‹ Fioretti, petites fleurs de S. François d'Assise [microforme]Chapitre 50 sur 75 · Chapitre ff, — De 1a roi · texte numérisé non relu

Chapitre ff, — De 1a roi

UT ce que l'on peut penser avec le cœur, exprimer avec la langue, voir avec les yeux, toucher avec les mains, tout cela n’est rien en comparaison de ce qui ne peut ni se penser, ni se voir, ni se toucher. Tous les saints ct les sages, tant des âges passés que du temps présent et des siècles à venir, ont dit et ont écrit, disent, écrivent, diront et écriront de grandes choses sur Dieu ; mais toutes leurs paroles ct tous leurs écrits n'ont été, ne sont et ne seront, devant la réalité, que ce qu’un grain de millet est en comparaison du ciel et de la terre, et même mille fois moins encore, L'Ecriture, quand elle parle de Dieu, est semblable à une mère qui bégave avec son petit enfant, et qui ne serait plus comprise si elle s'exprimait autrement.

Un jour Frère Egide demandait à un juge séculier : « Croyez-vous que les de ‘+ Dieu soient d'un grand prix ? » — « Certainemerit, » repondit le juge. — « Eh bien ! reprit Frère Egide, je veux vous prouver combien vous êtes inconséquent avec vous-même. A combien estimezvous tout ce que vous possédez en ce monde?» — « A mille livres environ, » répondit le juge. — « Et céderiezvous ces propriétés pour dix mille livres?» demanda le frère, — « Sans hésiter, » répliqua le juge. Alors Frère Egide lui dit : « Une chose certaine, c'est que tous les biens de la terre ne sont rien en Comparaison de ceux qui nous sont réservés dans le ciel. Pourquoi donc ne pas donter à Jésus-Christ ce que vous possédez pour obtenir en échange ces éterneiles richesses?: Le juge, savant de ja

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misérable sagesse du monde, répondit au Frère, qui était la pureté et la simplicité mêmes : « Dieu vous a rendu sage de sa divine folie ; croyez-vous, Frère Egide, qu'il y ait un homme, sur la terre, en possession de biens considérables, qui voulût, dans la pratique, se conformer à ce qu'il croit intérieurement ?» — « Remarquez, mon bien cher frère, répliqua Frère Egide, que tous les saints se sont appliqués à accomplir, autant qu'il était en eux, ce qu'ils savaient et croyaient être de la volonté de Dieu ; et quand

ils étaient dans l'impossibilité de pratiquer ce qu'ils souhaitaient, les désirs de leur volonté suppléaient à leur impuissance ; de sorte que ce qu'ils ne pouvaient réellement accomplir était néanmoins regardé comme fait, en vertu des vifs désirs de leur âme.»

Frère Egide disait encore : « Donnez-moi un homme dont la foi soit parfaite, bientôt aussi vous trouverez la perfection dans toutes ses œuvres ct son salut éternel sera certain. Quand on attend avec une foi constante le bien suprême et souverain, quel dommage et quelle peine peuton ressentir, en cette vie, de l'adversité, quelque dure qu'elle soit? Et l’homme misérable, qui ne peut attendre que le mal éterr |, quelle jouissance lui procureront en ce monde les biens temporels ? Que l'homme, quelque grand pécheur qu'il soit, ne désespère jamais, tant qu'il vivra, de la miséricorde divine; car, de même qu'il n’y a d'arbre, si épineux, si raboteux et si noueux qu’il soit, que l'on ne

puisse aplanir, polir et rendre beau, de même aussi il n'est pas d'homme au monde, si criminel et si grand pécheur qu'il soit, que Dieu ne puisse convertir pour orner sn âme de toutes les vertus et des grâces les plus signalées. »

