CHAPITRE TROISIÈME
— Allons, mon garçon, viens avec nous pour nous montrer les sentiers qui raccourcissent la descente vers Lucques, cria tout à coup à Hyeronimo le chef des sbires. Nous te donnerons une poignée de batoques pour la récompense.
— Yolontiers, messieurs, répondit gracieusement Hye* ronimo en reprenant ses sandales ferrées et en jetant à terre sa zampogne, mais je n*ai pas besoin de baroques pour rendre service ; nous sommes assez riches à la cabane, avec nos châtaigniers et notre mais, pour donner aux pauvres pèlerins sans rien demander aux riches comme vous.
Il se mit à marcher gaiement devant eux en laissant la pauvre Fior d'Aliza, un pied levé, tout étonnée et toute triste de ne plus pouvoir continuer la danse, par un si beau matin d'automne.
De ce jour- là, monsieur, il n'y a plus eu une belle mati née pour nous.
ŒUTB. COMPL. — ZLI. 9
Mais, excusez-moi, le reste est si triste, qu'une pauvre femme comme moi ne pourrait plus vous le raconter sans pleurer. Si vous en voulez savoir plus long, il faut que Taveugte vous le raconte à son tour, o« bien Fior d'Aliza elle-même, car, pour ce qui concerne la justice qui vint se mêler de nos affaires et nous ruiner, Antonio comprend cela mieux que moi ; et, pour ce qui concerne Pamour avec son cousin Hyeronimo, rapportez-vous-en à la jeune sposa; c'est son affaire à elle, et je ne crois pas que, de notre temps, on s'aimât comme ils se sont aimés...
— Et comme ils s'aiment, dit, en reprenant sa bellesœur, l'aveugle...
— Et comme ils s'aimeront, murmura tout bas entre ses dents la fiancée.