CHAPITRE CINQUIÈME
Tout cela était vrai encore. Mais je ne disais pas mon pays ni la raison qui m'avait fait prendre un habit d'homme» ni le meurtre d'un sbire qui avait jeter mon cousin dans quelque prison.
La bonne femme, me croyant vraiment de Âbruzzes, ne me demanda même pas le nom de mon village.
— Est-ce que tu n'aimerais pas mieux, mon pauvre garçon, continua-t-elle, entrer en service chez des braves gens que de courir ainsi les chemins, au risque d'y perdre ton âme & vendre du vent aux oisifs des carrefours?
— Oh I oui, que je l'aimerais bien mieux I lui répondisje, toute rouge de l'idée qu'elle allait peut-ôtre me proposer la place du gendre qui venait de la quitter, et pensant à toutes les occasions que j'aurais ainsi de voir, d'entendre et de servir celui que je cherchais.
— Eh bien I me dit-elle avec plus de bonté encore, et comme si elle avait parlé à un de ses fils (mais elle n'en avait jamais eu), eh bieni craindrais-tu de prendre service chez nous parce que nous sommes geôliers de la prison du duché, dont tu vois la cour par cette fenêtre, et parce que le monde méprise, bien & tort quelquefois, ceux qui portent le trousseau de clefs à la ceinture.
pour ouvrir ou fermer les portes des malfaiteurs ou des innocents ?
— Oh ! que non, m'écriai-je entrant tout de suite mieux qu'elle dans son idée, je ne crains rien de malhonnête au service d'honnêtes gens, comme vous et le seigneur bargello vous paraissez être tous les deux. Un geôlier, ça n'est pas un bourreau; c^est une sentinelle qui peut exécuter avec rudesse ou avec compassion la consigne de monseigneur le duc. Je n'aurais pas de répugnance à voir des malheureux, surtout si, sans manquer à mes devoirs, je pouvais les soulager d'une partie de leurs peines. Quand j'étais chez mon père, je n'aimais pas moins mes chèvres et mes brebis, parce que je leur ouvrais la porte de l'étable le matin et que je la refermais sur elles le soir. Disposczdonc de moi comme il vous conviendra ; j'obéirai avec fidélité à vos commandements, comme si vous étiez mon père et ma mère.
— Et les gages? me dit-elle, toute contente en me voyant consentir à son idée, combien veux-tu d'écus de Lucques par année, outre ton logement, ta nourriture et ton habillement, que nous sommes chargés de te fournir?
— Oh ! mes gages, dis-je, vous me donnerez ce que vous me jugerez devoir gagner honnêtenient, quand vous