CHAPITRE HUITIÈME
Hyeronimo« cette fois, me parut plus fou de joie mal contenue que je Tétais moi-même ; il courait et ressautait autour de son cachot, comme un bélier quand il voit entrer dans rétable la bergère qui va lui ouvrir la porte des champs; il voulut m*embrasser sur le front comme les autres jours, je me dérobai.
**» Non, non, dis-je, raconte-moi d*abord tout ce qui s*est passé entre le père et toi I Nous aurons bien le temps de nous aimer après I Qu*est-ce que tu as dit? qu'esl-ce qu'il a répondu ?
— Eh bien I reprit Hyeronimo, je n*ai pas eu de peine à amener l'entretien où tu m'avais conseillé de le conduire; car de lui-même, en me revoyant si pâle et si morne, il m*a demandé de lui ouvrir mon cœar comme je lui avais ouvert ma conscience, et de bien lui dire s'il me restait devant le Seigneur aucun mauvais levain de vengeance contre ceux qui avaient causé par malice ma faute et ma mort, si funeste et si prématurée !
Alors je lui ai tout dit, juste comme tu m'avais dis toimême, et je me suis montré incapable de pardonner jamais dans le fond du cœur, ni dans ce monde, ni dans l'autre, à ceux qui m'avaient séparé de toi et toi de moi, à moins
d*avoir la certitude en mourant que tu ne serais jamais à un autre sur la terre et que je serais éternellement ton fiancé dans le paradis.
Il m'a bien grondé de ces sentiments, qui lui ôtait tout droit de m*absoudre avant la dernière heure, puisqu'il ne pouvait, au nom du Christ, pardonner à ceux qui n'avaient pas pardonné ; il m'a bien prêché, bien tourné et retourné de toutes les façons pour me faire désavouer ma haine et ma vengeance ; mais c'était comme s'il avait parlé à la pierre du mur ou au fer de la grille : j'ai été inexorable dans ma résolution d'emporter mon rassentiment dans mon ftme, à moins d'emporter dans l'autre monde l'anneau du mariage qui nous unirait au moins dans l'éternité.
Il a paru réfléchir en lui-même longtemps, comme un homme qui doute sans rien dire ; puis, en se levant pour s'en aller :
— Me promettez-vous, m'a-t-il, si cette grâce du mariage in extremis avec celle que vous aimez plus que le ciel et qui vous aime plus que sa vie vous, est accordée, me promettez-vous d'embrasser le chef des sbires de bon cœur, et de bénir vos bourreaux, au lieu de maudire en mourant yos ennemis ?
— Oui, mille fois oui, me suis-je écrié, ô mon père I et je le ferai de bon cœur encore, car ne devrai-je pas plus de bonheur que de malheur à ceux qui m'auront donné ainsi une éternité avec Fior d'Aliza pour quelques misérables années sur la terre t