CHAPITRE DEUXIÈME
Ah ! dans ton sein que leur âme se noie !
Mais garde-nous nos places dans leur cœur.
Eux qui jadis ont goûté notre joie, Pouvons-nous être heureux sans leur bonheur?
Étends sur eux la main de ta clémence I Ils ont péché : mais le ciel est un don!
Ils ont souffert : c'est une autre innocence I Ils ont aimé : c'est le sceau du pardon.
Ils furent ce que nous sommes,
Poussière, jouet du vent;
Fragiles comme des hommes,
Faibles comme le néant !
Si leurs pieds souvent glissèrent.
Si leurs lèvres trangressèrent
Quelque lettre de ta loi,
Père, ô Juge suprême,
Ah ! ne les vois pas eux-mêmes ;
Ne regarde en eux que toi I
Si tu scrutes la poussière.
Elle s'enfuit à ta voix ;
Si tu touches la lumière.
Elle ternira tes doigts ;
Si ton œil divin les sonde,
Les colonnes de ce monde
Et des cieux chancelleront;
Si tu dis à l'innocence,
« Monte et plaide en ma présence I »
Tes vertus se voileront.
Mais, toi, Seigneur, tu possèdes Ta propre immortalité; Tout le bonheur que tu cèdes Accroît ta félicité.
Tu dis au soloil d'éclore, Et le jour r^i^selle encore !
Tu dis au temps d'enfanter, Et réternité docile, Jetant les siècles par mille.
Les répand sans les compter !
Les mondes que tu répares Devant toi vont rajeunir, Et jamais tu ne sépares Le passé de l'avenir.
Tu vis I et tu vis ! Les âges, Inégaux pour tes ouvrages.
Sont tous égaux sous ta main ; Et jamais ta voix ne nomme, Hélas! ces trois mots de l'homme Hier, aujourd'hui, demain !
Père de la nature, Source, abîme de tout bien, Rien à toi ne se mesure :
Ah ! ne te mesure à rien !
Mets, ô divine clémence, Mets ton poids dans la balance, Si tu pèses le néant I Triomphe, à vertu suprême, En te comtemplant toi-même 1 Triomphe en nous pardonnant.