‹ Fior d'AlizaChapitre 135 sur 197 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

pois, 8*il était mort, comment poarrais-je vivre moimême? Avons-nous jamais eu un souflDe qui ne fût pas à nous deux? Nos âmes ont-elles jamais été un seul jour plus séparées que nos corps? Les balles qui frapperaient sa poitrine n*en briseraient-elles pas deux?

Et puis enfin, ajoutai -je avec un rayon d'espérance dans le cœur, puisque la Providence a fait ce miracle, sur le pont de Saltochio, de me faire ramasser par cette noce, de me conduire juste, au pas de ces bœufs, chez le bargello où il respire, d'inspirer la bonne pensée de me prendre à leur service à ces braves gardiens de la prison, de me per^ mettre ainsi de me faire entendre d'Hyeronimo avec Tassistance de notre zampogne, de le voir et de lui parler tant que je le voudrais, sans que personne soupçonne que je sais où il est, et que la clef de son cachot est dans les mains de celle qui lui rendrait le jour au prix de sa vie ; qui sait si cette Providence n'avait pas son dessein caché sous tant de protection visible? et si..«

La voix du piccinino interrompit ma pensée en me disant que c'était l'heure de porter la nourriture aux dogues du préau, de jeter des criblures de graines aux colombes du puits, et de renouveler l'eau dans les cruches

des prisonniers, comme on m^avait appris le matin quM) fallait faire.

— C'est bien» dis-je à Tenfant, la corde du puits est trop dure à faire tourner sur la poulie pour tes. doigts, et tu ne pourrais pas non plus m* aider à faire descendre et remonter la double grille dans sa rainure jusqu'aux voûtes des loges; amuse-toi là, dans le vestibule du cloître, à tresser la paille qui sert de litière aux détenus, je ferai bien seul l'ouvrage pénible, contente-toi de surveiller la porte extérieure et de m'avertir si le bargello ou sa femme venait à m'appelen

— Oh ! le bargello et sa femme, me dit l'enfant, ils ne nous appelleront pas de la journée, ils viennent de sortir tous les deux pour aller au tribunal entendre l'accusateur de ce scélérat de montagnard qui est ici couché, comme un louveteau blessé dans sa caverne, et pour demander aux juges à quelle heure ils devront le faire conduire demain devant eux, pour le juger par demandes et par réponses*

J'affectai l'air indifférent à ces paroles du petit enfant ; je lui donnai cinq ou six grosses bottes de paille des prisons à tresser proprement pour le pavé des cachots, et je lui recommandai bien de ne pas se déranger de son ouvrage

Page 1