CHAPITRE TROISIÈME
de la messe des Camaldules avec son cousin Ilycronimo, revêtu de ses plus beaux habits. Les derniers sons de la cloche d'argent des ermites résonnaient encore, comme une gaielé des anges, à travers les branches du châtaignier ; le soleil d'automne éblouissait dans les feuilles jaunes ; les châtaignes, presque mûres» tombaient une à une, avec les feuilles d'or, sur l'herbe courte tondue par les brebis; on entendait la cascade pleuvoir allègrement dans le bassin, et les merles siffler de joie en se frôlant les ailes et en se rappelant dans les lauriers. H semblait qu'une joie sortait du ciel, de l'eau, de l'arbre, de la terre, avec les rayons, et disait, dans le cœur, aux oiseaux, aux animaux, aux jeunes gens et aux jeunes filles : « Enivrez-vous, voilà la coupe de la vie toute pleine. » Dans ces moments-là, monsieur, on se sentait, de mon temps, soulevé pour ainsi dire de terre, comme par un ressort élastique sous les pieds.
Les enfants le ressentirent et se mirent à danser, l'un devant l'autre, comme deux chevreaux, au pied du châtaignier, moitié dans l'ombre, moitié sous les rayons. Hyeronimo avait ses guêtres de cuir serrées au-dessus du genou par ses jarretières rouges, son gilet à trois rangs de boutons de laiton, sa veste brune aux manches vides, pen-
dante sur une épaule; son chapeau de feutre pointu, bordé d'un ruban noir, qui tombait sur son cou brun et qui s'y confondait avec ses tresses de cheveux; sa cravate lâche, bouclée sur sa poitrine par un anneau de cuivre, sa zampogne sous le bras gauche qui semblait jouer d'elle-même, comme si elle avait eu T&me des deux beaux enfants dans son outre de peau.
Fior d'Aliza avait son riche habillement des dimanches, ses épingles de fer à bouts d'or traversant ses cheveux, son collier à trois rangs de saintes médailles, avec des reli* ques, dansant sur son cou ; son corset de velours noir sur sa gorgère rouge et évasée, que son jeune sein ne remplissait pas encore; son jupon court, de laine brune, ses pieds nus, ses sandales à la main, comme deux tambours de basque, avec leur courroie. Ils dansaient ainsi de joie, pour danser, sans se douter seulement que le malbei^r les épiait sous la figure de ce capitaine des sbires et de ses amis, en habits noirs, derrière les arbres.