IMPRIMATUR
Fr. CoLompan-MaRir, O. F. M.
Comm. Prov.
Montréal,
3 mai, 1901.
I ES Fioretti de saint François sont considérées à bon droit à comme un chef-d'œuvre de la litérature italienne. Leur grâce, leur fraicheur, leur parfum de sainteté, leur naïve simplicité en font un livre vraiment délicieux et.attrayant. La piété y trouve un aliment, et cet attrait que nous avons naturellement pour le merveilleux y est pleinement satisfait. Longtemps, toujours même, il nous reste quelque choée de cette avidité enfantine qui cherche et veut sans cesse entendre de belles histoires. Les petites Fleurs de saint François aux histoires naïves et vraies ne peuvent donc que nous plaire.
Les Fioretti ont eu plusieurs traductions. Celle de l'abbé A. Riche que nous présentons à nos lecteurs, est, croyons-nous, la plus estimée, ses nombres :s éditions en font foi. La magistrale introduction qui précède le texte est un résumé de la vie et de l'esprit du séraphique Patriarche d'Assise, c'est la clef nécessaire à l'intelligence des merviilles qui vont étre narrées. Elle nous révèle l'influence de cer pages sur les cœurs. En lisant cette introduction, on sent qu'ayant lc les Fioretti, les ayant méditéss, pour les traduire et pour savourer leurs charmes ir sistibles, le traducteur a compris saint François, l'a aimé, enthousiasmé de lui. C'est d'ailleurs une victoire certaine qu reste toujours à saint François si l'on veut s'approcher de C'est un tascinateur ! Lisez sa vie, lisez ses ravissantes Fior et vous serez obligé d’aimer le Pauvre d'Assise. C’est un ; qu'il nous tend. Et comme tous les pièges, celui-ci es: plein traits, il a son apnât. Mais aussi comme tous les pièges et toute les industries de Dieu pour atti er les âmes, François ne nous attire à lui que pour nous conduire à Jésus. Ah! comment pas se laisser prendre volontiers à tout ce qu'il y a de beau, de ravissant, de céleste, dans la vie du séraphique François ?
Au charme de la poésie, nous avons voniu ajouter les grâces du dessin qui mettent devant nos yeux les scènes racontées.
[ Dreface
usieurs des gravures sont tirées des grands maitres, d'autre sont dues à des plumes naives et franciscaine. somme les personnages qu'elles essaient de faire revivre sous leurs traits. Œuvres d'un art en enfance, elles ne pourront déplaire à ceux que les pages des Fioretti sauront charmer.
Le traducteur a ajouté, à la fin de l’ouvrage, une étude sur les monuments franciscains d'Assise. Il nous conduit en pèlerinage aux lieux bénis où vécurent saint Fransois et ses premiers cor pagnons, il nous fait visiter les vestiges sacrés qu'ont laissés ia les Saints. On le suit avec émotion espérant à chaque pes retrouver le Père des Mineurs, Claire sa sœur et sa digne coadjutrice, espérant rencontrer le frère Egide ou... le frère l'inipère! Ces saints personnages dorment dans leur tombe ; p..rins avec le pieux traducteur nous baisons leur poussière vénérée, nous revoyons les lieux où ils ont vécu *t qui sont conservés avec un religieux respect.
Viennent enfin quelques notes. Dans les livres de science, d'histoire, de critique, les notes finales sont toujours la frayeur des simples lecteurs et peut-être est-ce pour qu'on puisse les passer plus facilement qu'elles sont reléguées ainsi, bien loin, à la fin. Mais ici, ces queïques notes ne sont qu'une continuation des « Petites Fleurs » : quelques traits de la vie du séraphique Père, ou d'intéressants détails sur les monuments qui rappellent son souvenir, On peut les lire sans crainte.
Tel est l'ouvrage que nous présentons à nos lecteurs. Nous n'avons qu’un regret, c'est que l'édition que nous venons d'en faire ne soit pas aussi parfaite que nous l’aurions désiré, Puisset-elle du moins porter à chacun de nos bienveillants lecteurs une étincelle de l'amour divin qui embrasait le cœur du Séraphin d'Assise et de ses premiers compagnons !
Les RÉDACTEURS DE LA Æevue du Tüers-Ordre
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L y a près de six cents ans déjà, lorsque l'Europe Presque tout entière redisait avec admiration les ver. tus et les prodives de saint François d'Assise, un
UE] religieux de s : : rdre conçut le projet de les re: seil. lir pour l'édification de - :: ir: res, C'était un travail bien doux et bien facile pour lui: il, «sait à peine un demi-siècle que son bienheurcux Père avait quitté la terre pour aller recevoir sa couronne dans les cieux ; et, des frères qui avaient eu le bonhe:r de vivre en sa compagnie, dans ses dernières années, racont .ient encore avec attendrissement tout ce qu'ils savaient de sa vie merveilisuse, Aussi bien, le bon frère avait reçu de Dieu les dispositions les plus propres pour exécuter heureusement son dessein : une grande facilité dans l'expression, une sensibilité exquise, une simplicité de colombe, et par-dessus tout une piété vraiment angélique. 11 se mit donc à l'œuvre. Et d'abord, il se représenta la vie de saint François et de ses premiers compagnons comme un vaste jardin tout émaillé de fleurs. Il y entra, cuaillit une à une ! 1cune des vertus, chacun des prodiges qui se présentaient àse ux, puis il en fit un bouquet qu'il appela gracieusement FIOKETTI ou PETITES FLEURS de saint François.
