‹ Fioretti vescovili ouChapitre 1 sur 19 · ETC., ETC., ETC · texte numérisé non relu

ETC., ETC., ETC

Monseigneur et Bien-aimé Père,

En cette touchante fête des Noces d'Or de Votre Prêtrise, la pensée se reporte sur un des plus beaux jours qu'aient vus, il y a quelques années, Rome catholique : les Noces d'Or de la prêtrise de notre St. Père le Pape Pie IX, qui Vous appelle son Frère, et devant lequel, d'une extrémité à l'autre du monde, le genou fléchit, le cœur se prosterne et l'âme se dilate.

L'univers entier semblait concourir avec une intraduisible allégresse à 3a pompe sereine de cette rare solennité, et le Vatican regorgeait de présents. Chacun y avait apporté le sien ; les diamants des Princes et les fleurs des pauvres,, l'or des riches et les produits de la campagne des paysans. Et Pie IX, qui est le Pasteur Suprême et qui s'intitule le Serviteur des serviteurs de Dieu, en voyant toutes ces richesses, disait: "Allons, Dieu est bien bon. Il m'envoie les ressources " qui me manquaient pour servir à Rome les Evêques pauvres que je vais convoquer au grand " Concile dont l' Esprit-Saint m'a suggéré l'idée."

Tous ceux qui ont eu le bonheur d'approcher le St. Père et qui vous connaissent, Monseigneur, sont frappés de cette grande ressemblance qui existe entre Sa Béatitude et Votre Grandeur ; de cette ressemblance d'âmes, qu'enfante la sainteté fécondée par les épreuves, l'identité du but à atteindre jointe à l'analogie des combats à soutenir ; de cette ressemblance enfin, qui est bien V air de famille des fils de bénédiction dans les générations de la Foi. Aussi, voudrions-nous, en cette journée qui représente la fête peu commune des générations bénies, et qui s'appelle Vos Noces d'Or, déposer à Vos pieds, Monseigneur, de véritables hommages d'enfants.

C'est par le don de simples fleurs que, selon un usage ancien, louable et presque universel, les enfants célèbrent ces fêtes de leurs parents, et nous avons cherché quelles fleurs nous pourrions cueillir qui seraient dignes de Vous être offertes. Nous avons cherché-, et nous avons trouvé que le plus simple et le plus filial était de voler ce bouquet dans le jardin arrosé des . fécondes sueurs de Vos trente-cinq années d'épiscopat et d'en emprunter l'éclat comme le parfum aux rameaux de doctrine apostolique si tendrement cultivés de Vos mains vénérables.

Ce petit livre est la réalisation de cette pensée.

Pour lui choisir un titre, nous avons fait un autre petit emprunt, et nous l'avons fait à cette mélodieuse langue italienne que parle le Père Infaillible de nos consciences et qui nous rappelle les divines harmonies de Rome, cette patrie des patries. Et c'est ainsi que nous avons donné à ces pages le nom de " FIORETTI VESCOVILI." " Petites Fleurs Episcopales." Elles contiennent en effet toutes les nuances de Votre charité de pontife, toute la variété de l'œuvre de Dieu manifestée au Canada par Votre spirituelle paternité, et la bonne odeur de Votre âme.

Permettez-nous de Vous le dire, Monseigneur, notre idée nous a causé cependant- un gros chagrin, et c'est précisément la cueillette de ces belles petites fleurs qui nous a fait souffrir. Quand nous nous sommes introduits dans le jardin de Vos œuvres, éblouis et grisés de son air embaumé, nous aurions voulu tout prendre, tout moissonner, tout emporter pour le jeter à pleines mains à Votre peuple, pour Vous en faire une longue et complète ovation,, pour en joncher tous les che-.

mins que Vos pieds de Pasteur ont évangélisés ; et il nous fallait trier, choisir, tailler : et c'est ce qui nous piquait les doigts, c'est ce qui nous faisait saigner le cœur. Mais, par ces tiges détachées, on connaîtra les plantes qui les ont portées, et on se fera une idée de la merveilleuse sève qu'elles ne cessent d'élaborer dans leurs immortelles racines.

Et ce sera un concert de respect, de reconnaissance et d'admiration ; et tous Vos enfants entonneront d'une voix émue de beaux cantiques d'espérance et de paix et de joie. Ils diront :

" Notre vigne a fleuri et sa fleur montera de ses racines. — Vinea nostra floruit, (i) et flos de radiée ejus ascendet. (2) "

" O Fleurs, fleurissez comme le lys et comme un parterre de roses dans Jéricho. — Florete flores quasi liliumr (j£) et quasi plantatio rosœ in Jéricho. (4) "

" Le juste fleurira comme le palmier, et il se réjouira dans sa germination. — Justus ut paima florebit,*($) et lœtabitur germinans. (6) "

" J'ai pris racine dans un peuple d'élection, et j'y ai planté des jardins et des vergers. — Radie avi in populo honorificato ; (7) Feci hortos et pomaria. (8) "

