Voyez la note 2°, à la suite de cet ouvrage
Introduction
nn avaient procuré, et nous nous proposions, dès lors, d'en. entreprendre nous-même la traduction, sitôt que nous en aurions le loisir. ÿ
Mais, dira-t-on, publier actuellement une traduction des Fioretti, n'est-ce pas aller contre les idées généralement admises de nos jours ? Nous ne le pensons pas. Malgré les ravages de V'incrédulité, Dieu conserve encore, parmi nous, un petit troupeau d’âmes privilégiées qui l’adorent en esprit eten vérité ; ces âmes, nous n’en doutons pas, sauront apprécier et goûter les charmes des Petites Fleurs de saint François. Et puis, parmi ceux mêmes chez qui le sentiment religieux est presque éteint, il en est beaucoup qui commencent à se lasser de ce qu'ils entendent et de ce qu'ils voient. Nous ne voulons pas dire qu'il y ait encore réaction ; les voies de Dieu sont impénétrables et les mystères de sa miséricorde sont connus de Jui seul ; mais n’est-il pas vrai, néanmoins, que bien des hommes se sentent mal à l'aise dans l’atmosphère qu'ils respirent ? N'est-il pas vrai que plusieurs, après avoir déjà fourni une longue carrière, s'arrêtent, jettent un regard en arrière et se demandent avec anxiété s’il n’y aurait pas un moyen de revenir sur leurs pas ? N'est-il pas vrai eñfin que beaucoup seraient chrétiens, et sincèrement chrétiens, si la peur, si l’amourpropre, si l'intérêt surtout ne refoulaient la pensée du ciel qui surgit dans leur âme? Eh bien! nous le croyons, si un livre tel que les Æioretti venait à tomber entre leurs mains, ces hommes le liraient avec intérêt ; et s'ils ne comprenaient pas tout ce qu'il renferme, au moins seraient-ils sensibles à la naïveté, à la gracieuse simplicité, à la fraîcheur de poésie qu’ils y trouveraient ; et qui sait s’ils n’en recueilleraient pas une de ces impressions de la grâce dont ils ne pourraient pas bien se rende compte alors, mais qui produirait cependant ses fruits en son temps ? Les âmes pures et droites devant Dieu, les âmes désenchantées des illusions du siècle et qui sentent le besoin de s'attacher à quelque chose de plus constant et de plus vrai, voilà donc celles auxquelles nous adressons spécialement nos Petites Fleurs. Maintenant surtout que ce petit ouvrage, imprimé pour la première fois en 1848, a traversé les temps les plus orageux d’une grande révolution, c'est avec une confiance toute nouvelle que nous le représentons au public dans cette cinquième édition. Le sentiment religieux qui
Fntroduction vil
s’est réveillé dans les esprits, depuis quelques années, n’a certainement pas diminué, il s’en faut bien ; et si les leçons de la Providence n’ont pas changé tous les cœurs ni calmé toutes les passions, on peut assurer néanmoins, qu’un bon nombre d’esprits les ont comprises, Pour s’en servir dans la pratique.
Et puis, il est un noble encouragement, une bénédiction précieuse qui a porté bonheur à la deuxième édition des Pefites Fleurs de saint François d’Assise, et qui les accompagnera, nous l’espérons, dans les publications suivantes. Quelques mois avant de les représenter, pour la seconde fois, au lecteur chrétien, le traducteur avait l'honneur de les déposer, avec d’autres ouvrages, aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ, et le saint Père daignait l’encourager dans ses travaux, lui donner ses avis, et le bénir avec toute la bonté d’un père.
Mais, nous le sentons, une tâche nous reste à remplir; nous n'aurions rien fait sans cela. Ce livre ressemble si peu à ce qui se publie de nos jours; il est si étranger à nos mœurs, à nos manières de voir, qu’il lui faut, pour ainsi dire, une clef qui en donne l'intelligence. Essayons donc ce travail préliminaire, et Commençons d’abord par jeter un rapide coup d'œil sur l’ensemble de la vie de saint François.
« Entre le Tupino et l'eau qui descend de la colline choisie “ pour sa demeure par le bienheureux Ubald, sur la côte fertile « qui s’abaisse de cette haute montagne... naquit au monde « (1182), dit Dante, un soleil comparable au nôtre (1), » un soleil qui devait réjouir l'Eglise par l'éclat de ses vertus. Une étable et un peu de paille reçurent François Bernardone, « le plus ardent, le plus transporté, et, si j'ose ainsi parler, le plus désespéré amateur de la pauvreté qui ait peut-être été dans l'Eglise (2). Comme autrefois, au jour de la Nativité du Sauveur, des hymnes célestes retentirent autour de son berceau et présagèrent la haute mission que devait remplir un jour le nouveau-né. D'heureuses disposi. tions se manifestèrent de bonne heure dans le jeune F rançois : une douceur attrayante, de la vivacité, du jugement, du courage et surtout une forte inclination à donner au delà même de ce