CHAPITRE HUITIÈME
— Eh bien ! m'a*t-îl dit alors, tranquilisez votre pauvre âme malade, mon cher fils, ce que vous demandez est bien difficile, impossible à obtenir des hommes peut-être, mais Dieu est plus miséricordieux que les hommes, et celui qui a emporté la brebis égarée sur ses épaules ramène au bercail Tâme blessée par tous les chemins. Je n'oserais prendre sur moi seul, sans Taveu de mes supérieurs, sans le consentement de vos parents et sans la permission de Tévêque, d'unir secrètement deux enfants qui s'aiment dans un cachot, au pied d'un échafaud, et de mêler l'amour à la mort, dans une union toute sacrilège^ si elle n'était toute sainte.
Mais si Dieu permet, pour votre salut éternel, ce que les hommes réprouveraient sans souci de voire àme ; si le Christ dit oui par l'organe de ses ministres, qui sont mes oracles, soyez certain que je ne dirai pas non^ et que j'affronterai le blâme des hommes pour porter deux âmes pures à Dieu I
Je vais d'abord consulter l'évèque aussi rempli de charité que de lumière, je monterai ensuite à San Stefano pour obtenir les dispenses de mes supérieurs ; je confierai ensuite à votre mère et au père de Fior d'Aliza la mission sacrée dont je suis chargé auprès d'eux ; j'obtiendrai facilement pour eux l'autorisation d'entrer avec moi dans votre prison.
pour receveur les derniers adieux du condamné, et pour ramener leur fille et leur nièce, veuve avant d*étre épouse, dans leur demeure ; préparez-vous par la pureté de vos pensées, par la vertu de votre pardon à Tunion toute sainte que vous désirez comme un gage du ciel , et surtout ne laissez rien soupçonner ni au bargello ni à ceux qui vous visiteront par charité, du mystère qui s'accomplira entre révèque, vous, votre cousine, vos parents et moi ; les hommes de Dieu peuvent seuls comprendre ce que les hommes de la loi ne sauraient souscrire I Vous nous perdriez tous, et vous, hélas I le premier.
A ces mots, il m*a béni et j*ai baisé ses sandales.
Voilà, mot à mot, les paroles du père Hilario ; mais j*ai bien vu à son accent et à son visage quMl avait plus de confiance que de doute sur le succès de sa confidence à révèque et à ses supérieurs, et que mon désir était déjà ratifié dans sa pensée.
Nous passâmes ainsi ensemble ce soir-là, et tous les autres, de longs moments qui ne duraient qu'une minute, parlant de ceci, de cela, de ce que faisaient ma tante et mon père sous le châtaignier, de ce que nous y ferions nous-mêmes si jamais nos angoisses venaient à finir, soit par la grâce de monseigneur le duc, soit par la fuite que