" L'Amandier se couvrira de fleurs, et les Mandragores ont exhalé leur parfum. — Florebit Amygdalus (9) et Mandragorœ dederunt odorem. (10) "

" J'ai répandu une odeur suave comme celle de la Cinnamome et du Baume, et j'ai parfumé * ma demeure des douces exhalaisons du Storax, du Galbanum, de la Myrrhe, duNardet des larmes vierges que distillent les branches du Liban. J'ai étendu mes rameaux comme le Térébinthe, et mes rameaux sont pleins d'honneur et de grâce. — Sicut Cinnamomum et Balsamum odorem dedi. (11) Et quasi Storax et Galbanus et Ungula et Gutta, et quasi Libanus non incisus vaporavi habitationem meam. (12) Et quasi Terebinthus extendi ramos meos, et rami met honoris et gratiœ.

" Les fleurs enfantent des fruits, et mes fleurs donnent des fruits d'honneur et d'honnêteté.— F/ores fruetus parturiunt. (14) Flores mei fructus honoris et honestaiis. (,15) "

" Des fleurs se sont épanouies dans mon palais, comme le lys au milieu des épines. — Florins in palatio meo. (16) Si eut liliùm in ter spinas. (17) "

Monseigneur et Bien-aimé Pére,

Comme nous avons appris tout à fait aux premiers chapitres de notre Histoire Sainte qu'" il n'est pas bon que l'homme soit seul," nous nous sommes réunis à trois pour déposer cet "hommage aux pieds de Votre Grandeur. Trois vieux et bons camarades de la pauvre petite armée pontificale, aujourd'hui dispersée aux quatre coins du monde, mais dont tous les soldats ont emporté dans leur défaite et dans leur dispersion une foi plus vive en Jésus-Christ, leur Dieu ; une espérance plus ferme en l'immortalité de l'Eglise, son Epouse et leur Mère ; un attachement plus inébranlable à l'Evèque de Rome, 'son Vicaire et leur Pape, qui a été, qui est encore et qui sera toujours leur Roi. De ces trois vaincus, de ces trois licenciés, de ces trois fidèles, l'un est le premier zouave pontifical du Canada, l'autre a arrosé de son sang le champ de bataille de Mentana, et le troisième, qui écrit ces lignes sous la dictée de l'amitié des deux autres, n'est qu'un pèlerin sur Votre sol hospitalier, mais il réclame humblement de Votre Paternité féconde l'honneur d'être considéré comme un de ses fils d'adoption.

Et à nous trois, Monseigneur, nous voulons au bout de cette offrande Vous décerner un nom, mais un nom de soldat. On Vous appelle partout le Saint Evèque. Vos ennemis eux-mêmes, les méchants ou les fous qui Vous veulent du mal, ne peuvent s'empêcher de Vous donner cette épithéte quand ils essayent de Vous faire de* la peine ; — l'Ange du Seigneur a bien fait dire des choses très sensées à l'ânesse de Balaam pour que Balaam, comprit la volonté du Seigneur et cessât de s'aveugler sur sa propre mission en Israël. — Eh bien, nous autres, en voyant tout ce que Vous avez fait pour le bien de Votre Israël* pendant déjà la moitié d'un siècle,— et ce n'est pas fini, grâce à Dieu, — nous Vous appellerons V INFATIGABLE ; et, pour des soldats, Monseigneur, pour dès soldats qui ont fait souvent de longues marches, le sac sur le dos, par tous les temps, et à tra-

vers toutes sortes de mauvais chemins, ce mot d' Infatigable a une signification énorme, un prestige colossal.

C'est une halte radieuse que le bon Dieu Vous accorde aujourd'hui ; nous nous groupons autour de Vous, et nous venons nous agenouiller à Vos pieds pour Vous demander, de tout notre cœur, pour toute notre vie et dans toutes nos entreprises, Votre Bénédiction de chef, de Pontife et de Père.

Montréal, ce vingt-sept Octobre, mil huit cent soixante douze, vingt-troisième Dimanche après la Pentecôte, dont l'Evangile est en St. Mathieu, Chapitre IX, Versets 18 à 26.

(1) Cant. IL 15.— (2) Isai. XI. i.-(3) Eccl. XXXIX. 19.— (4) Eccl. XXIV. t8.— (5) Ps. XCI. 13— (6) Ps. LXIV. n -(7) Eccl. XXIV. i6.-(S) Eccl. II. s.— (9) Eccl. XII. 5 — (10) Cant. VII. 13.— (11) Eccl. XXIV. 20.— (12) Eccl. XXIV. 21.— (13) Eccl. XXIV. 22.— 14) Cant. VII. 12.- (15) Eccl. XXIV. 23.-(i6) Daniel. IV. 1— (17) Cant. II. 2.

> ou

Extraits des Mandements, Lettres Pastorales et Circulaires

DE

Monseigneur Ignace Bourget

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