Chapitre Îr. — Des Tentations
esse ses
HOMME ne Peut conserver en paix les grâces qu'ila reçues de Dieu ; il faut que bientôt le trouble et l'adversité viennent s'y mêler. D'ail-
a après la victoire.
les Combats, les obstacles et les tenta-
mort, par les fatigues, les ennu's, les angoisses et les tribulations.
Un religieux disait un jour à Frère Egide : « Mon père, il me semble que vous avancez deux choses qui se contredisent : Vous dites que plus on est vertueux et agréable devant Dieu, plus les luttes que l’on doit Soutenir dans la vie spirituelle sont fréquentes ; et vous ajoutez ensuite, que celui qui suivrait avec Sagesse et discrétion la voie qui conduit à Dieu n’éprouverait, dans son voyage, ni ennui, ni fatigue. » Alors Frère Egide lui expliqua cette apparente Contradiction et lui dit : « Mon frère, il est
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certain que les démons tentent beaucoup plus violemment les hommes de bonne volonté, selon Dieu, que ceux qui suivent une route opposée ; mais, pour celui qui marche avec discrétion et ferveur dans les voies de Dieu, quel ennui, quel dommage pourraient lui causer soit les démons, soit toutes les adversités de ce monde? Ne sait-il pas, ne voit-il pas que ce trompeur vend sa marchandise mille fois plus qu’elle ne vaut? Je vous le dis avec certitude : quand une fois on est embrasé de l'amour divin, plus on est combattu par les vices, plus on les a en horreur et en abomination. Les cruels démons choisissent ordinairement, pour tenter l’homme, le moment où son corps est dans la souffrance ; ainsi quand il souffre le froid, le chaud, la faim, la soif; ou bien encore quand l’injure et le mépris tombent sur lui, ou qu’il éprouve quelque autre dommage, soit spirituel, soit temporel ; oui, car ils savent qu’alors il
est plus disposé à recevoir leurs tentations. Mais, je vous le dis, à chaque tentation et à chaque vice dont vous
triompherez, vous gagnerez une vertu; et la victoire que vous aurez remportée sur le péché sera suivie d’une grâce plus abondante, d’une couronne plus précieuse. »
Un religieux disait un jour à Frère Egide: « Père, je suis souvent tourmenté par une tentation mauvaise ; j'ai beaucoup prié Dieu pour qu'il daignât m'en délivrer, et mes prières n’ont pas été exaucées ; dites-moi, mon père, que dois-je faire ?» — « Mon frère, répondit Frère Egide, plus les armes qu'un prince donne à ses chevaliers sont belles et fortes, plus il a droit d'attendre que la lutte qu'ils vont opposer à ses ennemis sera constante et vigoureuse. »
Un autre frère lui demandait: « Père, que dois-je faire pour aller à l’oraison plus volontiers et avec plus de
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ferveur ? Jusqu'à présent, je m'y suis trouvé sec, aride, négligent et sans Piété.» Frère Egide lui répondit : « Un roi a deux serviteurs ; l’un est armé de pied en cap, l’autre est sans défense, et tous deux doivent entrer dans la lutte et combattre pour lui, Celui qui est armé se présente avec assurance ; mais l’autre dit à son prince : Maître, vous le voyez, je suis nu et sans armes, cependant, pour vous
- prouver mon attachement, je marcherai au combat et je lutterai tel que je suis. Alors le bon roi, voyant le dévouement de son fidèle sujet, dit à ses ministres: Allez avec ce zélé serviteur, donnez-lui toutes les armes nécessaires Pour qu'il puisse, en sûreté, s'avancer au combat ; et puis, je veux qu'il soit reconnu comme un de mes braves chevaliers, c'est Pourquoi j'ordonne que mon sceau royal soit imprimé sur ses armes. Voilà -e que nous éprouvons souvent lorsque nous nous rendons à l’oraison ; nous nous trouvons dépouillés de tout, sans piété, indolents et arides ; efforçons-nous Cependant, pour l'amour de Notre-Seigneur, d'entrer dans la lutte de la Prière ; alors notre roi bienfaisant, voyant les efforts de ses chevaliers, leur donnera, par les mains des Anges ses ministres, la dévotion, la ferveur et la bonne volonté. »
Pour recueillir le fruit en son temps, il est quelquefois nécessaire de commencer Par un travail très pénible, comme de couper le bois, de labourer la terre, de cultiver la vigne, Mais plusieurs s'arrêtent fatigués et découragés, et ils se repentent de s'être mis à l'œuvre, Pour ceux qui s'efforceront de travailler jusqu'à la récolte, ils oublieront ensuite toutes leurs peines, et ils se trouveront consolés et joyeux en voyant les fruits dont ils pourront jouir. Ainsi celui qui Persévérera, malgré les tentations, finira par
