‹ Fioretti, petites fleurs de S. François d'Assise [microforme]Chapitre 53 sur 75 · Chapitre vifi, — De 1a sainte Chasteté · texte numérisé non relu

Chapitre vifi, — De 1a sainte Chasteté

TRE pauvre et misérable chair est semblable

à un animal immonde qui se fait un plaisir de

se vautrer dans la fange, et qui trouve là sa Plus grande satisfaction. Elle se fait le chevalier du dé. mon; clle combat en résistant à tout ce qui tend à la volonté de Dieu et au salut de notre âme.

Un religieux disait un jour à Frère Egide : « Père, enseignez-moi le moyen de fuir les péchés de la chair, » —« Mon frère, répondit Frère Egide, celui qui veut déplacer un fardeau énorme, une grosse pierre, pour la trans. Porter ailleurs, doit chercher à Y parvenir plutôt par l'adresse que par la force. Et nous aussi, si nous voulons triompher des vices de la chair et acquérir la vertu de la chasteté, le meilleur moyen que nous ayons à prendre, c'est l'humilité, c’est une direction spirituelle, sage et discrète : ce moyen nous réussira bien mieux que des austé. rités. présomptueuses et de sévères pénitences que nous Pourrions nous imposer de notre propre volonté.

La sainte et resplendissante chasteté est troublée par le moindre vice. Elle est semblable à un miroir brillant, qui ne s'obscurcit pas seulement par le contact des objets malpropres, mais que le moindre souffle peut ternir. I] est impossible que nous Puissions jamais Pärveñir à aucune

304 Doctrine et paroles de frere Egide

grâce spirituelle, tant que nous sommes inclinés vers les concupiscences charnelles ; prenons toutes les formes qu'il nous plaira, non, jamais nous n’y arriverons que nous n'ayons auparavant exterminé tous ces péchés honteux. Sachons donc combattre vaillamment contre la sensualité et la fragilité de la chair, de cette ennemie qui ne songe qu'à nous attaquer nuit et jour ; une fois que nous l’aurons vaincue, nous aurons par là même triomphé de nos autres ennemis, et bientôt nous arriverons aux grâces spirituelles, aux vertus et à la perfection. :

Frère Egide disait: « De toutes les vertus, la chasteté est celle que je préfère ; car, en elle seule, se trouve déjà une certaine perfection, tandis que, sans elle, il n'est pas de vertu véritablement parfaite. »

Un religieux demandait un jour à Frère Egide : « Mon

père, la charité n'est-elle pas une vertu supérieure et préférable à la chasteté ? » — « Dites-moi, mon frère, répondit Frère Egide, est-il au monde une vertu plus pure et plus sainte que la chasteté ? »

‘ Souvent Frère Egide chantait ce sonnet : «O sainte chasteté ! Oh! que tu es excellente! Vraiment tu es précieuse, et ton odeur est si suave que celui qui ne l'a point goûtée ne sait rien de toi: aussi les insensés ne savent pas t'apprécier. »

Un religieux disait à Frère Egide : « Père, vous qui recommandez avec tant d'instance la vertu de chasteté, je vous en prie, dites-moi en quoi elle consiste. » Frère Egide répondit : « Mon frère, je vous le dis, c'est avec justice que l’on définit la chasteté : la gardienne qui veille sans cesse sur les sens corporels et spirituels, et qui les conserve à Dieu purs et sans tache. » Ë

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