SECOND ÉVÈQUE DE MONTRÉAL
PRTSE DE POSSESSION Du SlÉGE EPISCOPAL.
Mandement, 3 Mai 1840.
Hélas ! que nous sommes loin d'avoir les dispositions nécessaires pour remplir dignement les sublimes fonctions de l'Apostolat ; et qu'il est à craindre que Dieu n'ait permis notre élévation que pour nous punir de nos innombrables péchés, et vous châtier vous-mêmes du mépris que vous auriez fait des grâces que vous auriez reçues par le ministère de cet excellent Pontife ! Voilà, n'en doutez pas, ce qui porte dans notre âme l'amertume et l'effroi. Nous savons que le Souverain Pasteur nous impose le strict devoir de veiller sur vos âmes, comme devant en rendre un compte rigoureux ; et que, s'il s'en perd une seule par notre négligence, il nous faudra donner âme pour âme et vie pour vie. Nous connaissons que Nous sommes redevable à tous, aux riches comme aux pauvres ; que nous devons nous consumer de soins, nous immoler, nous sacrifier pour votre salut. Nous ne pouvons nous dissimuler qu'il y a des plaies profondes à guérir, des abus invétérés à corriger, des scandales déplorables à réprimer.
Charge pastorale.
Mandement, 3 Mai TS40.
Oh ! que le poids de la charge pastorale est accablant, Nos Très-Chers Frères ! Nous vous conjurons donc, au nom de Jésus-Christ, de l'alléger par votre obéissance à l'Eglise, votre ferveur dans les saintes pratiques de la religion, votre respect pour vos Pasteurs, en un
mot, par votre horreur pour le vice, et votre fidélité à tous vos devoirs religieux. Car c'est là tout ce que nous vous demandons en reconnaissance des peines et des travaux auxquels nous allons nous assujétir pour votre amour. Oui, s'il est une chose capable de nous consoler icibas, au milieu de nos tribulations, ce sera de vous voir marcher dans les voies de la justice, vous tous que nous aimons dans les entrailles de Jésus-Christ, et que nous désirons avec tant d'ardeur pouvoir présenter, au dernier jour, purs et sans taches, au tribunal du Souverain Juge. Puissions-nous, Nos Très-Chers-Frères, sauver tous ceux dont Dieu nous établit aujourd'hui le Pasteur, afin qu'en ce jour terrible où nous irons rendre compte de tout ce que nous aurons fait dans l'exercice de notre ministère, nous ayons le bonheur de dire avec Jésus-Christ : " O Père Saint . . . j'ai gardé ceux que vous m'avez donnés, et aucun d'eux n'a péri, si ce n'est le fils de perdition,"
Éloge de Mgr. Lartigue.
Mandement, 3 Mai 1840.
Ce qui Nous inspire un vrai courage, c'est que toutes les œuvres que Nous allons entreprendre pour votre salut éternel, ont été, depuis de longues années, projetées par notre illustre prédécesseur. Car, dans son vaste génie, qui embrassait plusieurs siècles, et dans ces immenses calculs pour le bien de son cher troupeau, il a prévu tout ce qui pouvait contribuer à son bonheur. Aussi est-ce dans le sein de la confiance dontilnous a honoré, que nous avons puisé tout ce que nous avons à faire pendant notre Episcopat. Si sa vie, hélas ! trop courte, ne lui a pas suffi pour réaliser tous ses plans, il nous a chargé de leur exécution. C'est surtout dans les derniers jours de sa vie que, ranimant toutes ses forces et laissant parler toute sa tendresse pour ses brebis, il nous a tracé la marche que nous avions à suivre, pour la réforme des abus et l'établissement des solides vertus.
Retraite ecclésiastique.
Circulaire, 4 Août 1840.
Je m'empresse de vous inviter à venir vous délasser, dans la sollitude, de vos travaux. Nous y gémirons ensemble de nos infidélités ; nous ranimerons nos forces épuisées ; nous nous renouvellerons dans l'esprit intérieur de notre sainte vocation : nous ressusciterons en nous la grâce de Dieu que nous avons reçue par l'imposition des mains. Uni, de cœur et de sentiment, nous exposerons humblement à Dieu les maux spirituels de notre peuple, et nous concerterons ensemble des mesures les plus efficaces pour régénérer ce diocèse, hélas 1 si déchu de son antique ferveur. Si Moïse, sur la montagne, put seul obtenir, en tenant ses mains élevées vers le ciel, une victoire complète à son peuple qui combattait dans la plaine, espérons que nos prières réunies auront l'heureux effet de faire violence au ciel et pourront remédier aux plaies de l'Eglise dans ces jours mauvais, où tant d'ennemis ont conjuré de nous enlever le précieux dépôt de la foi.
Prédications de Missions. — Mgr. de Forbin-Janson, Évêque de Nancy.
Circulaire, g Sept. 1840.
Pendant la dernière Retraite, nous avons demandé ensemble' à Dieu qu'il voulût bien accorder à ce diocèse un établissement précieux, savoir, celui des Missions et des Retraites pour le peuple. J'ai la consolation de vous apprendre que ce Dieu, qui entend toujours les prières qui se font dans 4'union des cœurs, a déjà exaucé nos vœux. La Divine Providence a dirigé vers nous Monseigneur l'Evêque de Nancy pour créer ici ce qu'il a fait avec tant d'avantage ailleurs. Pour commencer, ce digne Prélat a bien voulu se charger de diriger prochainement une Retraite que je viens d'annoncer à la Paroisse de Terrebonne. J'espère que le succès répondra à son zèle, et qu'il continuerai travailler parmi nous à une œuvre si importante et si chère à son cœur. Pour le seconder efficacement, je nommerai, pour l'assister dans ces Retraites ou Missions, autant de Prêtres qu'il en aura besoin. Ainsi, Messieurs, cette grande œuvre va être pour le moment votre œuvre, puisque vous en partagerez, avec cet Evêque Missionnaire, les travaux et les succès. En cela je ne ferai qu'exécuter un plan formé par mon vénérable Prédécesseur. Car, l'automne dernier, apprenant que le fondateur des Missionnaires de France était arrivé à New- York, et espérant qu'il aurait le bonheur de le posséder quelque temps dans son Diocèse, il se proposait de l'engager à y donner des Missions. Ça été là, pour ainsi dire, un des derniers soupirs de ce bon Pasteur pour la sanctification de son cher troupeau. Vous sentez que sous ce rapport je dois avoir fort à cœur le succès de cette entreprise dont l'exécution est un des legs que m'a faits ce Père de l'Eglise de Montréal.
Visite sur le Territoire de l'Ottawa.
Lettre Pastorale, 25 Nov 1840.
Nous croyons, Nos Très-Chers Frères, devoir vous faire part des bénédictions que Dieu a daigné répandre sur la visite que nous fîmes sur la rive Nord de l'Ottawa, en Septembre et Octobre derniers.
Des occupations multipliées, qui nous attendaient à notre retour, ne Nous ont pas permis plustôt de vous faire part des consolations spirituelles dont le Seigneur a favorisé cette mission lointaine. Pendant plus d'un mois que Nous avons mis à parcourir tout le territoire qui s'étend le long de la Grande Rivière depuis Greenville jusqu'à l'Ile des Allumettes, comprenant une étendue de près de quatre-vingt lieues, Nous n'avons cessé de recueillir les fruits de grâces et de salut qu'il plaisait à Dieu de répandre sur nos travaux et ceux de nos zélés collaborateurs. Nous pouvons dire avec vérité de tous les habitants de ces missions reculées ce que St. Paul assurait des Galates : que Nous avons été reçti comme un Ange de Dieu, et comme^ Jésus-Christ même. L'empressement que ces brebis si chères à notre cœur ont témoigné à voir et entendre leur Premier Pasteur ; l'ardeur qu'elles ont manifestée pour profiter des grâces que nous allions leur offrir ; leur zèle à approcher des sacrements 3 les larmes de componction que Nous leur avons vu répandre dans ces jours de salut ; la joie qu'elles goûtaient de pouvoir exercer à notre égard l'hospitalité la plus cordiale dans leurs humbles demeures ; la paix où Nous les avons laissées après les avoir régénérées ; tout, Nos Très-Chers Frères, contribuait à Nous faire oublier les fatigues inévitables auxquelles il a fallu Nous assuiétir pour leur procurer de
si grands biens. En tout cela, Nous n'avons fait que remplir un strict devoir, et Nous devons avouer, selon le précepte du Sauveur, que Nous ne sommes encore qu'un serviteur inutile. Car étant obligé de donner notre vie pour le salut des brebis confiés à nos soins, Nous devons considérer comme peu de chose le sacrifice de nos aises et de nos commodités.