Mais il était une fleur qui l'emportait sur toutes les autres par son odeur et par sa beauté ; c’eût été lui faire perdre de son éclat que de la confondre avec les autres ; il fallait la cueillir séparément et la présenter seule avec tous ses charmes. Le pieux Franciscain le comprit, et la seconde partie de son livre fut intitulée : Considérations sur les sacrés et saints Stigmates de saint François.
Deux compagnons du Bienheureux fixèrent ensuite son attention. Le caractère sous lequel ils se présentaient l'avait plus vivement frappé ; il résolut de tracer au moins les principaux traits de leur vie. 11 commença par Frère Junipère; c'était bien la biographie la plus singulière qu’il entreprenait là, Il voulut sans doute que la forme qu’il lui donnerait répondit au fond, et vraiment il était difficile de mieux réussir. Vous arrivez au premier
1 gntroduction
à chapitre de la vie du Frère Junipère, vous vous attendez à trouver des détails sur son origine, Sa vocation... rien de tout cela, voici que le titre vous annonce tout d’abord une histoire, mais une histoire si bizarre, que vous ne pouvez revenir de votre surprise. Nous l'avouerons, nous nous trouvions entièrement déconcerté en arrivant à cette partie des Fioretti; nous cherchions à nous rendre compte de tous les détails de cette vie par des principes tirés de la foi ; et toujours il nous semblait qu'il y avait là quelque chose de plus que la folie de la croix. Enfin, nous avons trouvé l'unique et véritable raison de cette singularité, qui s'explique fort naturellement. On lit, dans le chapitre troisième de ja vie de Frère Junipère, qu'il fut cruellement tourmenté par les ordres d’un seigneur nommé Nicolas ; or, nous apprenons, par l'auteur des Conformités de saint François, que le pauvre frère eut alors la tête si rudement martelée, qu’elle ne se retrouva jamais parfaitement saine (1). Il faut avouer cependant, qu'il ya, dans la vie du bon frère, des exemples de vertus capables de confondre les sages qui s’en moqueraient ; et, quand on connaît ja raison des pieux excès de son zèle, on est enchanté de les trouver racontés avec tant d’enjouement et tant de simplicité. La vie de Frère Junipère est suivie de celle du Frère Egide. On ÿ reconnait sans peine le disciple formé par les soins de saint François, et l'on admire qu’il ait su retracer si fidèlement les vertus de celui qu’il avait choisi pour son modèle. Enfin, ies Fioretti sont terminées par la Doctrine de Frère Egide. Ce ne sont pas des dissertations savantes, ni des théories abstraites sur les vertus ; le saint frère croyait, avec raison, qu'il valait beaucoup mieux disserter un peu moins et pratiquer un peu plus. Sa doctrine, c'est la vie de saint François et de ses premiers cOmpagnons réduite en principes de vertus pratiques ; rien de plus. [1 semble que l’auteur des Petites fleurs ait voulu nous dire, en finissant ainsi: Vous avez admiré les Saints dont je vous ai raconté les prodiges ; mais ce n’est pas assez ; il faut, avant tout, imiter leurs vertus ; Or, voici celles à la pratique desquelles ils s'attachaient spécialement et la manière dont ils s'y conformaient
1. Proptér quod deinceps nunquam fuit capite sanus. Folio 92.
3ntroduction v
dans leur conduite. Puis, il expose simplement les fruits qu'on peut retirer de ces vertus, l'aveuglement de ceux qui les négligent ; et c’est ainsi que finissent les*peTiTES FLEURS, à /a louange de Jésus-Christ et de saint François, son petit pauvre.
On ne regrette qu'une chose en parcourant ces intéressantes légendes, c’est de ne pas en connaître l'auteur (1) ; on aimerait savoir à qui l’on est redevable du plaisir qu’on éprouve, afin de l'en remercier dans son cœur et de répéter son nom devant Dieu, Pourquoi donc at-il voulu se dérober à la reconnaissance ? Nous Pouvons conclure certainement, d'après les Æoretfr, que c'était un moine Franciscain qui vivait vers la fin du treizième siècle ; mais les longues recherches que nous avons faites pour décou-
- vrir son nom ne nous ont conduit à rien de certain. Ah! sans doute, le bon frère voulait bien de l'immortalité cependant, mais au ciel, avec son bienheureux Père saint François. Voyageur étranger sur terre, que lui faisait à lui de laisser, en passant, son nom à la postérité ?
Quand on est sincèrement chrétien, quand on sent dans son cœur un vif amour de Dieu, quand surtout on n’a pas peur des saintes et généreuses folies de la croix, en vérité c’est un bonheur que de rencontrer, après plus de cinq siècles, ces gracieuses pages, de pouvoir reposer ses yeux fatigués sur ces petites fleurs, et de savourer le déliciéux parfum qu’elles exhalent. 11 y a là une piété si tendre, une si naïve et si douce poésie! Aussi l'Italie a-t-elle mis au nombre de ses monuments littéraires les plus précieux, cette antique production de sa langue, qu’elle ne s’est pas encore lassée d'admirer et d’aimer. Mais pourquoi donc ce petit chef d'œuvre est-il demeuré caché pour nous jusqu’à ce jour? On fouille péniblement dans le passé Pour en extraire tout ce qui peut exciter l'intérêt et la curiosité de notre époque, comment donc %e fait-il que les More/fi soient restées dans l'oubli et que personne n'ait entrepris encore de nous en révéler les beautés(2) ? Telles étaient les réflexions qui nous occupaient lorsque, pour la première fois, nous parcourions les Légendes Franciscaines ; nous aurions voulu partager avec nos amis le plaisir qu’elles nous