CHAPITRE SIXIÈME
dit en me montrant la dernière loge grillée, sous le cloître, au fond de la cour :
— Il n'y a qu'un grand criminel ici, qui n'inspire ni pitié ni intérêt à personne, c'est celui-là, ajouta-t- il en me montrant du doigt et de loin la loge d'Uyeronimo. Ohl pour celui-là, on dit que c'est une bête féroce qui vit de meurtres dans les cavernes de ses montagnes. Il a, d'un seul coup, tué traîtreusement un sbire et blessé deux gardes du duc ; il n'emportera pas loin l'impunité de ses forfaits, et personne ne pleurera sur sa fosse ; il est d'autant plus dangereux que l'hypocrisie la plus consommée cache son âme astucieuse et féroce, et qu'avec le cœur d'un vrai tigre il a le visage candide et doux d'un bel adolescent ; il faut trembler quand on l'approche pour lui jeter sa nourri' ure. Ne lui parlons pas, son regard seul pourrait nous frapper, si ses yeux avaient des balles comme son tromblon ; fais-lui jeter son morceau de pain de loin, à travers la double grille, par la main du piccinino^^et^ les autres jours, ne te risque jamais à entrer dans sa loge, sans avoir la gueule des fusils des sbires de la porte derrière toi.
A ces mots, le bargello revint sur ses pas pour sortir de la cour, et je crus que j'allais m*évanouir de contente-
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ment, car, sMI m^avait dit : Entre dans cette loge, et qu'Hyeronimo et moi, nous nous fussions vus ainsi tout à •coup, devant le bargello^ face à face, sans être d'intelligence avant celte rencontre, un cri de surprise et un élan Tun vers Tautre nous auraient trahis certainement.
La Providence nous protégea bien tous deux, en inspirant au bargellOf sur la foi des sbires, celle terreur et cette horreur pour le pauvre innoceat.
Rien qu'à son nom et & Taspect de son cachot, mes jambes fléchissaient sous mon corps. Le piccinino, pour cette fois, resta après nous dans la cour et fil tout seul la distribution des vivres aux prisonnières et aux prisonniers.
Le bargello rentra dans son greffe, et sa femme, survenant à son tour, m'enseigna complaisamment tout ce que j'avais à faire dans la maison : à aider le cuisinier dans les cuisines, à tirer de l'eau au puits, & balayer les escaliers €t la cour, à nourrir les deux gros dogues qui grondaient aux deux portes, & jeter du grain aux colombes, à faire les parts justes de pain, de soupe et d'eau aux prisonniers, même à porter trois fois par jour une écuelle de lait à la captive de la deuxième loge pour l'aider à mieux nourrir son enfant, qu'elle ne suffisait pas à allaiter par suite du chagrin qui la consumait, la pauvre jeune mère !