CHAPITRE QUATRIÈME
délégués, pour les faire exécuter en leur temps par la force publique.
Calamayo et ses ouvriers se retirèrent après cette protestation en nous faisant des gestes et en poussant des danseurs de vengeance. Ma pauvre sœur, prenant la tête en sanglanlée de Fior d'Aliza sur ses genoux, élancha le sang que sa chute sur la racine faisait égoutter de sa tempe, flyeronimo alla puiser de Peau dans le creux de ses deux mains pour laver et démêler ses beaux cheveux blonds, humides de sang et poudrés de terre.
Ce fut alors que nous pleurâmes tous les quatre comme nous n^avions jamais pleuré. Hélas! nous étions restés vainqueurs, grâce à Tapparition et au courage d*Hyeronimo.
L'entaille de Tarbre, quoique saignante, n'était pas mortelle : en plaquant de la terre humide sur la blessure et en la recouvrant de morceaux d'écorce reliés autour du tronc par des lianes, nous pouvions le guérir et vivre encore de ses dons d'automne tous les hivers; notre petit troupeau de chèvres et de cabris nous alimenterait pendant la belle saison, nos figues sèches nous remplaceraient les raisins disparus avec la vigne ; mais nous ne nous dissimulions pas que le châtaignier n'avait pas longtemps à vivre, puisque le sbire et son conseiller avaient juré de nous réduire à la" mendicité et de nous expulser par la faim de notre pauvre nid sur la montagne.
OEUVR. COMPL. — XLt. i2
Ma sœur nous raconta Tamour du capitaine des sbires pour sa belle enfant, la condition que Tavocat avait naise tout bas à la vie du châtaignier et à la restitution de nos petits chanops, troqués contre la cousine d'Hyeronimo. A . ^ette confidence, Hyeronimo, sans rien dire, devint plus rouge et plus resplendissant de colère contenue, que quand il s'était jeté, sa hachette à la main, seul contre dix hommes armés. Fior d'Âliza ne le vit pas, mais elle devint pâle comme un linge et se colla convulsivement contre le sein de sa mère.
Quant à moi, je mis ma tête aveugle entre mes deux mains, sur mes genoux tout tremblants, et je pressentis confusément de grands malheurs. Hélas 1 pourquoi ces seigneurs pèlerins de Lucques nous avaient-ils découverts dans notre pauvre cabane, et pourquoi Fior d'Âliza les avait-elle éblouis, comme une étoile dans un ciel de nuit, sur nos montagnes, éblouit Tceil et fait rêver à mal le bergerl