau de clefs dans une armoire de fer, dont il avait lui-même la clef sus-

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