Missions des chantiers.
Lettre Pastorale ', 25 Nov. 1840.
Nous avons trouvé réunis dans ces lieux écartés des gens delà plupart des Paroisses de ce Diocèse, qui passent quelquefois plusieurs années dans les chantiers, courant les plus grands risques pour leurs âmes et exposés à mourir sans les secours si consolants de la Religion. Connaissant depuis longtemps que ces chantiers étaient pour les jeunes gens une source de désordres, les Curés n'ont cessé d'exhorter leurs Paroissiens à retenir leurs enfants sous le toit paternel ; mais il ne leur a pas été possible de les détourner de ces dangereux voyages où ils ont tout à souffrir dans ce monde et tout à risquer pour l'autre. Depuis longtemps Nous cherchions un remède à un si grand mal ; nous avions même fait quelques tentatives qui n'ont pas été sans succès. Pendant notre mission de l'Ottawa, partout où il Nous a été possible d'offrir les grâces de notre saint ministère à ces chrétiens délaissés, partout nos travaux ont été suivis d'une abondante moisson. Et Nous avons eu à bénir le Père des miséricordes de qui vient tout don parfait, de Nous avoir suggéré le moyen efficace de paître toutes nos brebis, quelque part qu'elles se trouvassent : Nous avons pris des mesures, de concert avec les Bourgeois des divers lieux, pour que les Missionnaires que Nous nous proposons d'envoyer puissent parcourir les chantiers et continuer une œuvre si heureusement commencée. Cette œuvre doit vous paraître bien intéressante, et vous devez l'avoir fort à cœur, puisqu'il s'agit des plus chers intérêts de vos proches et de tous vos frères en J. C. Ce sera pour les pères et mères une inquiétude de moins que de savoir que leurs enfants seront à l'avenir pourvus de secours spirituels dans cette partie éloignée de notre Diocèse.
Ville de Montréal.
Lettre Pastorale, 12 Dec. 1840.
Et comment n'aimerions-Nous pas une ville qui est l'objet de l'affection maternelle de la divine Marie ; une ville qui porte le glorieux nom de Marie, a été bâtie sur les solides fondements de la piété de vos pères pour cette Reine de l'univers ; une ville qui renferme dans son enceinte tant de monuments précieux élevés et religieusement consacrés à Marie ; une ville qui compte parmi ses nombreux habitants tant d'âmes dévouées à Marie ; une ville enfin qui, après avoir été le berceau de Notre vénérable Prédécesseur, est devenu le siège d'honneur où cet illustre Prélat, lni-même, la gloire d'une ville déjà si distinguée, est venu se reposer, sur les dernières années de sa laborieuse et
infatigable carrière ? Aussi, Dieu Nous est témoin, Nos Très-Chers Frères, que Nous ne cessons de penser h vous dans nos prières, et que Nous désirons vous faire part des dons spirituels que Nous sommes chargé de vous communiquer, pour vous affermir dans la pratique de vos devoirs religieux (Rom. i. g. 10. n.)
En qualité de Pasteur des âmes, Nous pouvons et Nous devons dire, en toute confiance, ce que le chef des Pasteurs disait aux juifs : " Je suis venu pour que mes brebis aient la vie et qu'elles l'aient avec la plus grande abondance."
Création du Chapitre.
Circulaire, 21 Déc. 1840.
Je ne vous ai point laissé ignorer que ma mission, en succédant au vénérable Evêque que nous regrettons, est de mettre à exécution les plans que son génie transcendant lui a fait former pour le bonheur du Diocèse dont il a été le fondateur. Un de ses projets, comme vous savez, était de créer un Chapitre, afin d'entourer l'Evêque d'hommes capables de l'aider dans le gouvernement de ce vaste Diocèse, où des affaires multipliées s'encombrent tous les jours, si on ne les expédie à mesure qu'elles se présentent. Si cet illustre Prélat, avec des talents brillants et une expérience consommée dans les affaires, a compris le besoin d'un semblable secours, vous sentez que j'ai les plus puissants motifs d'entrer dans ses vues et d'exécuter au plustôt un plan qui me donnera des moyens sûrs et efficaces d'exécuter les autres, qui se dérouleront selon les circonstances que ménagera, je l'espère, la Divine Providence.
Cette institution est de nature à vous inspirer une juste confiance dans la direction épiscopale, en voyant votre Chef environné d'hommes dont tous les soins sont exclusivement de procurer avec lui, dans l'union des cœurs, l'avancement du règne de Jésus-Christ. Par cet arrangement, vous trouverez toujours, à l'Evêché, des hommes au courant des affaires pour répondre à vos besoins, lorsque je serai absent de cette ville ; ce qui arrivera fréquemment ; car les maux spirituels du Diocèse, qui sont immenses, m'engageront à aller souvent partager vos travaux, pour vous aider à sanctifier le troupeau qui est à nous tous. La disette d'ouvriers évangéliques nous obligera nécessairement à nous multiplier et à faire l'impossible pour défendre la bergerie du Seigneur, si violemment attaquée, dans ces temp3 orageux.
Bals.
Circulaire, 21 Déc. 1840.
Plusieurs Prêtres me demandent quelle conduite ils doivent tenir envers ceux de leurs Paroissiens qui fréquentent les bals, ne sachant jusqu'à quel point ils doivent s'opposer à ces divertissements populaires. Avant de rien établir là-dessus, pour qu'il y ait uniformité de conduite, j'ai cru devoir vous demander votre avis. Connaissant mieux le peuple que moi, parce que vous le suivez de plus près, vous pourrez juger des bons ou mauvais effets que pourrait avoir l'indulgence dont on userait à cet égard. Au lieu de défendre absolument ce plaisir, qui de soi n'est
pas mauvais, ne vaudrait-il pas mieux le régler de manière à l'isoler de toutes les circonstances capables de le rendre criminel ; v.-g. en ne tolérant que les rassemblements de parents et de voisins, en obligeant les pères ou les mères à suivre leurs enfants, et prescrivant à tous de se retirer de bonne heure, etc. ? Veuillez bien m'écrire au plustôt ce que vous en pensez.
Grâces obtenues pour le Diocèse.
Mandement, 2 Fév. 1841.
L'élan général que l'on remarque vers les principes religieux, la visite d'un homme apostolique qui a parcouru ce Diocèse, annonçant partout les jours de salut, les conversions étonnantes qui s'opèrent en tous lieux, l'ardeur incomparable qui se fait sentir dans les paroisses, et l'empressement général pour les Retraites, la protection visible de. Dieu pour la conservation de la foi, malgré les efforts incroyables employés pour arracher de vos cœurs ce don précieux, l'horreur que vous avez montrée pour toutes les nouveautés profanes et pour cèsiivres empoisonnés que l'on a cherché à répandre parmi vous, ce courage héroïque et ce zèle digne des premiers siècles que beaucoup de fidèles ont déployés pour résister aux ministres de l'etreur, la régénération spirituelle de la Ville Episcopale, pour laquelle le Seigneur a fait de grandes choses, l'ébranlement de toutes les paroisses pour rentrer dans les sentiers de la justice, l'institution d'un Séminaire pour la formation du Clergé, l'érection d'un Chapitre pour aider le premier Pasteur dans le gouvernement général de cette Eglise, ce sont là les grâces de choix qui nous prouvent que le Seigneur vaincu, pour ainsi dire, parl'importunité de vos prières, a ouvert ses trésors pour nous combler de toutes les richesses de sa miséricorde.
Dévotion au Cœur de Marie.
Mandement, 2 Fèv. 1841.
