‹ Fioretti, petites fleurs de S. François d'Assise [microforme]Chapitre 56 sur 75 · Chapitre TV. — Des bonnes et des mauvaises Paroles · texte numérisé non relu

Chapitre TV. — Des bonnes et des mauvaises Paroles

LUI qui ne laisse échapper que les paroles

bonnes et utiles aux âmes, est vraiment comme

l'organe de l’Esprit-Saint ; mais celui dont les paroles sont mauvaises et inutiles, est certainement l'or gane du démon.

Quand des hommes pieux et spirituels se rassemblent pour quelque entretien, ils devraient toujours parler de la beauté de la vertu afin de la rendre plus agréable et plus attrayante ; car il est certain qu'on s'exercerait bien plus volontiers à la pratique des vertus, si on s'y plaisait ; puis en s'y plaisant, on les aimerait davantage ; enfin, par ce vif amour qu'on aurait pour elles, par cette pratique continuelle qu’on en ferait, par le plaisir qu’on y trouverait, l'âme arriverait à un amour de Dieu plus fervent, à un degré de perfection plus élevé, et ainsi la divine bonté répandrait sur elle une plus grande abondance de faveurs et de grâces.

Plus nous avons à souffrir des tentations, plus nous

devons nous entretenir des saintes vertus ; car, de même que, dans les mauvais entretiens, nous succombons plus facilement au péché, ainsi dans les pieuses conversations sur les vertus, nous nous sentons plus disposés à les pratiquer.

de frere Egide

Mais que dirons-nous du bien qu'engendrent les vertus ? ilest si grand, si grand, que nos paroles sont impuissantes Pour exprimer dignement son excellence admirable ct infinie. Que dirons-nous aussi du mal et des peines éternelles que produisent les vices ? c'est un abîme si profond. qu'il nous est impossible de nous le figurer et d'en parler exactement,

Je crois qu'il y a autant de vertu à savoir bien se taire qu’à savoir bien parler. Je voudrais que l’homme eût un cou long comme celui de la grue, afin qu'au moment où il serait pour parler, sa Parole, avant d'arriver sur les lèvres, fût obligée de s'arrêter à plusieurs nœuds ; je veux dire, qu'à l'instant où il voudrait parler, il serait forcé de penser et de repenser, d'examiner, de discerner avec un grand soin comment et pourquoi il parle, la circonstance dans laquelie il se trouve, la condition de ceux auxquels il s'adresse, le résultat que doivent produire ses paroles, enfin son intention et ses motifs.

Page 1