‹ Fior d'AlizaChapitre 32 sur 197 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

homme de bonne foi, disons-nous, pourra suspendre son jugement ?

c Quelle que soit, au reste, la peine que puisse éprouver H. de Lamartine de voir ses intentions si amèrement inculpées, il doit peut-être de la reconnaissance aux auteurs des différents articles où on Taccuse, puisqu'ils le mettent dans la nécessité d'expliquer sa pensée méconnue, et de désavouer hautement les sentiments aussi absurdes quMnjurieux qu'on s'est plu à lui prêter. De ce qu'il y a quelques traits de vérité dans le fragment d'Harold, on veut conclure que ce ne sont point des sentiments feints, et qu'ils expriment la pensée de l'auteur plus que la^passion du héros. Oui, sans doute, il y a quelques traits de vérité : et quel peuple n'a pas ses vices ? quelle époque n'a pas ses misères? L'Italie seule voudrait-elle n'être peinte que des traits de l'adulation? Il y a quelques traits de vérité; mais l'ensemble du tableau est faux, outré, comme tout tableau qui n'est vu que sous un seul jour, comme toute peinture où l'imagination n'emploie que les couleurs de la prévention et de la haine. Oui, le tableau est faux pour M. de Lamartine. Dans sa fiction, son héros et lui partent de principes trop op|)08és pour se rencontrer jamais dans un jugement semblable.

« Mais peut-on admettre, d* ailleurs, que le poëte qui a pu faire les vers de Child Harold soit en même temps assez absurde et assez aveugle à toute évidence pour ne pas rendre une éminente justice à ce que tout le monde entier reconnaît et admire? pour maudire une terre à laquelle la nature et le ciel ont prodigué tous leurs dons, dont Thistoire est encore un des trophées du genre humain ? pour dédaigner une langue qu'ont chantée le Dante, Pétrarque et le Tasse ; une terre où, dans les temps modernes, toute civilisation et toute littérature ont pris naissance et ont produit la splendeur de Rome sous les Léon X, la culture et réclat de Florence sous les Médicis, la puissance merveilleuse de Venise et les plus imposants chefs-d'œuvre que nos âges puissent opposer au siècle de Périclès? comprendre enfin, dans une exécration universelle, le climat, le génie, la langue, le caractère de dix nations des plus heureusement douées par le ciel, et chez lesquelles tant de grands écrivains, tant de nobles caractères semblent renouvelés de siècle en siècle pour protester contre la décadence même de cet empire du monde qu'aucun peuple n'a pu conserver ?

t Mais c'est assez. Quelle que soit l'estime que l'on porte à un homme ou à un peuple, le moment de le louer n'est pas celui où Ton est injustement accusé par lui : la justice n^ême en pareil cas ressemblerait à de la crainte. Quoique M. de Lamartine rejette à bon droit ce rôle d'insulteur public qu'on a voulu lui faire jouer malgré lui, il ne veut

pour personne, pas môoie pour une nation, s'abaisser au rôle de suppliant ou à celui d'adulateur : Tun lui mcssied autant que Tautre. Satisfait d'avoir répondu aux injustes inculpations qu'un de ses écrits a pu malheureusement autoriser jusqu'à ce qu'il se fût expliqué lui-même, il se taira maintenant. Les esprits impartiaux rendront justice aux sentiments de convenances personnelles et politiques qui lui imposent désormais le devoir de ne répondre aux fausses interprétations que par le silence, aux injures littéraires que par l'oubli, aux insultes personnelles que parla mesure et la fermeté que tout homme doit retrouver en soi, quand on en appelle de son talent à son caractère.

ic Florence^ le i2 janvier 1826. »

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