Oh ! Nos Très-Chcrs Frères, nous sentons nos entrailles tressaillir de joie en vous donnant le Cœur de Marie pour être votre trésor et votre bonheur. Nous avons espérance que ce Cœur débonnaire multipliera le nombre des ouvriers, qui travaillent à la sanctification de vos âmes ; qu'il affermira la vertu des justes, qu'il convertira les pécheurs, qu'il attirera dans le sein de l'Eglise les hérétiques et les infidèles, sur le malheureux sort desquels nous ne cessons de gémir. Il sera ce cœur plein de grâces, dans le champ que nous cultivons, comme cette belle Olive dont parle l'Ecriture, qui répand partout la douceur et l'onction des biens célestes, quasi oliva speciosa in campis. Il sera ce Cœur puissant (Lit. de la B. V.) comme cette tour de David qui présente mille boucliers pour la défense de ceux qui lui seront tout dévoués. Il sera surtout le refuge des pécheurs et c'est principalement sous cette qualité si consolante que nous l'offrons, Nos Très-Chers Frères, à votre vénération ; et le présent Mandement, qui est l'acte le plus solennel de PEvêque, qnand il vient faire entendre sa voix à ses Diocésains, est pour proclamer par- tout ce Diocèse Marie le refuge des pécheurs, dont, hélas ! nous sommes le premier : quorum primus ego sum.
Premier voyage a Rome. — Demande de subsides.
Lettre Pastorale, 12 Avril 1841.
Oh ! Nos Très-Chers Frères, s'il est déchirant pour le cœur d'un père de n'avoir pas de pain à distribuer à des enfants tendrement aimés qui lui en demandent avec larmes, il l'est bien davantage à un Pasteur de ne pouvoir conduire dans les gras pâturages de la religion des brebis chéries, qui périssent de faim et de misère. Hélas ! combien n'y en a-t-il pas de réduites à cette nécessité extrême, non-seulement dans les parties éloignées, mais encore dans l'intérieur du Diocèse, dans la ville même épiscopale !
Attendri par toutes ces considérations et plein de confiance en la bonté du Tout-Puissant, nous avons cru reconnaître que la volonté du ciel était que nous allassions nous jeter aux pieds du Souverain Pontife qui est assis sur la chaire de St. Pierre, pour diriger non-seulement les agneaux, mais encore les brebis, c'est-à-dire les Evêques, et tous les pasteurs aussi bien que les simples fidèles. Ainsi, pour correspondre aux desseins de Dieu sur vous et sur nous, nous quittons tout et nous allons nous embarquer sans délai pour la Ville Sainte, afin d'exposer au Vicaire de Jésus-Christ nos doutes et nos besoins, et concerter avec lui les meilleurs moyens de remédier à tous vos maux spirituels. Nous y allons avec confiance, parce qu'il lui a été donné par Notre-Seigneur lui-même d'affermir dans la foi et les bonnes œuvres qui en découlent, les Evêques qui sont ses frères ; confirma fratres tuos. Il nous en coûte, Nos Très-Chers Frères, de nous séparer de vous ; mais nous avons la consolation de penser que c'est pour l'amour de vous que nous nous déterminons à interrompre quelque temps le cours de nos travaux, qui, grâce à la miséricorde divine et à vos bonnes dispositions, ont été accompagnés de beaucoup de bénédictions.
En entreprenant ce voyage pour vos plus grands intérêts, nous pourrions, à l'exemple des Evêques qui habitent les pays de mission et qui vont à Rome, demander au Père commun l'hospitalité qu'il fait exercer gratuitement avec une bonté qui le fait reconnaître pour le Patriarche de tons les peuples chrétiens ; mais, considérant que nous sommes à la tête d'un Diocèse où règne l'opulence, et sachant que, par les malheurs des temps, les ressources du St. Père sont à peu près épuisées, nous faisons, en toute confiance, un appel à votre générosité. Car vous savez que l'établissement de St. Jacques ne peut supporter une dépense aussi considérable. En prenant Padministratiou de ce Diocèse, nous nous sommes fait un devoir, à l'exemple de l'Apôtre, de nous glorifier de notre pauvreté et de nous contenter de l'habit et de la nourriture que la Divine Providence ne refuse pas à ceux qui mettent leur confiance en elle. Mais, en même temps, nous avons compté que, lorsqu'il serait question de quelque œuvre importante pour le bien de la religion, vous ne nous manqueriez pas.
Education.
Circulaire. 23 Sept. 1841.
Autant que j'ai pu en juger, nos ressources pour encourager l'éducation et la retenir par là même entre nos mains, comparées à celles du clergé des diverses diocèses que j'ai visités, sont immenses ; et il est certain que si nous pouvons former de bons maîtres et de bonnes maîtresses pour toutes les paroisses de la campagne, nous conserverons sur l'éducation du peuple l'influence que nous devons avoir par notre état.
Nous paralyserons, sans bruit et sans coup férir, tous les efforts qne l'on parait disposé à faire pour nous dépouiller d'un droit si légitime. J'ai été tout occupé, dans mes diverses excursions, de ce besoin auquel il faut apporter un prompt et salutaire remède. J'espère que le diocèse se ressentira, dans peu d'années, des dispositions que j'ai prises à cet égard ; et que bientôt, nous ne serons pas en, arrière des diocèses que j'ai trouvés les mieux organisés sous ce rapport.
Sociétés de Tempérance.
Circulaire, 23 Sept. 1841.
J'ai toujours aimé à recevoir de mon clergé les avis qu'il jugeait bon de me donner. Avant mon départ pour l'Europe, un certain Curé me fit observer que les Sociétés de Tempérance, qui paraissaient prendre si bien en tout lieu, et surtout dans les paroisses qui avaient eu l'avantage d'être régénérées par les exercices spirituels, auraient plus de succès et de stabilité, si on les soumettait à certaines règles uniformes ; si par là on en faisait une œuvre diocésaine. J'ai singulièrement goûté cet avis, et me suis occupé des moyens de le mettre à profit. J'ai obtenu du St.-Siége des grâces particulières pour encourager les dites sociétés ; et j'ai demandé au célèbre Père Mathieu, en Irlande, les règles suivies dans ce pays, afin de pouvoir profiter de l'expérience de ce zélé fondateur de la Tempérance. Vous recevrez, dans quelque temps, le recueil de ces règlements et le tableau des faveurs accordées à l'observation d'iceux. L'ivrognerie étant le mal capital de ce pays, et menaçant de ruiner la fortune comme la religion de beaucoup de nos compatriotes, nous avons une obligation bien stricte de diriger tous nos efforts pour le déraciner et pour faire régner à sa place l'inestimable vertu de la tempérance qui ramènera, infailliblement, la paix et l'abondance dans nos villes et dans nos campagnes.
Séjour a Rome.
Lettre Pastorale, 23 Sept. 1841.
Oui ! N. T. C. F., s'il est une circonstance dans notre vie où nous ayons pu expérimenter, d'une manière évidente, la vérité de cet oracle de la Sainte Ecriture : çue la prière continuelle du Juste est d'une grande valeur, c'est assurément dans toute la suite de notre voyage, où nous avons eu sans cesse à admirer et à bénir les traits touchants de la Divine Providence, qui dans ses dispositions secrètes, et par des moyens qui nous étaient inconnus, a tout réglé, pour que nos efforts, de soi impuissants, atteignissent le but proposé ; afin que l'homme ne pût s'attribuer la gloire qui n'est due qu'à Dieu : Soli Deo honor et gloria.
Aussi, avons-nous été, comme nous le devions, uniquement occupé de vos plus chers intérêts ; et n'avons-nous rien épargné de tout ce qui était en notre pouvoir, pour vous procurer les secours et les avantages que nous jugions vous être nécessaires. Après avoir passé les journées à expédier les affaires que nous avions à traiter, nous prenions sur les nuits le temps qu'il nous était nécessaire pour aller visite^ les plus célèbres pélérinages, ou aller prier sur les tombeaux des SS. Apôtres auprès desquels nous nous étions, pour ainsi dire, établi, afin
d'obtenir, par l'intercession de St. Pierre, la grâce de mettre tous nos soins à bien paître le troupeau de Dieu, non pas par force, mais volontairement, et pour apprendre du Maître des nations a no7cs immoler de grand cœur pour vos âmes et votre salut éternel.
