‹ Fior d'AlizaChapitre 51 sur 197 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

gues tresses blondes de ses cheveux, tantôt recouvrant Tenfant et elle comme d*un voile, tantôt relevés et rattachés à son front, avec des bouquets d' œillets rouges et de giroflées autour de sa tempe.

Quand cette première toilette, qui annonçait un jour de fête, fut finie, elle s*assit à terre, sous le grand châtaignier, et roulant avec des éclats de rire mutuels son bel enfant nu sur le lit de feuilles, elle jouait avec lui comme une biche avec son faon nouveau-né. Toute la voûle des feuilles résonnait de leurs cris, car ils se croyaient seuls dans la nature :

Mi rivedrai Ti revedro Di tac bel rai , Mi pascero !

chantait-elle en entrecoupant son air de baisers et d^éclats de rire, comme quelqu'un qui pense à revoir et à être revue avec une égale ivresse, le soir de ce beau jour qui commence si bien.

A ce moment où je me noyais en silence dans T admiration de cette jeune fille, la plus séduisante que j'eusse encore vue, déjà semblable à une mère, à un âge où elle

taignier sur la bruyère de la montagne, et tomber bien des lits de feuilles mortes sur les racines et sur votre toit.

— Ah ! c'est bien vrai, que j'en ai bien vu tomber et renaître de ces chères feuilles de notre gros arbre, dit-elle en écartant de sa main amaigrie les mèches de ses cheveux blancs, qui lui tombaient de son front sur les yeux. Que voulez-vous, mon jeune monsieur, je l'ai entendu dire à mon père et au père de mon père : notre famille est aussi vieille sur la montagne que le rocher fendii qui pleure de vieillesse, comme mes yeux, et que les racines de Tarbre qui ont fendu la roche en se grossissant sous terre. Ces deux braves hommes ne savaient pas quand nous y étions venus pour la première fois. Ils disaient qu'ils avaient entendu dire, par le plus vieux moine du couvent de là-haut, que les Zampognari^ c'est notre nom de famille, étaient descendus, dans le temps des guerres des Pisans contre les Florentins, d'un jeune officier toscan prisonnier des Pisans, qui s'était sauvé de la tour de Pise, où fi attendait la mort, avec la jeune fille du capitaine geôlier de sa tour, et qu'il s'était b&ti, au plus haut de la montagne, alors déserte, une cabane sous les châtaigniers pour y vivre de peu avec sa maîtresse.

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