‹ Fior d'AlizaChapitre 77 sur 197 · CHAPITRE QUATRIÈiME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈiME

que nous sommes, si cela devait arriver jamais, que deviendrions-nous?

A ces mots, nous entendîmes monter par le sentier de rochers polis, du côté de Lucques, le^padre Hilario; il suait et il soufflait comme une mule trop chargée qui a besoin qu*on le soulage, au sommet de la montée, de sa charge.

' Lepadre Hilario était le frère commissionnaire du couvent des Camaldules de San Stefano ; c'était un beau vieillard à grande barbe blanche ; une couronne de cheveux fins comme des fils de la Vierge, autour de sa tonsure, le rendait tout à fait semblable aux statues de san Francisco d'Assise, sur les murs du chœur des Franciscains de Lucques ; il était si vieux, qu'if nous avait tous vus naître ; mais il n^était point cassé pour son âge, il était seulement un peu voûté par T habitude de porter les besaces gonflées des cruches d'huile et des outres de vin du couvent, et de monter à pas mesurés les sentiers à pic de la montagne.

Notre cabane était à peu près à moitié chemin de la plaine aux Camaldules; il avait Thabitude, depuis plus de quarante ans, de s'y arrêter un bon moment pour respirer et pour converser un instant avec les Zampognari ; il avait caressé les enfants, marié les jeunes filles, consolé et vu

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mourir les vieillards de cette cabane. 11 n'était pas de nos parents, on ne savait pas môme où il était né ; il y en a qui disaient qu'il avait été soldat sur les galères de Pise, prisonnier des corsaires à Tanger, échappé d'esclavage avec une Mauresque convertie sur une barque dérobée à son père; qu'ils avaient été assaillis par une tempête, poursuivis par les pirates sur la Méditerranée, et que, dans le double danger de périr par la mer ou par la vengeance des Turcs qui allaient les engloutir ou les atteindre, ils avaient fait vœu à saint François^ quoique amants, de se faire lui ermite, elle nonne, si saint François les sauvait miraculeusement du danger. Saint François avait apparu entre deux nuées sur le niât de leur frêle barque ; les pirates avaient sombré, le vent s'était calmé, la mer, aplanie comme un miroir, et un courant invisible les avait portés sur le sable près de l'écueil de la Meloria , sur la côte toscane. Ils s'étaient embrassés pour la première et la dernière fois en ce monde, et ils étaient allés pieds nus, chacun de son côté, elle à Lorette, lui à San Stefano de Lucques, se présenter à la porte des deux couvents.

Saint François, content de leur fidélité à accomplir leur vœu^ les avait fait accueillir comme si on les attendait, elle

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