‹ Fior d'AlizaChapitre 144 sur 197 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

f)Qa chambre ; je Tempécherai seulement une heure ou deux de s*envoter, je lui dohnerai des graines douces et du mab sucré sur le bord de ma fenêtre, et je la lâcherai ensuite pour qu'elle rëjoigtlë ses compagnes dans la cour; tu la reconnaîtras au bout de fil bleu que j'aurai noué à ses jam* bes roses» et c'est celle-là que tu apprivoiseras de préférence en faisant peur aux hùtrés; au bout de deux ou trois jours, tu verras qu'elle viendra à tout moment te visiter et qu'à tout moment aussi elle Remontera de la lucarne à ma tour, pour redescendre encore de ma tour à ton cachot.

J'efrillerb.i ma veste et ma ceinture, et, quand le fil sera blanc, roùge ou bleu, cela voudra dire : Boniîe nouvelle I et, quand il sera brun ou noir, cela voudra dire : Prenons garde, tremblons et prions I Toi, tu lui attacheras un fil à la patte pour me dire : Jepetise à toi, je t'ai comprise, je suis content ou je suis en (feiné. Nous slàurons ainsi, à toute heure, gràce^ à ce messager, ce qui se remue dans nos cœurs ou dans nos sorts, sans que la présence du bargeÙo dans la cour puisse empCcher nos confidences.

Quand le bargeltorexAth du tribunal et qu'il entendit la zampogne dans la cour, il vint à moi.

— ^ C*est bien^ me dit-il, mon sfarçon, j'aime que ma

prison soit gaie et que mes prisonniers aient de bons mo* ments que Dieu leur permette de prendre , même en leur donnant tant de mauvais jours.

Gaie I... Elle ne le sera pas longtemps, ajoutart-il à voix basse et en se parlant à lui-même.

Je pâlis sans qu*il s'en aperçut, et je me doutais qu'on avait peut-être jugé à mort celui quMls appelaient le meurtrier. Je n'osai rien témoigner de mon angoisse, de peur de me révéler, et j'attendis que le bargello fût ressorti de la prison pour faire parler, si j'osais, sa bonne femme.

Hélas I je n'eus pas grand'peine à provoquer ces renseignements ; dès que je la rencontrai, en sortant du cloître, dans la cuisine où j'allais chercher les paniers de pro vende pour le souper des prisonniers :

— Tu auras trop tôt une écuelle de moins à leur servir, me dit-elle avec une vraie compassion.

— Quoi I dis-je avec peine, tant le désespoir me serrait la gorge, le meurtier a été jugé ?

— A mort I murmura- t-elle en me faisant un signe de silence avec ses lèvres.

— A mort ! m'écriai-je en laissant retomber le panier sur le carreau.

— Pauvre enfant, dit-elle, on voit bien que tu as bon cœur, car tu as p&li à l'idée du supplice d'un misérable qui ne t'est rien, pas plus qu'à moi, ajouta-t-elle, et pourtant je n'ai pas pu m'empêcher de pâlir, de trembler et de pleurer moi-même , tout à l'heure, quand j'ai entendu

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