‹ Fior d'AlizaChapitre 128 sur 197 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

pente et communiquait, par une grille sous leurs pieds, avec le grand égoût de la ville où on leur faisait balayer leur paille tous les matins.

Ils mangeaient sans table ni nappe, assis à terre^ sur leurs genoux. Ils se taisaient, ou ils parlaient entre eux, ou ils chantaient, ou ils sifflaient tout le reste du jour.

Quand on voulait leur passer leur nourriture, on les faisait retirer au fond de la loge, comme les lions ou les tigres qu'on montre dans la ménagerie ambulante de Livourne ; on faisait glisser au milieu du cachot une seconde grille aussi forte que la première ; on déposait entre ces deux grilles ce qu'on leur apportait, puis on ressortait.

On refermait aux verrous le premier grillage, on faisait remonter par une coulisse, dans la voûte, la seconde barrière; ils rentraient alors en possession de toute la loge et ils trouvaient ce qu'on leur avait apporté dans l'espace compris entre les deux grilles. Ils ne pouvaient ainsi ni s'échapper ni faire de mal aux serviteurs de la prison.

Deux manivelles à roues, placées extérieurement sous les arcades, servaient à faire descendre ou remonter tour à tour ces forts grillages de fer, qu'aucun marteau de forgeron n'aurait pu briser du dedans, et qu'une main d'enfant pouvait faire manœuvrer du dehors.

Le bargello m'enseigna la manœuvre dans le premier cachot vide que nous rencontrâmes, à droite, en entrant dans cette triste cour.

— Gr&ce à Dieu 1 me dit-ii en marchant lentement sous le cloître, les loges sont presque toutes vides depuis quelques mois : Lucques n'est pas une terre de malfaiteurs ; le peuple des campagnes est trop adonné à la culture des champs qui nMnspire que de bonnes pensées aux hommes, et le gouvernement est trop doux pour qu'on conspire contre sa propre liberté et contre son prince. Le peu de crimes qui s'y commettent ne sont guère que des crimes d'amour, et ceux-là inspirent plus de pitié que d'horreur aux hommes et aux femmes : on y compatit tout en les punissant sévèrement. C'est du délire plus que du crime ; on les traite aussi par la douceur plus que par ' le supplice.

En ce moment, continua-t-il, nous n'avons que six prisonniers : quatre hommes et deux femmes. Il n'y en a qu'un dont il y ait &se défier, parce qu'il a tué, dit-on, un sbire, en trahison, dans les bois.

Je frissonnai, je pâlis, je chancelai sur mes jambes, comprenant bien qu'il s'agissait d'Hyeronimo ; mais, comme

Page 1