XXII .Fntroduction
nous ne dirons rien non plus des nombreuses difficultés que présentait un pareil travail ; elles ne pourront être justement appréciées que par ceux qui connaissent le texte italien. Mais, nous l’avouons, ces difficultés nous ont été douces à surmonter. Nous n'avons travaillé aux Æorerfr, que pendant les loisirs que nous laissaient des études plus importantes et plus sérieuses ; c'est là que nous allions chercher nos délassements, et ce repos nous a toujours été délicieux. Oui, nous nous rappellerons longtemps encore ces jours où nous nous retirions dans un bois solitaire, pour y traduire /es merveilleuses prédications de François à ses petits Jrères et à ses petites sœurs les oiseaux. Environné nous-même d’une nature qui se présentait avec tous ses charmes, nous n'avions pas de peine à nous identifier avec ses sentiments, et jamais poésie ne nou3 avait paru plus suave.
© saint François d'Assise ! je vous rends grâces pour les consolations que m'a procurées la :u:ditation de votre admirable vie et de vos sublimes vertus. Puissé-je en profiter pour le salut de mon âme! Puissé-je devenir, comme vous, humble et pauvre sur la terre, et recevoir ensuite avec vous, dans les cieux, la couronne de la bienheureuse immortalité !
2 Fioretti de saint Francois d'Assise
de crainte, lorsqu'ils verront par là que personne n'est assuré de persévérer jusqu’à la fin dans la grâce de Dieu. Les saints Apôtres du Christ étonnèrent le monde par la sainteté et l'humilité de leur vie, et ils furent remplis de V'Esprit-Saint ; de même aussi les pieux compagnons de saint François firent éclater de si hautes vertus, que, depuis les Apôtres, jamais on n'avait rencontré des exemples de sainteté et d’humilité aussi merveilleux. L'un d'eux, Frère Egide, fut, comme saint Paul, ravi jusqu’au troisième ciel ; un autre, Frère Philippe le Long, comme autrefois le pruphète Isaïe, sentit ses lèvres purifiées par le charbon de l’Ange ; un troisième, Frère Silvestre, comme un autre Moïse, s'entretenait familièrement avec Dieu, comme un ami avec son ami; un autre,encore, le très humble Frère Bernard, qui expliquait avec tant de profondeur la sainte
Ecriture, semblable à saint Jean, cet aigle de l'Evangile, s'élançait, par la subtilité de son intelligence, jusqu'à la lumière de la science divine ; un autre, enfin, et c'était Frère Rufin, gentilhomme d'Assise, fut sanctifié de Dieu, et dès son vivant canonisé dans le ciel. Et c'est ainsi,
comme nous le verrons dans la suite, que les premiers disciples de saint François se virent tous favorisés des privilèges de sainteté les plus signalés (1).
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1, Les douze premiers compagnons de saint François furent : Bernard de Quintavalle, Pierre de Catane, Égide (appelé aussi Gilles dans les anciens auteurs français), Sabatiani, Morico, Jean de la Chapelle, Philippe de Long, Jean de Saint-Constance, Barbari, Bernard de Viridant ou Vigilance, le pré. tre Silvestre et Ange de Tancrède. Nous verrons souvent reparaître les plus connus d’entre eux.
{Cette note et toutes celles qui suivent sont du Traducteur: }
Chapitre ii. — Du Frère Bernard de Quintavalle, pre mMier compagnon de saint François.
saint François fut i se convertit de la
depuis deux ans déjà, de, sa patience était
Gois accepta. Alors Bernard se Promit dans son cœur de Contempler la sainteté de son hôte : il] Jui fit Préparer un lit dans sa Propre chambre, où une lampe brûlait toute la nuit. Mais le Saint, pour cacher sa sainteté, se coucha dès qu'il fut.entré, et fit semblant de dormir. Bernard en fit autant et se mit à ronfler comme un homme qui aurait dormi du Plus profond sommeil. Trompé P-r cette ruse, saint François croyant que Bernard dormait réellement quitta bientôt son lit Pour se mettre en prière ; il levait les
yeux et les mains au ciel, et, plein d'une sainte ferveur, il s'écriait: Mon Dieu! mon Dieu! 11 demeura ainsi prosterné jusqu'au matin ne répétant que ces seules paroles, et il versait un torrent de larmes, Ces sentiments lui étaient inspirés par la contemplation et l'admiration de l'excellence de la divine Majesté ; il voyait qu’Elle daignait prendre
pitié du monde qui périssait ; il voyait aussi que, par le moyen de son pauvre serviteur, Dieu, tout en procurant le salut de son âme, allait aussi remédier à celui de tant d'autres; et c'est pourquoi, éclairé par l'Esprit-Saint qui est un esprit prophétique, e “voyant déjà les grandes choses que Dieu devait opérer par lui et par tout son Ordre, et considérant ensuite son insuffisance et son peu de vertu, il priait le Seigneur, par cette miséricorde et cette toute-puissance, sans lesquelles la fragilité humaine
de saint Jrancois d'Assise
voie que vous me répondit :
et, après l'avoir Prier jusqu’à l'heure de Dieu qu'en Ouvrant trois la voie que nous devons accepta la ’évêché ;
adresse qui lui demande la voie de Ja perfec.
tion (1): « Si vous voulez être Parfait, allez, vendez ce que RER Dee AS 1. S. Matthieu, chap. x1x.
#ioretti
vous avez, donnez-le aux pauvres et suivez-moi.» A la seconde ouverture, le prêtre lut ces autres paroles de Jésus. Christ aux Apôtres, quand il les envoya prêcher l'Evan. gile: «Ne portez rien en voyage, ni bâton, ni bourse, ni chaussure, ni argent (1);» voulant leur montrer par cet avertissement qu'ils devaient mettre toute leur espérance en Dieu, et s'appliquer uniquement à la prédication de l'Evangile. Enfin, à la troisième ouverture du Missel, .on trouva ces paroles du Christ: «Si quelqu'un veut venir après moi, qu’il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive (2).» Alors saint François s'adressant à Bernard : « Voilà, lui dit-il, le conseil que nous donne le Christ; allez donc, pratiquez ce que vous venez d’entendre, et que béni soit Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a daigné nous montrer sa voie évangélique.» Bernard était fort riche ; cependant, dès lors, il prit la résolution de vendre tout ce qu’il possédait, et il le fit au plus tôt. Ensuite, aidé de saint François, il s'empressa de distribuer le prix de ses biens aux veuves, au:: orphelins, aux prisonniers, aux religieux, aux malades et aux pèlerins.
Un homme, appelé Silvestre, voyant que saint François faisait distribuer et distribuait lui-même, avec tant de libéralité, l'argent aux pauvres, s’en vint le trouver, et, pressé par une cupidité, lui dit: « Vous ne m'avez pas entièrement payé les pierres que vous m'avez achetées pour la réparation de l’église (3), vous le savez ; maintenant donc
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