‹ Fior d'AlizaChapitre 28 sur 197 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

A cette liberté que rhomme qui l'adore

Ne rachète un moment que pour la vendre encore ;

Venger le nom chrétien du long oubli des rois ;

Mourir en combattant pour l'ombre d une croix,

Et n'attendre pour prix, pour couronne et pour gloire

Qu'un regard de ce Juge en qui l'on voudrait croire :

Est-ce asseï de vertu pour mériter ce nom ?

Eh bien ! sachons enfin si c'est un rêve ou non ! »

Voici comment je rends compte dans mes commentaires de cet événement.

J'étais secrétaire d'ambassade à Naples. Je quittai

Naples et Rome en 1 822. Je vins passer un long congé à Paris. J'y fis paraître la Mort de Socrate, les Secondes Méditations. J'y composai, après la mort de lord Byron, le cinquième chant du poème de Ghild Harold.

Dans ce dernier poëme, je supposais que le poète anglais, en partant pour aller combattre et mourir en Grèce, adressait une invective terrible à l'Italie pour lui reprocher sa mollesse, son sommeil, voluptueuse servitude. Cette apostrophe finissait par ces deux vers :

Je vais chercher ailleurs (pardonne, ombre romaine I) Des hommes, et non pas de la poussière humaine !...

Les poètes italiens eux-mêmes, Danie^ Alfieri^ avaient dit des choses aussi dures à leur patrie. Ces reproches, d^ailleurs, n'étaient pas dans ma bouche, mais dans la bouche de lord Byron : ils n'égalaient pas Tàpreté de ses interpellations à l'Italie. Ce poëme fit grand bruit : ce bruit alla jusqu'à Florence. J'y arrivai deux mois après en qualité de premier secrétaire de légation.

A peine y fus-je arrivé qu'une vive émotion patriotique s'éleva contre moi. On traduisit mes vers séparés du cadre, on les fit répandre à profusion dans les salons, au théâtre, dans le peuple; on s'indigna, dans des articles de journaux et dans des brochures, de l'insolence du gouvernement français, qui envoyait, pour représenter la France dans le centre de l'Italie littéraire et libérale, un homme dont les vers étaient un outrage à l'Italie. La rumeur fut grande, et je fus quelque temps proscrit par toutes les opinions. Il y avait alors à Florence des exilés de Rome, de Turin, de Naples, réfugiés sur le sol toscan, à la suite des trois révolutions qui venaient de s'allumer et de s'éteindre dans leur patrie. Au nombre de ces proscrits se trouvait le colonel Pepe. Le colonel Pepe était un des officiers les plus distingués de l'armée ; il avait suivi Napoléon en Russie ; il était, de plus, écrivain de talent. II prit en main la cause de sa patrie; il fit imprimer contre moi une brochure dont l'honneur de mon pays et l'honneur de mon poste ne me permettaient pas d'accepter les termes. J'en demandai satisfaction. Nous nous battîmes dans une prairie au bord de

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