‹ Fior d'AlizaChapitre 170 sur 197 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

que je ne sentis plus couler le temps^ et que la sueur de mon front avait nnouillé la pierre comme une gouttière, avant que le bruit des ailes de la colombe contre la vitre me fît tressaillir et relever le front«

Quel bonheur ! Toiseau apportait à sa patte un long brin de paille reluisant comme Tor d'une feuille de maïs au soleil ! Je dénouai le brin de paille , je le baisai cent fois convulsivement , je le cachai dans ma poitrine , je baisai les ailes de Toiseau , je lui donnai à becqueter tant qu'il voulut dans ma main et sur ma bouche remplie de graines fines, puis je détachai de mon corsage un fil bleu, couleur de paradis, j'en fis un collier à Toiseau, et je le laissai s'en- Yoler vers la lucarne du clottre, où l'attendait son ami le meurtrier I

Mais quand ce message muet eut été ainsi échangé entre nous , je ne pus contenir toute ma joie en mol-même , je saisis toute joyeuse la zampogne suspendue au dossier de mon lit ; sans y chercher aucun air de suite , je lui fis rendre en désordre toutes les notes éparses et bondissantes qui répondaient, comme un écho ivre, à l'ivresse désordonnée de ma propre joie : cela ressemblait à ces'hymnes éclatantes que l'orgue de San Stefano jette , parfois , les jours de grande fête, à travers l'encens du chœur, et qui

sont comme le Te Deum de Tamour I Ce fut si fort et si long, monsieur, que le bargello me dit; le lendemain :

— Tu as donc bien peu de cœur , Antonio (c'est ainsi qu'il m'appelait), tu as donc bien peu de cœur de jouer des airs si gais aux oreilles de ces pauvres gens des loges qui pleurent leurs larmes devant Dieu, et surtout aux oreilles de Thomicide qui compte ses dernières heures sur la paille de son cachot I

CCXXXIII

Je rougis, comme si^ en effet, j'avais commis une malséance de bon cœur, je baissai les yeux et je me tus.

Dans la journée, je ne voyais que l'heure de visiter Hyeronimo pour savoir de lui les résultats de sa confidence au père Hilario. Je ne pus approcher de son cachot qu'à la nuit tombante, après Tolfice du soir, que le vieux prêtre était venu réciter dans l'oratoire des prisonniers. Le bargello €t sa femme étaient venus y assister par dévotion et par charité d'âme avant de remonter dans leur chambre, en me laissant le soin d'éteindre les cierges et de tout ranger dans le cloître avant de me coucher. Le piccininthûovm^xi déjà d'un sommeil d'enfant, dans le petit lit qu'on lui avait fait dans sa niche, à côté des gros chiens, sous les preoDières marches de l'escalier.

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