Vos plus chers intérêts étant le seul objet de notre voyage, nous ne vous avons pas perdus de vue un seul instant, et, selon la promesse que nous vous en avions faite, vous étiez avec nous en tout temps et en tout lieu. Vous y étiez lorsque nous assistions à ces pompeuses solennités qui se succèdent sans interruption dans cette heureuse cité, et que nous visitions ces monuments sacrés qui, par leur multitude, semblent ne faire de cette grande ville qu'un seul et magnifique temple. Mais surtout vous étiez avec nous chaque fois que nous nous sommes présenté devant le vénérable Pontife qui préside au gouvernement de l'Eglise universelle. Oh ! N. T. C. F., nous l'avons vu de nos yeux le chef des Pasteurs, le Vicaire de Jésus-Christ, le Successeur de St. Pierre. Nous l'avons vu porter en triomphe, et entouré de toute la gloire dont l'environne l'Eglise pour honorer dans sa personne la personne sacrée de notre Seigneur. Jésus-Christ. Nous l'avons vu plusieurs fois célébrer les saints Mystères avec cette piété tendre, qui tire de ses yeux des larmes abondantes, que font couler son amour pour Dieu et sa charité pour ses brebis. Nous l'avons vu aussi dans le secret de la vie privée, retraçant le spectacle du Divin Maître qui, étant riche, a bien voulu néanmoins se faire pauvre pour nous. Nous avons conversé avec notre chef et notre père, à qui nous devons le respect le plus profond et l'obéissance la plus aveugle. Nous lui avons exposé nos doutes et nos besoins spirituels. Nous lui avons humblement baisé les pieds et pour vous et pour nous ; et ce Père tendre a daigné nous relever pour nous serrer contre son cœur et nous y laisser puiser quelques étincelles de ce feu sacré qui l'embrâse de zèle pour le salut de toutes ses brebis. Aussi, éprouvons-nous, depuis le bienheureux moment où il a daigné épancher- son cœur dans le nôtre, une nouvelle ardeur pour travailler à notre perfection et à la sanctification de vos âmes. La charité de Jésus- Christ nous presse pins que jamais, depuis que nous avons, en quelque sorte, participé à la 'faveur du Disciple bien-aimé qui reposa sur le cœur sacré de Jésus, et y puisa ces lumières abondantes et cette tendre charité, qui répandirent ensuite tant de bénédictions sur les travaux de son Apostolat.
Nous ne vous ferons point part aujourd'hui de ce que nous avons fait pour vous en Europe ; parceque nous voulons que vous sachiez qiielle a été notre sollicitude poitr vous, afin qtte vos Cœurs soient consolés, en vous voyant comblés de richesses spirituelles par Notre-Seigneur Jésus-Christ, en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science. Seulement, nous vous dirons qu'en prenant congé du Souverain Pontife, nous le suppliâmes de vouloir bien, dans sa bonté paternelle; bénir notre Clergé, nos Communautés, et tous les fidèles confiés à nos soins. Il voulut bien se rendre à nos vœux en donnant, sur le champ, trois bénédictions distinctes ; et de son propre mouvement nous enjoignit de donner la Bénédiction Papale, à notre retour dans ce Diocèse. Nous espérons que cette bénédiction fera couler sur nous les mêmes biens que celle donnée autrefois par Pie VII, d'heureuse mémoire, procura à une ville célèbre que nous avons visitée sur notre route ; et qui, depuis cet heureux moment, est devenue fameuse par une multitude d'œuvres saintes qui sont comme ces fleuves vivifiants dont parle le Prophète, qui réjouissent la cité de Dieu ; et qui font dire de ses vertueux habitants : heureux le peuple que le Seigneur a béni. . . . heureux le peuple à qui ont été accordés tant de biens !
Pauvres.
Lettre Pastorale, S.Mov. 1S41.
Dès le début de notre Épiscopat Nous avons compris, Nos Très-Chers Frères, qu'une de nos obligations très étroites était-d'avoir soin des pauvres, des veuves, et des orphelins. Car c'est surtout aux évêques que sont adressées ces paroles de la Sainte Ecriture : Vous serez le protecteur de l' 'orphelin ; et ces autres: à lui est confié le soin de tous les malheureux. St. Paul comprenait vivement cette stricte
TO
obligation, lorsqu'il rappelait aux fidèles de la ville de Galate que les Apôtres St. Pierre, St. Jacques et St. Jean, qui étaient les colonnes de l'Eglise, en favorisant l'exercice de son ministère chez les nations infidèles, n'avaient insisté que surce point important, savoir : qu'il se ressouvînt des pauvres : tautùm ?tt pmiperum memores essemus. Plût à Dieu que nous eussions accompli cet ordre aussi fidèlement que ce grand ami des pauvres, pour pouvoir dire avec lui : " c'est avec sollicitude que nous nous sommes acquitté de ce devoir si cher à notre cœur ; gnod ctia7ii soHicitus fui hoc ipsum facere. Mais les devoirs de notre charge nous imposent tant d'autres obligations qu'il devient impossible d'entrer dans tous les détails qu'exigerait le soin paternel de tous nos pauvres, la plus chère portion de notre troupeau, et l'objet le plus tendre de notre sollicitude ; en sorte qu'il nous est indispensablement nécessaire de nous décharger sur d'autres de ce soin, qui aurait pourtant un attrait si doux pour notre cœur. En cela, nous nous conformons à l'exemple des SS. Apôtres, qui, ne pouvant allier l'exercice de leurs fonctions sacrées, avec le service des pauvres que l'Eglise nourrissait, firent élire par les fidèles sept Diacres pour leur confier le soin des tables, et- leur dirent par la bouche de Saint Pierre : " Pour nous, nous vaquerons avec ardeur à la prière et au ministère de la prédication ; " uos vero orationi et miuisterio verbi instci7ites erz'mits."
Institutions de Charité.
Lettre Pastorale, 8 Nov. 1841.
Profondément pénétré de la grandeur de nos obligations en un point si important, nous avons dû nous en occuper, pendant notre voyage en Europe, uniquement entrepris pour nous mettre' en état de remplir, autant que possible, tous les devoirs attachés à notre charge. Hélas ! qu'elle est pesante cette charge, que nous portons pour l'amour de vous ! Afin de profiter de l'expérience des autres, et de suppléer en cela à ce qui nous manquait, nous avons visité soigneusement tous les établissements de charité, qii'il nous a été possible de voir, afin de nous rendre capable de diriger avec quelques succès les œuvres de miséricorde que nous nous croyons obligé de recommander à nos Diocésains. Car, Nos Très-Chers Frères, nous savions très bien que nous avions le bonheur de posséder dans notre Diocèse, et en particulier en cette ville, un grand nombre d'âmes, qui ont reçu en partage les dons parfaits de la charité ; et qu'ilsuffisait de les mettre en mouvement et de les bien diriger pour leur faire produire ces œuvres de miséricorde, qui découlent de la compassion chrétienne. Nous avons surtout porté notre attention sur les divers établissements que dirigent en France les admirables filles de l'immortel St. Vincent de Paul, les Sœurs de la Charité. Oh ! Nos Très-Chers Frères, qu'heureuses sont les villes à qui le Seigneur dans sa miséricorde a fait un pareil présent ! Qu'heureux sont les pauvres qui ont des mères si compatissantes! Qu'heureux sont les riches qui ont en elles des distributrices si industrieuses de leurs aumônes ! Qu'heureux sont les gouvernements, qui ont à leur service pour toutes les œuvres publiques de charité de si sages administratrices !
Asile de la " Providence."
Lettre Pastorale, 8 Nov. 1841.
La divine Providence avait elle-même préparé les voies à cette œuvre, en inspirant à quelques personnages élevés dans la société, la pensée de solliciter un acte de la Législature pour incorporer l'établissement de la Providence, fondé en partie par un riche particulier de cette ville, et dirigé par une vertueuse veuve, qui employait tout son modique patrimoine à satisfaire l'attrait que le Seigneur lui avait donné pour soulager les femmes âgées et infirmes. Comme cette mesure n'avait nullement été concertée entre nous et ceux qui administraient le diocèse en notre absence, nous avons reconnu que le doigt de Dieu était là, et que le Saint-Esprit, qui, en Europe nous avait donné la pensée de demander pour cette ville des Filles de la Charité, avait inspiré ici à ceux qu'il lui avait plu de choisir pour être les instruments de ses volontés, les moyens de les établir solidement. Vos savez, Nos Très-Chers Frères, que la loi passée à ce sujet incorpore douze Dames ou Demoiselles de cette ville pour posséder, en main-morte, des fonds suffisants pour produire une rente de mille livres courant, pour le soutien des femmes âgées et infirmes.
Pauvreté. — Revenus de l'Evêché.
Lettre Pastorale, 8 Nov. 1841.