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goûter d'abondantes consolations ; car, après les tribulations, dit l’Apôtre, viennent les consolations et les courennes de la vie éternelle. Et, ceux qui auront résisté aux tentations ne seront pas seulement récompensés dans le ciel, ils le seront dans cette vie même, suivant ce que dit le Psalmiste: «Seigneur, vos consolations viendront réjouir mon âme selon la multitude des tentations et des douleurs que j'ai éprouvées.» Ainsi, plus la tentation et la lutte auront été violentes, plus la couronne sera glorieuse,
Un religieux consultait Frère Egide au sujst des tentations, et il disait : « Mon Père, je suis tourmenté par deux tentations: quand je fais quelque chose de bien, aussitôt se présente à mon esprit une pensée de vaine gloire; et puis, lorsqu'il m'est arrivé de tomber dans une faute, j'éprouve énsuite une grande tristesse et une nonchalance qui me conduit presque au découragement. » Frère Egide repondit: « Mon frère, vous avez raison de vous plaindre de votre faiblesse et de vos péchés, mais il faut que vos plaintes soient discrètes et modérées, et vous devez vous rappeler que la miséricorde de Dieu surpasse infiniment toutes vos fautes. Que si la divine clémence reçoit à la pénitence le plus grand pécheur dont le crime a été volontaire, et qui se repent, croyez-vous qu’elle abandonne celui dont le péché est involontaire et qui est déjà contrit et repentant ? Je vous conseille aussi de ne jamais cesser de faire le bien par la crainte de la vaine gloire. Si le laboureur, au moment de semer, se disait : Jene veux pas jeter mon grain, car peut-être les oiseaux viendraient et le mangeraient ; si, dis-je, il s’en tenait là, certainement ilne recueillerait aucun fruit aux jours de la moisson. Mais s’il
PR
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sème son grain, quoiqu'il oiseaux en mangent un
iX, Sans que rien vienne
le troubler; eh bien ! j'estime qu'il Y a plus de mérite dans le premier que dans le second. »
US devrions affiger notre Corps par de continuelles macérations ; nous devrions souffrir volontiers les injures, les tribulations, les peines, les douleurs, la honte, le mépris, les opprobres, les advcrsités et les persécutions pour l'amour de Notre-Sei- 8neur Jésus-Christ, qui lui-même nous en a donné l'exemple. En effet, depuis le jour de sa glorieuse Nativité jusqu'à sa très-sainte Passion, n'a-t-il Pas supporté Constamment les angoisses, les tribulations, les douleurs,
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le mépris, les peines ct les persécutions, et tout cela pour notre salut? Si donc nous voulons arriver à l'état de grâce, il faut que, sans tarder, nous suivions, autant qu'il est en nous, les traces et les exemples de riotre bon Maitre Jésus-Christ.
Un séculier demandait un jour à Frère Egide: « Mon père, comment pouvons-nous, nous autres séculiers, parvenir à l’état de grâce ?»—« Mon frère, répondit Frère Egide, il faut d'abord que vous vous repentiez de vos fautes avec une grande contrition de cœur; puis vous vous confesserez à un prêtre, avec amertume et douleur intérieure, vous accusant simplement, sans feinte et sans excuse ; enfin, vous accomplirez parfaitement la pénitence qui vous sera imposée par votre confesseur. Il faut aussi que vous vous gardiez de tout vice, de tout péché, et même de toute occasion de péché. Vous devez encore vous former à la pratique des bonnes œuvres envers Dieu et envers le prochain; et c'est par cette voie que vous
. arriverez sûrement à l’état de grâce et de vertu. »
Heureux celui qui sent continuellement dans son cœur la douleur de ses péchés, qui pleure, nuit et jour, dans l’'amertume de son âme, les fautes dont il s’est rendu coupable envers Dieu ! Heureux celui qui a toujours devant les yeux de son esprit les afflictions, les peines et les douleurs de Jésus-Christ, et qui, par amour pour ce bon
. Maître, ne voudra, en ce monde si fécond en malheurs, en tempêtes, aucune consolation temporelle, jusqu'à ce qu'il puisse parvenir à ces jouissances célestes de la vie éter-
nelle où la joie des bienheureux mettra le comble à ses désirs !
