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Chapitre ttrif. — Comment Frère Massée obtint du Christ la vertu d'humilité,
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QLES premiers Compagnons de saint François s'ap- I pliquaient de tous leurs efforts à devenir pauvres des choses de la terre, et à s'enrichir des
vertus qui Procurent le véritable trésor, le trésor céleste et
éternel. Un jour qu’ils étaient réunis et qu'ils s’entretenaient de la grandeur de Dieu, l'un d'eux rapporta l'exemple d’un homme singulièrement aimé du Seigneur, favorisé des grâces les plus abondantes Pour la vie active et contemplative, et qui, néanmoins, se conservait si humble qu'il s’estimait le plus indigne des pécheurs. Il ajouta que l'humilité le sanctifiait, le confirmait en grâce, le faisait croître en vertus, luiattirait un grand nombre de faveurs de la part de Dieu, enfin, qu'elle était pour lui comme un rempart inébranlable contre le péché. A ce récit des effets merveilleux de l'humilité, Frère Massée, voyant que là se trouvait un trésor de vie éternelle, se sentit si vivement enflammé d'amour Pour cette vertu et du désir de l'obtenir, que, dans sa ferveur, levant les Yeux au ciel, il forma le vœu et le ferme Propos de ne plus se permettre aucune jouissance qu'il ne l’eût obtenue en sa pleine possession. Dès lors, il demeurait Presque continuellement renfermé dans sa cellule, se livrant à toutes sortes de Macérations, au jeûne, aux veilles, à Ja Prière et aux larmes, pour obtenir cette précieuse vertu sans laquelle il se croyait digne de l'enfer, et que cet ami de Dieu, dont on lui avait parlé, possédait à un si haut degré.
Depuis longtemps déja, il était animé de ces sentiments, lorsqu'un jour il entra danslebois, errant ça et là tout baigné
uo fioretti de saint Francois d'Assise
mere de larmes, poussant des soupirs et demandant ardemment à Dieu la sainte vertu d'humilité. Le Seigneur écoute volontiers la prière du cœur humble et contrit ; ilexauça celle du pieux frère. Au moment où il parcourait ainsi le bois, une voix du ciel se fit entendre à lui.et l’appela par deux fois : « Frère Massée! Frère Massée!» Et lui, reconnaissant la voix du Christ, répondit aussitôt: « Mon Seigneur !» — Jésus lui dit : « Que veux-tu sacrifier pour obtenir la grâce que tu demandes ? » — « Seigneur, répondit le frère, faut-il les yeux de ma tête? je suis prêt à les donner. »— « Tes dispositions me suffisent, reprit le Christ, reçois la faveur que tu souhaites ; je te l'accorde gratuitement.» Et la voix cessa de se faire entendre. Dès ce moment, rempli de la grâce que lui procuraient la lumière de Dieu et la vertu d'humilité qu'il avait si vivement désirée, Frère Massée éprouva une continuelle jubilation. Souvent, pendant ses prières, il poussait des gémissements semblables aux roucoulements de la colombe (1), et il démeurait ainsi en contemplation, la figure rayonnante de joie et le cœur palpitant de bonheur ; et puis, dans la perfection de son humilité, il s'estimait la plus indigne de toutes les créatures. Un jour que Frère Jacques de Fallerone lui demandait pourquoi il exprimait toujours sa joie de la même manière, il lui répondit, la figure encore toute radieuse, qu’il n'y avait rien à changer là où tout le bien se trouvait.