Nous aurions pu, pendant que nous étions en Europe, profiter de la bienveillance de certaines personnes, qui offraient de nous procurer des secours abondants, parce qu'elles croyaient qu'étant Evêque dans un pays de mission, nous devions être dans la nécessité où se trouvaient tant d'autres Evêques de notre Continent, de recourir aux largesses de nos frères qui habitent l'ancien monde. Nous nous sommes bien gardé d'accepter leurs offres, et nous leur avons répondu qu'à la vérité l'Evêché de Montréal, qui est depuis peu d'années érigé, n'est pas encore richement doté, mais qu'étant à la tête d'un diocèse où règne l'opulence, nous laissions ces secours à d'autres qui en avaient plus besoin ; que nous comptions sur nos diocésains pour en tirer tous les secours qui nous étaient nécessaires, afin de mettre à exécution les différents projets que nous avions formés pour leur plus grand bien. Nous pouvions et nous devions parler ainsi, parce que vos contributions pour payer les frais de notre voyage ayant évidemment montré quelles étaient vos dispositions à cet égard, vous auriez eu droit de vous plaindre de nous comme n'ayant pas convenablement répondu à ces témoignages de votre générosité, et ayant compromis votre honneur, puisque trèscertainement votre Evêque n'a pas besoin de secours étrangers. Nous en avons toujours été si convaincu, ainsi que l'était notre illustre Prédécesseur, que nous n'avons voulu faire aucune démarche auprès du. gouvernement pour en obtenir des gratifications, comme tant d'autres évêques catholiques de l'Empire. A l'exemple de ce prélat si désintéressé, nous ne voulons attendre de Sa Majesté que la protection due à tout sujet fidèle et loyal. Pour tout ce qui est de notre personne, nous ambitionnons de ressembler en quelque chose au grand Apôtre, qui protestait à la face de toute l'Eglise que personne ne lui ravirait la gloire d'être pauvre avec Jésus-Christ, lui qui avait rempli l'univers du
bruit de sa prédication, et enrichi le monde entier des trésors de l'Evangile. Comme lui, nous sommes contents, pourvu que nous ayons la nourriture et l'habit ; ce que le Seigneur ne nous a jamais refusé, et ce qu'il voudra bien continuer de nous donner dans sa bonté.
La seule oblation que nous ayons acceptée en Europe a été sur le champ appliquée en France au bien des Missions et pour la propagation de la Foi dans la Corée et autres pays qui sont aujourd'hui arrosés par le sang des Martyrs. Nous pouvons donc vous dire comme St. Paul aux Philippiens, " qu'aucune Eglise ne nous a fait part de ses richesses ; que vous êtes les seuls " qui ayez pourvu à nos besoins," Nous pouvons donc aussi, à l'exemple du St. Apôtre, vous recommander de faire des collectes en faveur des Saints, c'est-à-dire, des pauvres, des veuves, des orphelins et de tous les membres de Jésus-Christ souffrant.
Petit Séminaire de Ste. Thérèse.
Circ7ilaire, 5 Janv. 1842.
Je viens d'établir un Petit Séminaire à Ste. Thérèse, sur le plan tracé par le Saint Concile de Trente (Sess xxiii, c. xvm), dont j'ai suivi scrupuleusement les dispositions. J'ai espérance que cet établissement, qui est en tout conforme à l'esprit de l'Eglise, sera ici comme ailleurs une pépinière de bons prêtres, en alimentant le Grand Séminaire, qui déjà promet beaucoup pour l'avenir. Quoique le Concile autorise l'Evêque à établir une espèce de taxe sur tous les biens ecclésiastiques de son diocèse pour fonder et doter son Petit Séminaire, je suis bien éloigné de vouloir me prévaloir de ce privilège, parceque votre bonne volonté à -seconder toutes les œuvres que je puis vous recommander me suffit, et que je serai toujours assuré de vous trouver au besoin, surtout qnand il sera question d'un établissement aussi vital pour nous que l'est celui-ci.
Instituteurs — Frères des Ecoles Chrétiennes.
Circulaire, 5 Jau7>. 1842.
Vous connaissez l'acte passé dans la dernière session du Parlement Provincial au sujet de l'éducation en ce pays. L'on peut, tel qu'il est, en tirer un bon parti, et s'en servir avec avantage pour encourager l'établissement de bonnes écoles dans toutes nos campagnes ; quoique l'on soit disposé toutefois à faire des tentatives pour obtenir de nouveaux amendements, et qu'il y ait chance de succès. Mais, pour répandre les bienfaits de l'éducation, à la faveur de cette ordonnance, il nous faudrait avant tout avoir de bons Instituteurs. Or, ce ne sera pas de sitôt que nous en aurons en nombre suffisant pour répondre à nos besoins, et si nous ne prenons des moyens efficaces pour en faire former. Voici ce que je crois devoir vous proposer, après m'être entendu avec M. le Supérieur du Séminaire :— Les Frères des Ecoles Chrétiennes sent prêts à donner des leçons à tous ceux que l'on jugera à propos de leur envoyer, et ils se feront un devoir de les mettre au fait de leur méthode d'enseignement, autant qu'elle peut être applicable à des écoles, où il n'y a qu'un seul précepteur. Plusieurs écoles à la campagne
sont à ma connaissance maintenant dirigées d'après cette excellente méthode, et obtiennent nn succès qui fait désirer que toutes les autres soient mises sur le même pied. Ne vous serait-il pas possible d'envoyer quelques-uns de vos instituteurs passer à Montréal tout le temps suffisant pour être bien formés, en suivant le cours d'instruction de nos bons Frères et en les voyant opérer dans leurs classes ?
Etablissement des Oblats.
Circulaire, 5 Janv. 1842.
Je vous annonce avec consolation que les Missionnaires Oblats, arrivés à Montréal le 2 décembre dernier, ont commencé à donne des Missions et Retraites dans diverses Paroisses du Diocèse II est à espérer que le Seigneur bénira leur généreux dévouement secondé de votre zèle à partager leurs travaux ; et que nos Paroisses et Missions se ressentiront bientôt des fruits de salut que le Seigneur se plaît à produire par le ministère de tous ceux qui n'ont en vue que sa plus grande gloire, et qui travaillent en union et charité. Ecce quant bomim et quant J,ucundum habitare fratres in unum ! Je compterai toujours sur votre bonne volonté, qui m'est parfaitement connue, chaque fois qu'il sera nécessaire de vous appeler au secours de ces bons Missionnaires. Néanmoins, je me ferai un devoir de tue pas vous déranger, lorsque les besoins de vos paroisses exigeront votre présence.
Doctrtne de St. Alphonse de Liguori.
Circulaire, 5 jfanv. 1842.
Comme la doctrine de St. Alphonse de Liguori sert de règle aux Missionnaires Oblats, et qu'il est très important qu'il y ait entre nous uniformité de conduite, j'en prends occasion de vous répéter ce que je vous ai déjà dit : que ce Saint et savant Théologien est le Docteur de ce Diocèse ; qu'il est très-avantageux pour nous de le prendre pour notre guide, en étudiant sa morale ; que chaque confesseur peut le suivre en toute sûreté de conscience, comme l'a décidé la Sacrée Pénitencerie, le 5 juillet 1831. En adressant à chacun de vous ce conseil de l'Apôtre à son Disciple : " A ttende lectioni,'''' je me l'applique à moi-même, parce que je comprends plus que jamais le besoin de l'Ecriture et de la Théologie, qui est pour le Prêtre cette-eau vive qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle. "
Protestants
Mandement, 25 Janv. 1842.
