CHAPITRE PRExMIER
Lance, au retour des nuits, des gerbes de clartés;
La mer rougic des feux dans son sein reflétés;
Et les vents agitant ce panache sublime.
Comme un pilier en feu d'un temple qui s*abtme,
Poot pencher sur Pœstum, jusqu'à Taube des jours,
La colonne de feu, qui s'écroule toujours.
A la sombre lueur de cet immense phare,
Harold longe les bords où frémit le Ténare ;
Où rÉlysée antique, en un désert changé,
Étalant les débris de son sol ravagé,
Du céleste séjour dont il offrait Timage
Semble avoir conservé les astres sans nuage.
Mais là, près de la tombe ou le grand cygne dort.
Le vaisseau, tout à coup, tourne sa poupe au bord.
Fuyant de vague en vague, Harold, avec tristesse,
Voit sous les flots brillants la rive qui s'abaisse ;
Bientôt son œil confond l'océan et les cieux ;
Et ces bords immortels, disparus à ses yeux.
Semblant s'évanouir en de vagues nuages.
Comme un nom qui se perd dans le lointain des âges*
« Italie 1 Italie I adieu, bords que j'aimais !
Mes yeux désenchantés te perdent pour jamais !
terre du passé, que faire en tes collines?
Ouand on a mesuré tes arcs et tes ruines,
Et fouillé quelques noms dans lurne de la mort.
On se retourne en vain vers les vivants : tout dort.
Tout, jusqu'aux souvenirs de ton antique histoire,
Qui te feraient du moins rougir devant ta gloire!
Tout dort, et cependant l'univers est debout 1
Par le siècle emporté tout marche, ailleurs, partout t
Le Scythe et le Breton, de leurs climats sauvages
Par le bruit de ton nom guidés vers tes rivages.
Jetant sur tes cités un regard de mépris,
Me t'aperçoivent plus dans tes propres débris.
Et, mesurant de ]'œil tes arches colossales,
Tes temples, tes palais, tes portes triomphales,
Avec un rire amer demandent vainement
Pour qui l'immensité d'un pareil monument,
Si l'un attend qu'ici quelque autre César passe,
Ou si l'ombre d'un peuple occupe tant d'espace?
Et tu souffres sans honte un affront si sanglant!
Que dis-je? tu souris au barbare insolent;
Tu lui vends les rayons de ton astre qu'il aime ;
Avec un lâche orgueil, tu lui montres toi-même
Ton sol partout empreint de tes nombreux héros,
Ces vieux murs où leurs noms roulent en vains échos.
Ces marbres mutilés par le fer du barbare,
Ces bustes avec qui son orgueil te compare,
Et de ces champs féconds les trésors superflus,
Kt ce ciel qui t'éclaire et ne te connaît plus !
Rougis!... Mais non : briguant une gloire frivole.
Triomphe ! On chante encore au pied du Capitole.
A la place du fer, ce sceptre des Romains,
La lyre et le pinceau chargent tes faibles mains ;
Tu sais assaisonner des voluptés perfides,
Donner des chants plus doux aux voix de tes Armides,
Animer les couleurs sous un pinceau vivant.
Ou, sous l'adroit burin de ton ciseau vivant,
Prêter avec mollesse au marbre de Blanduse
Les traits de ces héros dont l'image t'accuse.
Ta langue, modulant des sons mélodieux,
A perdu Tâpreté de tes rudes aïeux ;
Douce comme un flatteur, fausse comme un esclave,
Tes fers en ont usé l'accent nerveux et grave ;
Et, semblable au serpent, dont les nœuds assouplis
Du sol fangeux qu'il couvre imitent tous les plis.
Façonnée à ramper par un long esclavage.
Elle se prostitue au plus servile usage.
Et, s'exhalant sans force en stériles accents.
Ne fait qu'amollir l'âme et caresser les sens.