‹ Fior d'AlizaChapitre 154 sur 197 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

— Oui, j'ai pensé en moi-même : ne disons rien ; qu'il nous suffise de soupçonner qu'elle est là ; que son cousin n'y est probablement pas loin d'elle ; que le bon Dieu, en permettant ce rapprochement, a peut-être un dessein de bonté sur le pauvre prisonnier comme sur vous-mêmes, et attendons que Je mystère s'explique avant d'y mêler nos indiscrètes curiosités et nos mains moins adroites que celles de l'amour innocent !

Car je suis vieux, voyez-vous, mes braves gens, il y a longtemps que ma barbe est blanche ; j'ai vu passer et repasser bien des nuages sur de beaux jours et ressortir bien des beaux jours des nuages, et j'ai appris qu'il ne fallait pas trop se presaer, même dans ses bons desseins , de peur de les faire avorter en les pressant de donner leur fruit avant l'heure, car il y a des choses que Dieu veut faire tout seul et sans aide ; quand nous voulons y mêler d'avance notre main, il frappe sur les doigts, comme on fait aux enfants qui gâtent l'ouvrage de leur père ! Ainsi faites comme moi : priez, croyez et prenez patience !

318 s FIOR D'ALIZA.

Mais 9 tout en prenant patience, ajouta le sage frère quêteur, je n'ai pas pourtant perdu mon temps et toutes mes peines à Lucques et aux environs pendant la semaine.

Écoulez encore, et remettez-moi ces grimoires de papier, ces sommations et ces actes que Nicolas del Calamayo, le conseil, Tavocat et l'huissier de Lucques, vous a fait signifier l'un après l'autre pour vous déposséder du pré, de la grotte, des champs, des mûriers, de la vieille vigne et du gros châtaignier, au nom de parents que vous ne connaissiez pas dans les villages de la plaine du Cerchio ; c'était peut-être une mauvaise pensée qui me tentait l'esprit, ajouta le frère, mais, quand j'ai su la passion bestiale du chef des sbires pour votre belle enfant, sauvage comme une biche de votre forêt ; quand j'ai appris qu'un homme si riche et si puissant dans Lucques vous avait demandé la main d'une fille de rien du tout, nourrie dans une cabane ; quand on m'a dit que la petite l'avait refusé^ et qu'à là suite de ce refus obstiné pour l'amour de vous et de son cousin , le sbire s'était présenté tout à coup et coup sur coup, mîini de soi-disant actes endormis jusque-là, qui attribuaient, champ par champ, votre petit bien au chef des sbres, acquéreur des titres de vos soi-disant parents

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