Ce n'est pas assez pour l'Association, (de la Propagation de la Foi), d'avoir préservé les catholiques du malheur de faire naufrage dans la Foi, une mission bien sublime lui est de plus donnée ; car elle est chargée de faire entrer dans la bergerie les brebis qui en sont absentes, afin qu'elles aient le bonheur d'entendre la voix du Souverain Pasteur, et qu'il n'y ait plus qu'un seul troupeau sous un seul et même Pasteur. Oh ! Nos Très- Chers Frères, redoublez de zèle pour cette xeuvre si glorieuse à la Religion ; agrégez-vous à une association chargée'par le Ciel de rétablir l'unité de la Foi. Aidez-nous par la sainteté de votre vie, qui sera la plus touchante comme la plus éloquente des prédications, à ramener nos frères séparés. Car leur salut nous intéresse vivement ; et nous ne cessons de gémir sur leur malheureux état. Oh ! nous voudrions leur faire entendre à tous ces paroles que St. Augustin adressait aux Donatistes ; " Que ceux-là vous traitent avec rigueur qui ne savent pas " combien il est difficile de trouver la vérité et d'éviter l'erreur ; que ceux-là vous traitent avec rigueur qui ignorent combien il y a de peine
" à s'élever au-dessus des fantômes dont on est une fois rempli Mais pour nous, nous sommes bien éloigné de suivre cette doctrine
" envers des personnes divisées d'avec nous, non par des erreurs qu'elles aient inventées elles-mêmes, mais pour s'être trouvées dans l'égare- " ment des autres. Nous offrons au contraire nos prières à Dieu, afin qu'en réfutant les fausses opinions de ceux que vous suiviez avec une " préoccupation que nous taxons plutôt d'imprudence que de malice, il nous fasse la grâce de n'y apporter qu'un esprit qui ne soit touché ni " d'autres impressions que de celles de la charité, ni d'autres intérêts que de ceux de Jésus-Christ, ni d'autres désirs que de celui de votre " salut." Entrons tous, Nos Très- Chers Frères, dans ces beaux et nobles sentiments du grand St. Augustin à l'égard de nos frères séparés. Tout en détestant les erreurs dans lesquelles ils ont le malheur de vivre, soyons dévorés de zèle pour leur conversion. Prions Dieu tous les jours pour qu'il daigne leur ouvrir les yeux et dissiper leurs préjugés; pour qu'il les mette au-dessus du respect hnmain, qui est le plus grand obstacle à leur conversion ; parce qu'il est très-difficile de mépriser les discours et les railleries que lancent contre ceux qui embrassent la vérité ceux que l'esprit d'aveuglement retient dans le parti de l'erreur.
Société de Tempérance.
Mandement, 25 Janvier 1842.
Le présent Mandement est comme la trompette qui vous avertit que l'heure du grand combat est arrivée ; qu'il est temps de se ranger sous la bannière de Jésus-Christ pauvre et abreuvé de fiel, pour combattre le démon de l'intempérance et le Dieu des richesses. Levez les yeux de la foi et voyez combien est petit le nombre de ceux qui suivent ce chef incomparable ; et, au contraire, combien est grand le nombre des partisans de Satan, qui marchent aveuglément sous son étendard, disant dansleur joie insensée, comme les intempérans dont Isaienous a fait le portrait : Ma?igeons et buvons, car demai?i notes mourrons. Nous aurions honte sans doute de laisser presque seul notre divin Capitaine combattre cet ennemi acharné à notre perte. Nous nous empresserons sans doute de nous engager à son service pour l'aider à détruire
le règne de ces puissants ennemis de sa gloire. Nous aurons tous sans cloute du zèle pour aller détacher du parti de Satan nos frères qui ont le malheur d'être les esclaves de l'ivrognerie, ou qui vivent dans l'oubli des devoirs de la Charité chrétienne. Le temps est venu de vous déclarer : il n'y a plus à balancer. Malheur à celui qui voudra combattre seul et hors des rangs : Vœ soli : car il périrait comme ces infortunés Juifs qui, jaloux de la gloire des frères Machabées, voulurent se signaler en attaquant seuls et sans ordre les ennemis de leur nation.
Ce qui nous a fait espérer fermement que la Société de Tempérance aura ici de grands et heureux résultats, comme en Irlande, c'est que le Souverain Pontife a daigné la bénir et l'approuver d'une manière spéciale pour ce Diocèse. En lui rendant compte de notre administration, nous l'avons informé que les belles qualités et les mœurs douces de notre peuple étaient malheureusement ternies par l'ivrognerie qui est la passion dominante. Ce père tendre et compatissant à toutes les misères spirituelles de ses enfants, en quelque lieu du monde qu'ils se trouvent, leva les yeux au ciel, d'où lui vient tout son secours pour remédier aux maux de l'Eglise, et poussa un profond soupir, en apprenant qu'il régnait ici un si grand désordre. Sans doute que ce soupir du Père commun des fidèles a touché le cœur de Dieu et l'a disposé à nous accorder ces grâces abondantes, qui nous sont nécessaires pour l'établissement solide de la société de Tempérance, qu'il a bien voulu encourager en l'enrichissant de précieuses indulgences.
Association de Charité.
Mtindement, 25 Janv. 1842.
Depuis longtemps l'on comprend généralement qu'il y a de graves inconvénients à ce que ceux qui sont dans la nécessité aillent demander l'aumône dans des Paroisses étrangères ; et l'on est convaincu que chaque Paroisse est en état de soutenir ses pauvres. Néanmoins aucune mesure n'a encore été prise pour remédier aux maux étranges qui résultent de cet état de choses. En vous proposant la présente Association, nous nous flattons de détruire cet abus dans sa racine, parce que nous vous engageons à ne donner l'aumône qu'aux pauvres de votre Paroisse et à ne regarder ceux qui viendront d'ailleurs que comme des vagabonds, qui ne sortent de leur Paroisse que parce qu'ils y sont connus.
Chaque année, un grand nombre de familles viennent de la campagne s'établir en ville. Il s'y rend aussi un bon nombre de jeunes gens qui cherchent de l'ouvrage et surtout beaucoup de jeunes filles, qui ont l'intention de se placer en service. L'on a observé que ces différentes personnes courent de grands dangers pour leur vertu ; et qu'il y aurait de sages précautions à prendre pour qu'elles conservassent la foi et la piété qu'elles apportent de la campagne. L'Association de Charité que nous établissons pour toutes les Paroisses de la campagne devant être en rapport avec celle de la ville, il sera facile aux dames de correspondre entr'elles, afin que l'expérience des personnes qui arrivent en ville ne soit pas funeste à leur innocence. Les dames de la ville se chargeant de procurer des maisons honnêtes aux filles vertueuses qui viendront de la campagne avec de bonnes recommandations des Dames de la Charité établies dans leurs Paroisses, l'on peut concevoir de grandes espérances que leur innocence sera mise à l'abri des dangers si grands auxquels elles sont maintenant exposées. Les familles pauvres seront également préservées, par leurs sages conseils, du malheur de se loger dans des maisons qui n'offriraient à elles et à leurs enfants surtout que de pernicieux exemples de blasphèmes, d'ivrognerie, de mauvais discours et d'autres excès scandaleux.
Ce qui fait le malheur de la société et ce qui rend les pauvres méchants, c'est en grande partie l'oisiveté. Chaque Paroisse ayant son Association de charité pourra aisément s'organiser pour les faire travailler et les préserver par là des vices que produit la paresse.
Enfin, sans entrer dans plus de détails, nous ne pouvons nous dispenser de vous faire remarquer que, de tout temps, on nous a reproché de n'avoir pas d'union, de manquer d'esprit public et de ne savoir pas sympathiser pour tendre au bien général. Nous concevons l'espérance que la religion formera cet esprit d'association, qui fait la force et le bonheur de tout peuple qui en est animé.
Danses.
Circulaire, 16 Fèv. 1843.
Il est aussi extrêmement important d'établir l'uniformité de conduite par rapport aux bals et aux réunions, où les jeunes gens seraient exposés pour leurs mœurs. Voici d'abord les principes sur lesquels il faut s'appuyer pour éviter le rigorisme et le relâchement, qui sont deux écueils égalemeut à craindre dans la morale. Nous les trouverons dans la Théologie Morale de St Liguori. (Lib. III, Tract. IV, n. 42g.) " Chorea?, nisi malo fine fiant, aut cum periculo alios aut seipsum incitandiad libidinem, aut cum aliâ circumstantiâ malâ, secundum se non sunt " malas, nec actus libidinis, sed lcetitias." Si l'on veut obtenir que les jeunes gens s'abstiennent de tous les plaisirs illicites, il faut leur en permettre qui soient honnêtes. Voici les règles que je crois devoir vous suggérer pour atteindre un but si important. - Je les trouve chez St. Antonin, cité par St. Liguori, aux livre, traité et nombre susdits. " Choreas per se licitae sunt, modo fiant à personis scecularibus, cum " personis honestis, et honesto modo."