ORAISON est Je Principe, le milieu et la fin
de tout bien, C'est elle qui éclaire l'âme et qui
lui fait discerner le bien d'avec le mal, Tout
‘ pécheur devrait chaque jour prier Dieu avec ferveur et
humilité de lui faire connaître sa propre misère, ses péchés,
et les bienfaits qu'il a reçus et qu'il reçoit encore à chaque
instant de sa divine bonté. Mais comment pourra-t.il
connaître Dieu, celui qui ne sait pas prier? Ceux qui veu-
lent le salut de leur âme doivent, s'ils comprennent bien
leurs intérêts, diriger tous leurs efforts vers la sainte oraison.,
Frère Egide disait: «Si un homme avait un fils condamné à mort ou au bannissement Pour ses crimes, certainement il ne voudrait Prendre aucun repos qu'il n'eût obtenu la révocation de la sentence portée contre le coupable ; il emploierait les prières, les supplications, les présents, tout ce qui pourrait enfin, Par lui-même aussi bien que par ses Parents et ses amis. Si donc l’homme Prend tant de sollicitude Pour son fils, qui, après tout, est sujet à la mort, à combien plus forte raison ne doit-il pas prier Dieu et le faire Prier par de pieuses âmes et même par les Saints du Paradis, lorsqu'il voit son âme, qui est immortelle, bannie de la cité céleste et vraiment condamnée à mort pour ses péchés !»
Un religieux disait à Frère Egide : « Mon père, il me semble que l’on devrait être triste et désolé, quand on n'a Pas la grâce de la dévotion dans la prière, » — « Mon frère,
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répondit Frère Egide, je vous conseille d'y aller très doucement. Si vous aviez dans un tonneau une petite quantité de bon vin, sous lequel se trouverait encore la lie, certainement vous ne voudriez pas frapper ni remuer ce tonneau dans la crainte de tout mêler. Eh bien ! je vous le dis aussi, tant que la prière ne sera pas dégagée de toute concupiscence vicieuse et charnelle, elle ne pourra produire la consolation divine, car alors elle n'est pas pure devant Dieu, elle est mélée avec la lie de la chair. 11 faut donc que nous nous efforcions, le plus que nous le pouvons, de nous dégager de cette concupiscence malheureuse, afin que notre prière soit pure devant Dieu et qu'elle attire sur nous la dévotion et la consolation divine. »
Un religieux demandait un jour à Frère Egide : « Père, comment donc se fait-il que l'esprit soit tenté, combattu et travaillé avec plus de violence pendant l'oraison qu'en tout autre temps ? » Frère Egide répondit : « Quand nous avons quelque affaire à plaider devant un juge, nous allons d’abord lui exposer nos raisons, lui demander ses avis et son assistance ; mais dès qu'il s’en aperçoit, notre adversaire arrive aussitôt à son tour pour nous contredire et s'opposer à ce que nous réclamons ; et c'est ainsi que, réfutant tout ce que nous disons, il nous présente une forte opposition. Eh bien! de même aussi, quand nous sommes en prière et que nous demandons aide et secours à Dieu dans notre cause, aussitôt le démon, notre adversaire, arrive avec ses tentations pour nous résister et nous contredire ; il emploie la force, la ruse, l'insinuation, pour nous détourner de notre prière, pour l'empêcher de devenir agréable devant Dieu et de nous attirer le mérite et
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la consolation, C'est là une vérité que nous pouvons connaîtré par notre propre expérience : n'est-il pas vrai que quand nous nous entretenons des choses du siècle, ce n'est Pas alors que les tentations viennent jeter le trouble dans notre esprit? Au contraire, allons à l'oraison, et aussitôt elles arriveront en foule, le démon nous les enverra pour nous distraire et empêcher notre Ame de goûter les dou-
‘ ceurs et les consolations qu'elle attend de son entretien avec Dieu, »
Frère Egide disait que l’homme qui prie doit se comporter comme un brave chevalier au milieu du combat. Arrive-t-il qu'il soit atteint, frappé par l'ennemi, il ne quitte pas pour cela le champ de bataille ; il résiste avec Courage pour triompher de son adversaire, et trouver ensuite dans la victoire le bonheur et la consolation. Si, au contraire, il se retirait au Premier coup, il n'emporterait, dans sa fuite, que la confusion et l'opprobre. Et nous aussi, que jamais les tentations ne nous fassent abandonner la prière ; sachons, au contraire, leur résister avec Courage ; oui, car heureux est celui qui souffre les tenta tions ! dit l'Apôtre, il recevra, après les avoir surmontées, la couronne de la vie éternelle. Mais si elles nous font renoncer à l’oraison, vaincus alors par le démon, notre ennemi, nous n'emporterons de notre défaite que la confusion et la honte.
