Chapitre TV. — De la bonne Persévérance
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QIUE sert à l'homme de Passer sa vie dans l'exer-
cice du jeûne, de la Prière, de la mortifica-
1) tion et de la méditation des choses du ciel, si,
après cela, il n'arrive Pas âu port heureux et désiré du salut, s'il n’a pas la bonne ct ferme persévérance ?
On voit quelquefois apparaître au milieu des mers un
vaisseau magnifique, grand, solide, neuf et chargé d'une
riche cargaison ; qu'une tempête survienne, que le pilote
manque à son poste, vous le verrez sombrer ; il disparaîtra sous les flots, sans avoir pu toucher au port. D'autres fois, c'est un vieux bâtiment qui vogue sur la mer; sa cargaison n'est pas de grand prix, mais il est dirigé par un pilote sage et discret; et sa traversée est heureuse, il échap2e aux abîmes et il arrive au port désiré. Ainsi en est-ii pour nous sur la mer orageuse de ce monde. C'est pourquoi Frère Egide disait: « Nous devons être dins une appréhension continuelle, quelles que snient notre prospérité, notre dignité et la perfection de notre état; si nous ne sommes dirigés par un bon pilote, c'est-à-dire par un guide sage, nous sommes exposés à périr misérablement dans l’abime des vices. » ë
La persévérance est donc une chose très importante ; car, comme dit l’Apôtre, ce n'est pas celui qui commence, mais celui qui persévère, qui sera couronné. Quand un arbrisseau ne fait que sortir de terre, il ne devient pas granden un instant ; lorsqu'il est devenu grand, il ne porte pas aussitôt ses fruits; et lors même qu'il a ses fruits, tout n'est pas encore pour la bouche du maître, plusieurs tombent à terre, pourrissent, se gâtent et deviennent la pâture des animaux ; mais lersqu'est arrivé le temps de la récolte, la plus grande partie de ces fruits est cueillie et revient au possesseur de l'arbre.
Frère Egide disait encore : « Que me sert de jouir pendant cent ans de la félicité du royaume des cieux, si cette
jouissance peut m'échapper ensuite et si ma fin doit étre malheureuse ? »
Il disait aussi : « Persévérer avec amour dans le service de Dieu, se tenir toujours en garde contre le péché, voilà, à mon avis, les deux grâces les plus précieuses et les
deux plus grandes faveurs bonté de Dieu. »
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