‹ Fior d'AlizaChapitre 161 sur 197 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

sœur, mais tu es bien plus encore, car tu es moi aussi, et plus que moi, ajouta-t il, car je me donnerais mille fois moimême pour te sauver une goutte de tes yeux seulement.

Il me dit alors des choses qu'il ne m'avait jamais dites et que je ne comprenais que par le tremblement de sa voix et par le froid de sa main sur mon épaule, mais des chose» si douces à entendre, à voir, à sentir, que je ne pouvais y répondre que par des rougeurs, des pâleurs et des soupirs qui paraissaient lui faire oublier tout à fait sa mort, comme tout cela me faisait oublier la vie I On eut dit qu'une muraille venait de tomber entre lui et moi et que nous nous parlions en nous reconnaissant pour la première fois. Oh I que j'oubliais la prison, l'échafaud, le supplice et tout au monde, et que je bénissais à part moi ce malhedr qui lui arrachait cette confession forcée de son cœur qu'il n'aurait peut-être jamais ouvert en liberté et au soleil.

Je ne sais pas combien durèrent tantôt ces entretiens, tantôt ces silences entre nous ; mais nos deux cœurs étaient devenus si légers depuis que nous les avions soulagés involontairement du secret de notre amour, que nous aurions marché au supplice la main dans la main, allègrement et sans sentir seulement la terre sous nos pieds I Ce que c'est

que Tamour cependant, une fois qu^on a compris qu on s'ainoe et qu*on découvre tout étonnée dans le cœur d^un autre le même secret qu'on se cachait à soi-même, et que ces deux secrets n*en font plus qu'un entre deux !

II paraissait aussi enivré du peu que je lui disais par mes mots entrecoupés, par mon front baissé, par mon agita- * tion, que je Tétais moi-même, seulement par le son timide de sa voix.

L'heure, qui sonna midi au cadran de la tour, nous rappela à peine que le temps comptait encore pour nous, car nous nous croyons vraiment dans le temps qui ne compte plus, dans l'éternité.

— Adieu I lui dis je en retirant ma main de la sienne ; voici ce qu'il faut faire, vois- tu, Hyeronimo : il faut penser à ta chère âme comme un homme qui va mourir, bien que nous ne mourrons pas, je le crois fermement. Parmi tous ces moines, ces pénitents et ces prêtres qui vont venir tous les jours pour t' exhorter et te préparer à la mort par les sacrements, il faut dire que tu préfères les frères de l'ordre des Gamaldules, qui t'ont enseigné la religion dans ton enfance, et que tu serais plus résigné et plus content si l'on pouvait t'accorder pour confesseur le vieux frère Hilario, du couvent de la montagne, dont tu as l'habitude, et qui

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