Un rieux disait un jour à Frère Egide : « Père, je
Connais . ; personnes auxquelles Dieu accorde le don des larmes dans la prière, et moi j'y demeure tout aride. —« Mon frère, répondit Frère Egide, je vous conseille de vous appliquer à la prière avec humilité et fidélité ; on ne recueille les fruits de la terre qu'après de iongs travaux
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et beaucoup de fatigue, et même la récolte ne suit pas encore immédiatement ces pénibles labeurs ; il faut âttendre que le temps en soit venu. Ainsi Dieu ne nous accorde pas toujours ses grâces au moment où nous les lui demandons ; il attend l'instant favorable où notre cœur soit purifié de toute affection charnelle et de tout péché. Appliquez-vous donc humblement à la prière ; Dieu, qui est la bonté et la clémence mêmes, connaît tout et sait ce qui nous est le plus avantageux. Quand le temps de la récolte sera venu, alors, comme un bon Père, il nous accordera des fruits abondants de consolation. »
Un autre religieux disait à Frère Egide: « Frère Egide, que faites-vous? Frère Egide, que faites-vous?» Et il répondit : « Je fais le mal.» —« Et quel mal faites-vous donc?» demanda le frère. Alors Frère Egide, se tour-
nant vers un religieux, lui dit :« Mon frère, croyez-vous
que Dieu soit plus disposé à nous accorder sa grâce que nous ne le sommes nous-mêmes à la demander ? »— « Je le crois,» répondit le frère. — « Eh bien! reprit Frère Egide, pouvons-nous dire que nous faisons le bien ? » — « Loin de là, dit le frère, c'est le mal que nous faisons. » — « Vous le voyez donc, mon frère, ajouta Frère Egide, en revenant à celui qui l'avait d’abord interrogé, nous faisons le mal; et la réponse que je vous donnais était juste. »
Frère Egide disait : « Beaucoup de choses sont louées et recommandées dans la sainte Ecriture : ainsi les œuvres de miséricorde et d’autres bonnes œuvres encore ; mais quand le Seigneur vient à parler de la prière, il dit : « Le Père céleste recherche et veut des hommes qui l’adorent sur la terre en esprit et en vérité. »
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Il disait encore que les vrais religieux sont semblables aux loups ; ces animaux ne sortent de leur tanière que quand ils se sentent pressés Par une grande nécessité ; et quand ils ont trouvé ce dont ils avaient besoin, ils rentrent aussitôt sans chercher À demeurer parmi les hommes.
Les bonnes œuvres sont autant d'ornements qui embel. lissent l'âme : mais l'oraison, plus que toutes les autres, l'embellit et l'éclaire.
Un religieux, qui était très lié avec Frère Egide, lui disait un jour: « Pourquoi donc ne Paraissez-vous pas quelquefois en public Pour y parler des choses de Dieu, exhorter les fidèles et Procurer le salut de leurs âmes ? » — « Mon frère, répondit Frère Egide, je veux remplir mes devoirs envers le prochain avec humilité, mais sans détriment pour mon âme, et Par conséquent sans renoncer à l'oraison, » — « Au moins, reprit le frère, au moins devriezvous visiter quelquefois vos Parents, » — « Ne connaissezvous donc pas, répliqua Frère Egide, ces paroles du Seigneur dans son Evangile : « Celui qui abandonnera son père, 5a mère, ses frères, ses sœurs et ses biens pour l'amour de moi, sera récompensé au centuple.» Puis il ajouta : « Un gentilhomme est entré en religion, laissant dans le monde une fortune de 60,000 livres ; combien donc sera abondante la récompense de ceux qui quittent tout pour l'amour de Dieu, Puisqu'ils auront encore cent fois plus! Mais, hélas! que nous sommes aveugles ! quand nous rencontrons une âme vertueuse et en grâce devant Dieu, notre misère et notre défaut d'intelligence nous empêchent de comprendre sa perfection.
