Chapitre pv. 7 Du saint frère à qui la Mère du
Christ apparut, quand il était malade, lui apportant trois boîtes d’électuaire.
U couvent de Soffiano, dont nous venons de
parler, se trouvait autrefois un frère d’une si
2] haute sainteté et riche de tant de grâces, que
sa vie paraissait toute céleste. Souvent il était ravi en Dieu, et lorsqu'il était absorbé dansila contemplation divine, faveur dont il était singulièrement doué, les oiseaux venaient le trouver, se posaient familièrement sur sa tête, sur ses pieds, sur ses mains, et faisaient entendre un concert merveilleux. Ce frère aimait la solitude et parlait peu; mais, quand on l'interrogeait, il répondait avec tant de douceur et de sagesse qu'on l'aurait pris pour un ange.
de saint francois d'Assise
Il était favorisé des dons d'oraison et de contemplation, et les frères avaient pour lui une grande vénération. Lorsqu’il fut près d'arriver au terme de sa sainte vie, Dieu voulut l'éprouver par une maladie, qui ne lui permit bientôt plus de prendre aucun aliment. Dès lors, il refusait tout soulagement corporel, mettait toute sa confiance en Jésus- Christ, le céleste médecin, et en sa sainte Mère ; et par là, il mérita de la divine bonté d'être miséricordieusement visité et soulagé par la Vierge bénie.
Un jour qu’il était sur son lit, se disposant à la mort avec toute la ferveur de son âme, cette glorieuse Vierge lui apparut et s’approcha de lui avec une grande multitude d’anges et de saintes, et environnée d’une splendeur toute divine. Le frère, en la contemplant, se sentit inondé de joie et fortifié ea son âme et en son corps. Il la pria humblement de demander, par ses mérites, à son Fils chéri qu'il voulût bien rompre les liens qui le tenaient encore attaché à la misérable prison de son corps ; il lui faisait cette prière avec une grande abondance de larmes, — « Ayez confiance, mon fils, lui répondit la Vierge Marie, en l'appelant par son nom; vos vœux sont exaucés, et je viens pour vous fortifier au moment où vous allez quitter cette vie,» Près de la Mère de Jésus se trouvaient trois saintes vierges, portant chacune à la main une ‘boîte d'électuaire d'une odeur et d'une suavité inexprimables, La sainte Vierge prit une de ces boîtes, l'ouvrit, et aussitôt toute la cellule fut embaumée; puis, prenant une cuillerée d’'électuaire, elle la présenta au malade. Le frère en eut à peine goût. qu'il se sentit fortifié et rempli d'une douceur si suave, qu’il lui semblait que son âme allait se détacher de son corps. «O sainte Mère! Vierge bénie | s'écriait-il, Ô vous,
la guérison et le salut des pauvres mortels! c'est assez! c'est assez! non, je ne puis plus supporter tant de douceurs. » Mais la compatissante et tendre Mère lui en rendit encore jusqu’à ce que la boîte fût entièrement ride ; ensuite, elle en prit une seconde, et y plongea la cuillère pour donner de ce nouvel électuaire au frère ; mais celuici, se plaignant doucement, disait : « O bienheureuse Mère de Dieu ! si mon âme est déjà toute liquéfiée par l’ardeur et la suavité du premier électuaire, comment donc pourrai-je en supporter un second ? O vous ! qui êtes bienheureuse par-dessus tous les saints et tous les anges, je vous en prie, c'est assez! c'est assez ! » — « Mon fils, répondit la glorieuse Vierge, je veux que vous goûtiez de ce nouvel électuaire.» Et lui en ayant présenté un peu, elle ajouta : « Maintenant, c'est assez ; prenez courage, mon fils, bientôt je reviendrai vers vous pour vous conduire au royaume des cieux, que vous avez toujours recherché et souhaité si ardemment.» A ces mots, la Vierge disparut, et laissa le frère si rempli de consolation et tellement fortifié par la douceur de l’électuaire, qu’il vécut encore plusieurs jours plein de force, sans éprouver le besoin de prendre aucune nourriture. Puis, au moment où il s'entretenait avec ses frères, son âme quitta la terre, inondée de joie et de bonheur.
du monde ; et comment il connut les vertus, les mérites et les vices de chacun d'en r.
ÈRE Jacques de la Massée, que Dieu rendit dépositaire de ses secrets, et à qui il donna la science parfaite et l'intelligence des divines Ecritures et des choses futures, fut d’une si haute sainteté, que les Frères Egide d'Assise, Marc de Montino, Junipère et Lucide disaient de lui qu'ils ne connaissaient personne au monde qui fût plus grand près de Dieu que Frère Jacques de la Massée, J'éprouvai moi-même un grand désir de le voir ; car un jour que je priai Frère Jean, compagnon de Frère Egide, de m'expliquer quelque sujet spirituel, il me répondit: «Si vous voulez être bien instruit dans la vie spirituelle, adressez-vous à Frère Jacques de la Massée ; c'est par lui que Frère Egide voulait être dirigé; il n'y a rien à ajouter ni à changer à ce qu'il dit, car son esprit connaît les secrets des cieux, ses paroles sont celles de V'Esprit-Saint, et il n'y a Personne, sur la terre, avec qui je désire moi-même si ardemment m’entretenir. »
Lorsque Frère Jean commençait à exercer son ministère, Frère Jacques fut ravi en Dieu, un jour qu'il était en prière. Trois jours entiers, il demeura dans cette extase, privé de toute sensation corporelle et dans une telle insensibilité que les frères doutaient s'il était encore en vie. Ce fut alors que Dieu lui révéla quel devait être le sort de notre Ordre. Lorsque j'entendis parler de cette révélation, le désir que je ressentais de m’entretenir avec Frère Jacques devint encore plus vif. Enfin Dieu me Procura cette con-