LS
Chapitre plviii, — ent Frère Jacques de la Massée aperçut dans la vision d'un arbre, tousles Frères Mineurs
À or
solation. Je le rencontrai un jour, et je lui dis: «O mon frère! si ce que l’on raconte de vous est vrai, je vous en prie, confiez-moi votre secret. On dit que; pendant les trois jours où vous êtes demeuré comme mort, Dieu, entre autres choses, vous a révélé quel devait être le sort de notre Ordre; c'est ce que m'a rapporté Frère Mathieu, Ministre de la Marche, à qui, vous-même, vous avez confié le secret de cette révélation. » Frère Jacques m'avoua humblement que le récit du Ministre était exact.
Or, voici ce qu'avait raconté Frère Mathieu:«Je connais un frère à qui Dieu a révélé ce qui doit arriver à notre Ordre.
Frère Jacques de la Massée m'a rapporté qu'un jour, après que Dieu lui eut confié beaucoup de choses secrètes sur l'état de l'Eglise militante, il avait aperçu, dans une vision, un arbre merveilleux de beauté et de grandeur. Sa racine était d’or, ses fruits étaient des hommes, et ces hommes étaient des Frères Mineurs. Cet arbre avait autant de branches principales qu’il y avait alors de Provinces dans
l'Ordre, et chaque branche portait autant:de frères qu'il y en avait dans la Province qu’elle représentait. De cette
de saint francois d'Assise 153
manière, Frère Jean connut le nombre de tous les religieux qui composaient l'Ordre et chacune des Provinces ; il connut même le nom, l’âge, la condition, les emplois, les dignités, les grâces et les fautes de chacun des Frères Mineurs. Au sommet de Ja branche du miliel, il remarqua Frère Jean de Parme: les ministres de toutes les Provinces se trouvaient au sommet des branches environnantes. Il aperçut aussi Jésus-Christ. Assis UF UA trône élevé et d’un éclat éblouissant, il appelait saint François près de lui, lui pré. sentait une coupe pleine de l'esprit de vie, et lui disait : « Va, visite les Frères de ton Ordre, et donne-leur à boire de cette coupe de l'esprit de vie : car l'esprit de Satan se lèvera contre eux ; il les frappera, et Plusieurs d'entre eux tomberont sans jamais Pouvoir se relever. » Puis le Christ donna encore au Saint deux anges qui devaient l’accom- Pagner. Alors saint François vint offrir la coupe à ses frères ; il commença par Frère Jean de Parme, qui la prit, but avec une sainte avidité tout l'esprit de vie qu'elle con. tenait, et devint aussitôt brillant comme le soleil. Ensuite, le Saint présenta successivement la coupe à tous les autres frères ; mais il s’en trouvait peu qui la reçussent avec le respect et la pieté convenables, et qui l'épuisassent tout entière. Le petit nombre de ceux qui la recevaient et qui la vidaient devenaient sur-le-champ resplendissants comme le soleil, tindis que les autres devenaient noirs, obscurs, difformes et hideux à voir. Pour ceux qui en buvaient une partie ct répandaient le reste, ils devenaient moitié brillants, moitié obscurs, plus ou moins, selon la mesure qu'ils avaient bue ou répandue. Mais, Parmi tous les autres, Frère Jean resplendissait d'une clarté plus éblouissante. C'était lui qui avait le mieux épuisé la coupe de l'esprit
de vie, et c'est pour cela qu’il lui fut donné de contempler avec plus de profondeur que les autres l’abime de la divine et infinie clarté ; et ce fut dans cette clarté qu'il entrevit les adversités et les tempêtes qui allaient s'élever contre l'arbre, agiter et briser ses rameaux. Dans cette prévision, il descendit du sommet de la branche où il se trouvait, alla se cacher au pied du tronc de l'arbre, et là il se tenait tout pensif. Alors un frère, qui n'avait bu qu’une partie de la coupe, s'élança au sommet de la branche que Frère Jean venait de quitter ; Mais à peine y était-il, que les ongles de ses mains se changèrent en pointes de fer aiguës et tranchantes comme des lames de rasoirs, Aussitôt il quitte brusquement sa branche et se précipite avec impétuosité et fureur sur Frère Jean; mais, sitôt qu'il l'aperçoit, celui-ci pousse un grand cri, et se recommande à Jésus-Christ assis sur le trône. Le Christ, alors, appelle de nouveau saint François, lui donne un caillou très tran- Chant, et lui dit : « Prends ce Caillou, et va couper les ongles de ce frère qui veut déchirer Frère Jean, et mets-le dans l'impossibilité de faire désormais aucun mal. » Saint François obéit et partit sur-le-champ. Mais voici qu’un instant après, un vent impétueux s'élève et secoue l'arbre avec tant de violence que les frères en tombaient à terre. Ceux qui tombaient les Premiers étaient ceux qui avaient répandu toute la coupe de l'esprit de vie ; les démons les traînaient dans des demeures obicures où ils étaient tourmentés. Mais Frère Jean et tous ceux qui, comme lui, avaient épuisé la coupe, étaient transportés par les Anges dans un séjour de vie, de lumière éternelle et de bienheu. reuse splendeur. Dans cette vision, Frère Jacques distin. Suait clairement chaque frère en particulier avec sa dignité
de saint grancois d'Assise 155 et sa condition, Enfin, après avoir été quelque temps battu
Par la tempête, l'arbre finit par tomber, et i] devint le jouet
des vents qui l'emportèrent. Alors la tempête s'apaisa, et,
de la racine de cet arbre d'or qui venait d'être arraché,
s'en éleva un autre également d'or et dont les feuilles et
les fruits d'or, Que dire de cet arbre, de de la profondeur de