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CHAPITRE DEUXIÈME

Hélas ! ils dormaient hier!

Et notre cœur doute encore, Que le ver déjà dévore Cette chair de notre chair !

L'enfant dont la mort cruelle Vient de vider le berceau, Qui tomba de la mamelle Au lit glacé du tombeau ; Tous ceux enfin dont la vie, Un jour ou l'autre ravie.

Emporte une part de nous, Murmurent sous la poussière :

f( Vous qui voyez la lumière, De nous vous souvenez-vous ? »

Ah I vous pleurer est le bonheur suprême, Mânes chéris de quiconque a des pleurs 1 Vous oublier, c'est s'oublier soi-même :

N'étes-vous pas un débris de nos cœurs?

En avançant dans notre obscur voyage, Du doux passé l'horizon est plus beau :

En deux moitiés notre âme se partage.

Et la meilleure appartient au tombeau I

Dieu de pardon 1 leur Dieu ! Dieu de leurs pères ! Toi que leur bouche a si souvent nommé.

Entends pour eux les larmes de leurs frères I Prions pour eux, nous qu'ils ont tant aimé I

Ils t'ont prié pendant leur courte vie, Ils ont souri quand ta les as frappés !

Ils ont crié : « Que ta main soit bénie ! »

Dieu, tout espoir, les aurais-tu trompés?

Et cependant pourquoi ce long silence?

Nous auraient-ils oubliés sans retour?

N'aiment-ils plus? Ah I ce doute t'offense I Et toi, mon Dieu, n'es-tu pas tout amour?

Mais s'ils parlaient à l'ami qui les plenre, S'ils nous disaient comment ils sont heureux. De tes desseins nous devancerions l'heure ; Avant ton jour nous volerions vers eux.

Ou vivent-ils? Quel astre à leur paupière Répand un jour plus durable et plus doux?

Vont-ils peupler ces îles de lumière?

Ou planent-ils entre le ciel et nous?

Sont-ils noyés dans l'étemelle flamme?

Ont^ils perdu ces doux noms d'ici-bas.

Ces noms de sœur, et d'amante, et de femme ?

A ces appels ne répondront-ils pas?

Non, non, mon Dieu! si la céleste gloire Leur eût ravi tout souvenir humain.

Ta nous aurais enlevé leur mémoire :

Nos pleurs sur eux coaleraient-ils en vain?

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