‹ Fior d'AlizaChapitre 169 sur 197 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

avant de mourir tu n*emportes pas la certitude de mourir inséparable de moi après cette vie, et de vivre sposo e sposa dans le paradis, puisque nou& n'avons pu vivre ainsi dans ce monde, et que, pour t'assurer que le paradis ne sera pour nous deux qu'une absence et qu'une attente de quelques années d'un monde à l'autre, il faut que nous ayons été époux, ne fût-ce qu'un jour dans notre malheur. Jurelui, par ton salut éternel, que, sans cette charité de sa part, il sera responsable à Dieu de la perdition de nos deux âmes, de la tienne par la vengeance que tu emporteras dans l'éternité contre nos ennemis les sbires ; de la mienne, par le désespoir qui me fera maudire à jamais la Providence à laquelle je ne croirais plus après toi! Il est bon, il est saint, il nous aime, il risquera sa vie même pour nous sauver. Il consentira, par vertu, à nous fiancer secrètement pour le paradis avant le jour de ton supplice (si ce jour fatal doit jamais luire l) , ou à nous fiancer pour ce monde, si tu parviens à t'enlever par la fuite à tes bourreaux !...

Cette idée parut l'enlever d'avance à la nuit du cachot et le transporter tout éblouissant d'espérance au ciel ; je crus voir dans sa figure rayonnante un de ces anges Ra*

phaël du cloître dePise, qui éclairent, de la lumière de leur visage et de leurs habits la Duit de 'la Nativité à Bethléem. — Je n'aurai pas de peine à suivre ton idée, me dit-il en nous séparant, car ce ne sera que la vérité que je dirai au père Hilario, en parlant comme tu viens de dire* Voici rheure à laquelle il vient m'entretenir de Dieu , après la bénédiction de Y Ave Maria (sept heures du soir), je vais lui révéler notre amour et lui arracher son consentement, si Dieu Tinspire de nous Taccorder. Tiens la fenêtre (ie ta lucarne ouverterte, et prie Dieu pour notre salut, contre les vitres ; si tu ne vois rien venir avant la nuit sur le bord de la tour, c'est quMl n'y aura point d'espoir pour nous, et que je n'aurai point pu fléchir le frère; mais, si je suis parvenu à le fléchir ou à Tincliner seulement à notre union avant la mort, je lâcherai la colombe, et elle ira, comme celle de Tarche, te porter la bonne nouvelle avant la nuit : une paille de ma couche, attachée à sa patte, sera le signe auquel tu reconnaîtras qu'il y a une terre ou un paradis devant nou?.

Je montai précipitamment à la tour, avant le moment où le bargello allait ouvrir l'oratoire au camaldule et la grille intérieure au prisonnier , et je priai avec tant de ferveur la Madone et les saints, à genoux devant la lucarne.

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