D'après ces principes, je^crois qu'il faut admettre dans la pratique que les bals, avec certaines précautions, sont permis. Or, telles sont les principales précautions à prendre pour qu'ils ne soient pas dangereux. Avant tout, ces réunions ne doivent se faire que chez des personnes reconnues pour honnêtes, et être, autant que possible, formées de parents, voisins et amis respectables. De plus, on y doit prendre les précautions suivantes et exiger : 1° qu'il n'y ait ni paroles, ni chansons, ni gestes, ni danses, ni jeux contraires à la pudeur ; 2° Que les parents y conduisent eux-mêmes leurs enfants, sans jamais laisser leurs filles y aller seules avec les jeunes gens qui les fréquentent; 3° Que ces assemblées ne soient pas longtemps prolongées dans la nuit ; 40 Qu'il n'y ait pas de boisson, excepté aux repas de famille, qui peuvent accompagner'ces réunions."
Pauvres. — Propagation de la Foi. — Chantiers.
Mandement, 27 Dec. 1844.
Multipliez vos aumônes, car, comme vous savez, " l'aumône délivre du péché." Ayez soin de vos pauvres, et que dans chaque paroisse on prenne des moyens efficaces pour qu'ils soient occupés selon leurs forces et assistés selon leurs besoins. Qu'ils ne soient pas, faute de secours, réduits à la dure nécessité d'aller traîner ailleurs le spectacle de leurs misères, avec le danger évident d'y contracter de mau-
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vaiscs habitudes. Qu'ils serait à désirer qu'il y eût partout des Associations charitables pour subvenir à toutes les nécessités de ces membres souffrants de Jésus-Christ ! Embrassez avec zèle l'association de la Propagation de ia Foi, qui vous fournira tous les jours un moyen efficace de satisfaire à la justice divine, puisque par là vous aurez votre part aux travaux et aux souffrances de tant de Missionnaires et de Fidèles qui ont de nos jours le mérite et la gloire de verser leur sang pour l'honneur de Jésus-Christ. Oh ! que le martyre est glorieux pour ceux qui le souffrent, et méritoire pour ceux qui y contribuent par leurs prières et leurs aumônes ! Vous avez, en outre, pour favoriser cette œuvre admirable, un motif bien pressant, et qui vous intéresse vivement ; c'est que, moyennant les secours de la Propagation de la Foi, Nous pouvons envoyer de zélés Missionnaires à tant déjeunes gens qui, sans cela, seraient privés des secours de la Religion dans les Chantiers, où cependant ils en ont un si grand besoin. Ces Missionnaires doivent surtout entendre les confessions et préparer, par la pénitence, ces jeunes gens, lorsqu'ils sont sur le point de s'embarquer pour de longs et pénibles voyages. Combien de ces malheureux, qui laissent leurs chantiers avec l'espérance de bientôt revoir des parents chéris, et font de tristes naufrages. Encore, s'ils avaient le bonheur d'être en état de grâce ! Mais après avoir passé des années entières privés de tout secours religieux, et en compagnie d'hommes libertins et débauchés, qu'il est déplorable d'apprendre qu'ils sont allés ainsi rendre compte de toute leur vie au Souverain Juge ! Vous le comprenez vivement, pères et mères, qui avez de vos enfants dans ces Chantiers, et qui craignez à chaque moment que l'on ne vienne vous annoncer la mort de quelques-uns d'eux. Procurez donc, puisque vous le pouvez, à vos chers enfants, ou à tous ceux qui sont dans le même besoin, les secours si nécessaires de la Religion. Pour cela montrez votre zèle pour la Propagation de la Foi. N'écoutez pas ceux qui cherchent à décrier cette œuvre en vous disant que c'est une invention des Prêtres pour avoir de l'argent. Vous savez très-bien qu'il n'en est pas ainsi, Nos Très-Chers Frères ; et les œuvres des Missions sont là pour fermer la bouche à ceux qui oseraient vous détourner d'une Association qui fait la gloire du monde chrétien. Il y aura, Nous n'en doutons pas, une sainte émulation entre toutes les paroisses de ce Diocèse à qui contribuera plus efficacement à une œuvre si importante.
Incendie de Québec.
Lettre Pastorale, 31 Mai 1845.
" O ville, ta douleur est grande comme la mer; et qui pourra apporter remède à tes maux? " Ce sera, Nos Très-Chers Frères, votre charité et votre empressement. Souvenez-vous qu'à de grands maux il faut de grands secours, que c'est dans les grandes calamités que s'exercent les grandes vertus. Pensons que s'il y a union dans nos opérations, il se formera des fleuves de charité qui iront arroser cette ville infortunée. Pensons que si nous-mêmes n'avons pas éprouvé le même malheur, c'est uniquement à la miséricorde de Dieu que nous en sommes redevables. Peut-être, et il faut l'espérer, Dieu attache-t-il à notre charité la grâce de ne pas éprouver un pareil sort.
Connaissant vos cœurs comme Nous les connaissons, Nous ne doutons pas que vous ne fassiez vos efforts pour porter un prompt secours à la ville de Québec. Chacun de vous saura s'imposer des sacrifices pour se mettre ,en état d'aider ses infortunés habitants. L'on rougirait sans doute de dépenser follement à la danse et au spectacle ce qui serait si nécessaire pour secourir des milliers de pauvres. L'on se fera un devoir de retrancher quelque chose sur ses ajustements somptueux, pour pouvoir couvrir les membres de Jésus-Christ souffrant. Ceux
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qui ont beaucoup, donneront beaucoup ; ceux qui ont peu, donneront peu, mais tous donneront de bon cœur. L'on s'organisera partout, dans la ville comme à la campagne, pour que les listes de souscriptions soient présentées dans chaque maison, afin de procurer à tous nos fidèles et charitables diocésains l'occasion de contribuer à une si belle œuvre. L'on établira des rapports actifs entre les diverses paroisses de la campagne et la ville de Montréal pour atteindre plus sûrement un but si important. Pour cela l'on formera dans toutes les localités des comités particuliers, chargés de recueillir les souscriptions des âmes charitables et de les faire passer au comité général de cette ville.
Œuvres des Bons Livres.
Mandement, 20 Septembre 1845.
L'an dernier, le généreux dessein ayant été formé d'établir V Œuvre des Bons Livres, pour défendre la Foi et les mœurs attaquées par des productions impies et immorales, Dieu a visiblement béni cette noble et pieuse entreprise, car déjà quatre mille volumes sont en circulation, et huit cent familles boivent les eaux pures de la doctrine, qui jaillissent jusqu'à la vie éternelle.
Election de Pie IX.
Circidaire-, 20 Juillet 1846.
Nous avons la consolation de vous apprendre que la divine Providence a daigné donner à Grégoire XVI, dont nous vous avons annoncé tout dernièrement la mort, un successeur qui a pris le nom de Pie IX. Cette heureuse nouvelle, qui remplit de joie tout le monde chrétien, doit nous engager à bénir et à remercier le Dieu des miséricordes, qui a daigné, après seize jours de deuil, consoler l'Eglise de la perte immense qu'elle venait de faire, en lui donnant un nouveau Père pour en prendre soin et essuyer ses larmes. Cette élection, si on en considère les circonstances avec les yeux de la Foi, est toute providentielle, et doit être par là même,, pour l'univers attentif à ce grand événement, comme l'aurore d'un beau jour, et le commencement d'un glorieux pontificat. Ce que nous avons pu recueillir des qualités de notre souverain Pontife, Pie IX, c'est qu'il est ce bon Pasteur qui court après la brebis égarée ; c'est qu'il ressemble à Jésus-Christ dont il est devenu le Vicaire, par sa charité pour les plus grands pécheurs. Car au moment où il est monté sur la Chaire de St. Pierre, son zèle généreux ouvrait un asile à de pauvres âmes,, victimes infortunées des passions humaines, pour les préserver à l'avenir de la corruption du siècle. Il accueillait avec une bonté touchante d'humbles Religieuses du Bon Pasteur, qu'il avait appelées à Imola, sa ville archiépiscopale, pour qu'elles fussent les dépositaires de sa tendre charité pour des brebis d'autant plus à plaindre, qu'elles sont devenues par leur égarement, le rebut de la société '
Incendie de Laprairie.
Lettre Pastorale, 5 Août 1846.
