‹ Fior d'AlizaChapitre 142 sur 197 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

ver^ je ne pus m*empêcber d'avouer qu'il disait trop juste et qu*à sa place j'aurais certainement dit ainsi nu)i*méme* Mais une pauvre fille des montagnes, amoureuse et désolée, mon père et ma tante, ezcuset-moi cela, ne pense pas à tout à la fois ; je ne pensais alors ni à moi, ni à vous, . mais au pauvre Hyéronimo. Si j'ai eu tort, j'en ai été bien punie.

Quand nous eûmes ainsi longtemps parlé bouche à bouche, cœur à cœur, à travers les froides grilles du cachot, trois coups de marteau de l'horloge de la cour, résonnant comme un tremblement de Tair, sous les souterrains, nous apprirent que trois heures s'étaient écoulées dans une minute et qu'il était temps de nous arracher l'un à l'autre si nous ne voulions pas être surpris par le retour du bargello.

Nous convînmes ensemble que tel ou tel air de ma zam* pogne, pendant la nuit, du haut de ma tour, voudrait dire telle ou telle chose : peine, consolation, espérance, bonne nouvelle, absence ou présence du bargello et toujours amour ! Car le poids du cœur en fait découler enfin les secrets, ma tante I Et cette fois, malgré notre silence et notre ignorance de nous-mêmes jusque-là, nous n'avions pas pu nous cacher que nous nous aimions, non -seulement de naissance, mais d'amour, et que l'absence ou la mort del'un serait la mort de l'autre.

J'avais bien rougi en lui avouant ce que je sentais, sa* voii avait bien tremblé en me confessant pour la première fois que je ne faisais pas deux avec lui dans son idée et

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dans ses rêves, et que sMI n'avait rien osé dire encore à sa mère et à son oncle pour qu'on nous fiançât ensemble à San Stefano, c'était à cause de mes silences, de mes tristesses, de mes éloignements de lui depuis quelques mois, qui lui avaient fait douter s'il ne me causerait pas de la peine en me demandant pour fiancée à nos parents ; il me dit qu'il ne regrettait en ce moment ni la prison ni la mort, puisque son malheur avait été l'occasion qui avait forcé le secret de mon cœur.

Oh ! que nous nous dîmes de douces paroles alors, à travers les barreaux, ma mère ! et que même en ne nous parlant pas, mais en nous entendant seulement respirer, nous étions contents ! Il me semblait que je buvais du lait par les pores, et qu'une douceur que je n'avais jamais éprouvée me coulait dans toutes les veines et m'allanguissait tous les membres, comme si j'allais mourir et que la mort fût à la fois une mort et une résurrection. Je présume que le paradis sera quelque chose comme l'éternelle surprise et l'éternel aveu d'un premier amour, entre ceux qui s'aimaient et qui ne se l'étaient jamais dit !

Au second battement de marteau de l'horloge qui nous avertissait, je m'en allai à contre- cœur en reculant, en re-

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