Chapitre fit, — De 1a sainte Humilité, PROMOD note June ape LE FORGE OBS 595 pie

N ne peut arriver à la connaissance et à l'intel. ligence de Dieu que par la vertu de la sainte humilité, car le droit chemin Pour monter, c'est

de descendre, Tous les dangers et toutes les chutes qui

ont désolé la terre ne sont Vénus que de ce que l'homme a levé trop haut la tête, c'est-à-dire de ce que son esprit s'est enflé d'orgueil. La chute du démon, précipité du ciel : celle de notre premier père, Adam, banni du Paradis pour son orgueilleuse désobéissance : le Pharisien de l'Evangile, et plusieurs autres exemples semblables, en sont autant de preuves. Nous Voyons, au contraire, que les plus grandes faveurs ont été accordées quand l'homme a courbé la tête, c’est.à-dire Quand son esprit s'est humilié. L'exemple de la bienheureuse et très humble Vierge Marie, celui du Publicain, celui du bon Larron sur la croix, et une foule d’autres que l'Ecriture nous présente, rendent cette vérité incontestah!e Il serait donc heureux que nous pussions avoir suspendu au cou un pesant far. deau qui nous ployât continuellement la tête, c’est-à-dire qui nous portât À nous humilier sans cesse.

Un religieux disait un jour à Frère Egide : « Dites-moi, mon père, quel est le moyen de fuir l'orgueil ? » — « Mon frère, répondit Frère Egide, rappelez-vous bien que jamais vous n'éviterez l'orgueil, qu'auparavant vous ne baissiez les yeux vers l'endroit où touchent vos pieds. Considérez attentivement les bienfaits dont Dieu vous a comblé, alors Vous reconnaitrez que vous devez véritablement courber la tête devant jui. Et puis, pensez à vos imperfections,

Doctrine et paroles

aux péchés dont vous vous êtes rendu coupable ; certes, voilà bien de quoi vous humilier. Mais malheur à ceux qui veulent être honorés alors même qu'ils font le mal! Celui-là possède un degré d’humilité, qui reconnaît en soi un principe opposé à son propre bien. Celui-là possède un degré d'humilité, qui rend à autrui ce qui lui appartient et qui cherche à ne rien s'approprier pour soi-même. Non, quelque bien et quelque vertu que nous rencontrions en nous-même, jamais nous ne devons nous l’approprier, c’est à Dieu seul qu'il faut tout rapporter, à Dieu, de qui découle toute grâce, toute vertu et tout bien. Mais si nous trouvons en notre cœur le péché, les vices, les passions, pensons que tout ce mal ne procède que de notre propre fond, de notre propre malice. Heureux celui qui se reconnaît et qui s’estime vil devant Dieu et devant les hommes! Heureux celui qui se juge et se condamne soi-même, sans juger ni condamner les autres! Oui, car alors il lui sera donné d'échapper aux rigueurs du Jugement dernier, de ce jugement terrible et éternel. Heureux celui qui se soumet humblement au joug de l’obéissance, et qui se laisse conduire par les autres, comme le firent les Apôtres euxmêmes, avant et après le jour où le Saint-Esprit descendit sur eux !»

Frère Egide disait encore: « Quiconque veut acquérir et posséder dans la perfection le repos et la paix doit regarder tous ses frères comme ses supérieurs, et se faire le serviteur et l'inférieur de tous. Heureux celui qui, dans ses actions et ses paroles, ne cherche pas le regard ni l’estime des autres, mais qui se tient avec simplicité dans les dispositions et les faveurs que Dieu a daigné lui départir ! Heureux celui qui sait cacher et conserver les révélations

de frere Egide 29t

et les consolations divines dont il est favorisé! car il n'est rien de si secret que Dieu ne révèle quand i

Uand vous seriez l’homme ] qui fût sur la terre,

tre sur son Passage, sans qu'ensuite On puisse rien trouver de sa propre substance ; ainsi l'humilité frappe, dissipe, brûle et consume toute malice, tout vice, tout péché, sans qu'ensuite on Puisse rien trouver d'elle-même. L'humilité

Procure à celui qui la possède la faveur auprès de Dieu et la paix Parfaite au milieu des hommes. »

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