‹ Fior d'AlizaChapitre 130 sur 197 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

le voisinage; ils furent aperçus d*en haut par le jeune bandit.

— Sauve-toi, en te courbant sous les myrtes, lui dit sa courageuse compagne, et laisse-moi dépister ceux qui montent à ta poursuite ; une fille n'a pas à craindre d'être prise pour un brigand.

A ces mots, la jeune Maremmaise poussa son amant à gauche, dans un sentier qui menait à la mer ; quant à elle, elle saisit le trombloA, la poire à poudre, le sac à balles et le chapeau pointu du brigand, et, se jetant à gauche, sous les arbustes moins hauts que sa tête, elle se mit à tirer, de temps en temps, un coup de son arme à feu en Tair, pour que la détonation et la fumée attirassent les sbires tous de son côté, et laissassent à son compagnon le temps de descendre par où on ne Tattcndait pas, vers la mer; elle laissait voir, à dessein, son chapeau calabrais par-dessus les feuilles, pour faire croire aux gendarmes que c'était le brigand qui s'enfuyait en tirant sur eux.

Quand elle reconnut que sa ruse avait réussi et que son amant était en sûreté, dans une barque à voile triangulaire qui filait comme une mouette le long des écueils, elle jeta son tromblon, son chapeau, sa poudre et ses balles dans une crevasse, et elle se laissa prendre sans résistance. Elle n'a?ait tué personne, et n'avait exposé qu'elle-même aux coups de feu des gendarmes. Mais eux, honteux et indignés d'avoir été trompés par une jeune fille qui leur

avait fait prendre une proie pour une autre, ramenèrent enchaînée à Lucques, où les juges ne purent pas moins faire que de la condamner, tout en Tadmirant.

Elle est en prison pour cinq ans et elle y nourrit de son lait, mêlé de ses larmes, le petit brigand qu'elle a mis au monde six mois après la fuite de son mari ; son crime, c*est d'être née dans un mauvais village et d'avoir vécu en cornpagnie de mauvaises gens ; mais ce qu'elle a fait pour un bandit qui l'aimait, si elle l'avait fait pour un hennête homme, au lieu d'être un crime, ne serait-ce pas une belle action ?

Il ne me fut pas difficile d'en convenir, car je portais déjà envie, dans mon cœur, au dévouement de ma prisonnière ; en passant devant sa loge, je jetai sur elle un regard de respect et de compassion.

— Pour celui-là, me dit le bargello^ il a tiré sur les chevreuils de monseigneur le duc dans la forêt réservée à ses chasses ; mais sa femme, exténuée par la faim, n'avait, dit-on, plus de lait pour allaiter les deux jumeaux qui suçaient à vide ses mamelles taries de misère. C'est bien un voleur, si vous voulez, les juges ont bien fait de le punir, lui-même ne dit pas non, mais ce voMà pourtant, qui estce qui ne le ferait pas, si on se trouvait dans la même an-

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