‹ Fior d'AlizaChapitre 98 sur 197 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

cequMl m'a fait pour le haïr? Ou bien : Est-ce qu'il ne m'aime pas? Mais qu'est-ce que je lui ai fait pour qu'il me haïsse?

Ce fut le temps oh je me cachai de ma tante elle-même pour m'habiller, toute seule, derrière la porte de la maison, les dimanches, et où je me regardai pour les premières fois dans le morceau de miroir cassé encadré dans le mur contre la cheminée. II semblait que je voulusse me faire belle pour mon ange gardien, car, quand les pèlerins passaient par hasard près du châtaignier, et qu'ils regardaient en se par* lant entre eux mon visage, cela me faisait honte au lieu de me faire plaisir ; ce n'était pas pour eux que je désirais voir mes cheveux reluire comme de Vôv au soleil.

Pourtant je vis bien qu'Hyeronimo n'avait rien contre moi quand il s'élança à mon secours, comme un saint Michel dems le tableau, contre les sbires, et qu'il tira, & la vue de mon sang, son tromblon contre la gueule de six fusils braqués sur sa poitrine. Je dois même dire que je me réjouis en moi-même de voir couler mon sang sur mes bras, puisque ces grains de plomb qu'il m'arracha de la peau avec c^ dents lui étaient entrés plus avant qu'à moi dans le cœur.

Mais, hélas I mon père et ma tante, le moment oii les sbires Tenchainèrent, le lendemain, là, sur le plancher, et Tentrainërent à la prison de Lacques en Taccablant d'outrages et de menaces de mort, m'en apprit bien vite plus que je n'en aurais su en trois ans. Je sentis que mon cœur s'en allait tout entier avec lui et que la chaîne de fer qui lui garrottait les membres me tirait en bas aussi fort que si j'en avais été garrottée moi-même.

Ce ne fut point une illusion, monsieur, je le sentis comme je vous vois ; ce fut comme un poids qui fait, bon gré, mal gré, trébucher une balance. Je sautai du lit, à demie nue, et je me dis : Ils en tueront deux ou je l'arracherai de leurs mams; allons I... Son ange gardien était entré en moi, il avait pris ma figure.

Ma tante et mon père étaient dehors de la porte à écouter les pas des sbires qui entraînaient Hyeronimo dans la nuit; je m'habillai dans l'ombre, mais, quand je me vis à moitié habillée, avec mes cheveux longs et bouclés, mal retenus par l'aiguille à la pointe de clou au sommet de la tête, avec ma veste brodée de vert sur la poitrine, mes bras nus sortant de ma chemise, mes manches de drap tombant vides le long de mon corps, ma jupe courte, mes -pieds nus dans

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