« L'homme vraiment spirituel ne désire voir et entendre Personne que par nécessité; car pour lui, il veut être
316 Doctrine et paroles
séparé de tout le monde et uniquement à Dieu par la conteinplation, »
Alors Frère Egide dit à un autre religieux : « Père, je désirerais savoir ce que c'est que la contemplation. » — « Je l'ignore, mon père, » répondit le frère. Et Frère Egide reprit: « Père, je voudrais qu'on le comprit bien ; la contemplation, c'est un feu divin, une onction suave de l'Esprit-Saint, un ravissement, une extase de l'âme enivrée de la douceur ineffable des choses divines ; c'est une satisfaction douce et calme dans laquelle l'esprit est transporté d'admiration à la vue des beautés suprêmes et éternelles ; enfin, c'est un sentiment intérieur et brûlant de la gloire céleste et inénarrable. »
DRE R Er ee 4411111341 Chapitre ri. — De la sainte Prudence spirituelle,
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vous, serviteurs du Roi des cieux ! qui désirez
connaître les secrets de la prudence utile: et
méritoire, ouvrez bien les oreilles de votre intelligence, recevez avec empressement, conservez avec soin dans votre mémoire le précieux trésor des enseignegnements et des avis que je vais vous exposer. Vous trouverez là une lumière et un guide dans votre voyage; par là, vous serez à l'abri des attaques de vos ennemis spirituels et temporels, et vous pourrez, en sûreté et avec une humble audace, naviguer sur la mer orageuse de cette vie, jusqu’à ce que vous arriviez au port, si ardemment désiré, du salut. Ainsi, mon fils, écoutez et comprenez bien ce que je vais vous dire.
——— ms Voulez-vous bien voir ? arrachez-vous les yeux et devenez aveugle, Voulez-vous bien entendre ? rendez-vous sourd. Voulez-vous bien parler ? soyez muet. Voulez-vous bien marcher ? restez debout cet laissez-vous guider par l'esprit. Voulez-vous bien travailler ? coupez-vous les mains et travaillez avec votre cœur. Voulez-vous bien aimer ? haïssez-vous vous-même. Voulez-vous bien vivre ? morti. - fiez-vous. Voulez-vous amasser de grands biens et deve. nir riche ? perdez tout ce que vous possédez, soyez pauvre Voulez-vous bien jouir et vous reposer ? affligez-vous, ten?z-vous toujours en crainte et défiez-vous de vous même. Voulez-vous être exalté et recevoir de grands honneurs ? sachez vous humilier. Voulez-vous qu'on vous respecte? méprise. vous vous-même et honorez ceux qui vous couvrent de mépris et de honte. Voulez-vous avoir toujours le bien en Partage ? supportez le mal. Voulez-vous être béni, souhaitez que l'on vous maudisse et que l'on dise du mal de vous. Voulez-vous posséder le repos véri. table et éternel ? mortifiez-vous, souhaitez que toutes les afflictions temporelles tombent sur vous. © la haute sagesse, que celle qui conduit à la pratique de tous ces conseils! Mais, parce que ce sont là des vertus supérieures et sublimes, peu d’âmes seulement en sont favorisées de Dieu, Et pourtant, je vous le dis, tout est 1à ; celui qui s'appliquerait à mettre ces avis en pratique n'aurait plus besoin d'aller à Bologne ou à Paris apprendre une autre théologie. Un homme qui vivrait mille ans, qui travaillerait à purifier son cœur, à régler et à perfectionner son esprit et son âme, n'aurait pas besoin d’aucun autre exercice extérieur, ni d'aucun autre sujet d'entretien pour l'occuper pendant cette longue vie.
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Nous ne devrions chercher à voir et à entendre que ce qui contribue à l'utilité de notre âme ; ce devrait être là l'unique objet de nos entretiens. :
Celui qui ne se connaît pas soi-même n'est pas connu des autres. Malheur à nous quand nous recevons les dons et les grâces du Seigneur et que nous ne savons pas les apprécier ! Mais malheur encore plus à ceux qui ne les reçoivent pas, qui ne les apprécient pas et qui ne se mettent pas en peine de les acquérir, ni de les posséder ! L'homme, qui est fait à l’image de son Créateur, est en possession de changer ses desseins comme il lui plaît ; mais Dieu est irrévocable dans ses arrêts (1).