Le beau et florissant village de Laprairie, N. T. C.-F., vient d'être la proie des flammes. La lueur de ce vaste incendie, qui s'est fait apercevoir de loin, cette nuit, vous a déjà annoneé ce grand malheur. Nous venons d'en visiter les ruines encore fumantes et notre cœur est encore tout déchiré du cruel spectacle qui s'est offert à nos yeux. Les décombres de plusieurs centaines d'édifices incendiés, et près d'un millier de personnes sans abri, sans vêtements et sans pain ; de nombreuses familles assises tristement sur le rivage autour de quelques meubles arrachés aux flammes ; de riches citoyens devenus pauvres en quelques heures, et couverts de misérables habits ; tel a été le déchirant spectacle qi". s'est présenté à nos regards attendris. Que de sombres réflexions sont alors venues plonger notre âme dans l'amertume ! Notre tour est donc arrivé ! la justice de Dieu qui, depuis quelques années, s'est exercée sur tant de villes, vient donc aussi appesantir sur nous son bras vengeur ! Hélas ! nous ne !e méritons que trop ! Ce désastre si déplorable ne serait-il pas Pavant-coureur de quelque catastrophe encore plus lamentable ? N'y aurait-il pas là un avertissement du ciel, pour nous donner le temps de fléchir, par la pénitence, le Dieu si bon que nous avons irrité ? Car, il ne faut pas nous le dissimuler, Nos Très-Chers Frères, il se commet, de toutes parts, des crimes bien capables d'attirer sur nous le feu du ciel. Nous les signalons ici en gémissant, et Nous voudrions avoir des larmes de sang pour les pleurer.
Hélas ! qu'il est à craindre que les excès de l'ivrognerie, que les scandales des auberges, qne les folles dépenses du jeu auquel on se livre avec tant d'emportement, d'un luxe qui ne connaît plus de bornes, que les affreux blasphèmes et jurements qui sont si communs parmi nous, que les injustices criantes qui s'exercent dans le commerce et les autres transactions, que les meurtres horribles qui sont à l'ordre du jour, que tant de négligence à fréquenter la confession et la communion chez un grand nombre de personnes, que tant d'immodesties dans les ajustements, que tant de scandales enfin qui défigurent la beauté du christianisme, n'attirent sur nous la foudre qui gronde déjà sur nos têtes.
Second voyage a Rome.
Lettre Pastorale, 5 Août 1846.
Nous vous annonçons que nous nous proposons de repartir prochainement pour l'Europe où nous appellent certaines affaires importantes pour l'avantage de la Religion dans ce Diocèse. Comme nous . ne voyageons que pour vos intérêts spirituels, vous ne manquerez pas, Nos Très-Chers Frères, de nous assister de vos prières continuelles. Nous les réclamons avec instance, parceque nous sentons le pressant besoin que nous en avons. Vous priâtes pendant notre premier voyage dans l'ancien monde, et vous fûtes exaucés ; voilà ce qui fait notre confiance, et voilà ce qui doit faire la vôtre. " Nous vous prions donc," Nos Très-Chers Frères, " par Notre-Seigneur Jésus-Christ et par la
charité du St. Esprit, de nous aider" encore, pendant ce second voyage, " par les prières que vous adresserez à Dieu pour nous," afin que nous échappions à tous les dangers que nous pourrions courir, et, " qu'étant plein de joie de l'heureux succès" de notre voyage, " nous venions de nouveau vers vous, si c'est la volonté de Dieu, et que nous jouissions d'une consolation mutuelle." En attendant, " que la paix de Dieu soit avec vous." (Rom. 15).
Collège des Jésuites.
Lettre Pastorale, 13 Septembre 1846.
Un des motifs qui nous engagea, Nos Très-Chers Frères, à faire, en mil huit cent quarante-un, le voyage d'Europe, fut de préparer les voies à l'établissement d'un nouveau Collège dont l'effet principal serait de donner, dans cette ville, aux personnes appelées par la Divine Providence à vivre dans le monde, une éducation qui serait adaptée aux besoins des diverses classes de la société, et qui serait en même temps religieuse.
Or, ç'a été pour arriver à cette fin si désirable que Nous avons cru, Nos Très-Chers Frères, devoir appeler à notre secours des hommes éminemment pourvus du talent de former la jeunesse à la piété et aux sciences qui conviennent aux gens du monde.
Vous les recommander sous ce rapport, serait chose inutile, puisque tous les catholiques n'ont qu'une voix pour proclamer les dons excellents qu'ils ont reçus du Ciel pour répandre dans le monde les bienfaits de l'éducation. En obtenant, pour l'objet que Nous avions en vue, ces hommes dont la capacité est si généralement appréciée, Nous croyons avoir fait ce qu'il y avait de plus important et de plus nécessaire pour le succès de cette entreprise. Fort de ce secours vraiment providentiel, nous faisons aujourd'hui appel à vos cœurs dont nous connaissons déjà, par l'expérience de tous les jours, les généreux sentiments, afin de compléter l'œuvre, en procurant à ces habiles Instituteurs les moyens d'être utiles à vos familles et à votre patrie.
Vous voudrez recevoir cette Lettre, comme vous nous recevriez nous-même. Elle vous dira qu'en contribuant généreusement à cette bonne œuvre, vous aurez part à tout le bien qui se fera dans ce Nouveau Collège. Elle vous dira que vous procurerez à votre ville un établissement précieux dont toutes les grandes villes sont jalouses ; témoins, New-York, Boston, etc., qui vous avoisinent. Elle vous dira que vous fixerez dans notre ville des hommes appartenant à une Compagnie dont plusieurs membres arrosèrent autrefois cette terre de leurs sueurs et de leur sang, lorsqu'ils y vinrent planter la Foi. Elle vous dira que vous seconderez vos vertueux Pasteurs qui cherchent dans ces hommes de Dieu des collaborateurs zélés, pour les aider à porter le poids du terrible ministère qu'ils ont à exercer pour le salut de vos âmes. Elle vous dira que vous comblerez notre cœur de joie, parceque nous n'avons pas de plus grand bonheur ici-bas que de multiplier au milieu de vous les ouvriers évangéliques, afin de pouvoir mieux assurer votre bonheur éternel, tout en pensant à vos intérêts temporels. Elle vous dira enfin que vous avez dans l'enceinte de ce nouvel établissement des hommes de prière à qui la reconnaissance imposera le devoir sacré de prier tous les jours pour leurs bienfaiteurs, des directeurs prudents de vos consciences, des prédicateurs pleins de l'esprit de Dieu, des précepteurs habiles et savants pour vos enfants, et, pour tout vous dire d'un seul mot : des enfants de St. Ignace et des frères de St. François-Xavier.
Irlande — Emigration.
Lettre Pastorale, 24 Juin 1847.
Nous lisons dans le livre des actes des Apôtres, qu'une cruelle persécution s'était élevée contre les Fidèles de Jérusalem ; et St. Etienne ayant souffert le martyr, les premiers se dispersèrent dans diverses contrées ; ils y répandirent la foi que venait de faire triompher le premier Diacre par son glorieux martyr. N'est-ce pas le touchant spectacle qu'offre l'Irlande par la nombreuse émigration de ses enfants? Ne peut-on pas lui appliquer justement ces paroles du Prophète Jérémie: "Judas a émigré à cause de son affliction et de l'entière servitude à laquelle il s'est vu réduit : " migravit Judas propter afflictionem et ntultitudinem servitutis. Il s'est dispersé dans tous les pays et a habité parmi les nations : habitavit inter gentes. Dieu, en récompense de sa foi, lui a donné la bénédiction des Saints Patriarches, Abraham, Isaac et Jacob ; et il a multiplié ses enfants comme les étoiles du ciel. En lui donnant cette admirable fécondité, il lui ordonne de remplir toute la terre : multiplicamini et replète terrain.
Nous sommes heureux de pouvoir vous dire ici, Nos Très-Chers Frères, qu'une des premières paroles que nous adressa Sa Grâce, Monseigneur l'Archevêque de Dublin, fut de nous annoncer avec complaisance qu'il venait de recevoir d'abondantes souscriptions de Montréal. Il faut vous dire que c'est un Véritable Prélat, qui couronne une vie de 78 ans et un Episcopat de 37 ans, par l'exercice de toutes les bonnes œuvres que nécessite la misère des temps. Nous l'avons trouvé tout occupé des soins touchants, et avec l'activité d'un homme dans la force de l'âge, pour nourrir ses pauvres brebis. Nous avons vu à sa porte des troupes nombreuses de mendiants qui indiquaient assez clairement au voyageur la résidence du Père des Pauvres. Il a été bien flatteur pour nous de recevoir de la bouche de ce Bon Pasteur la juste louange que méritait votre charité. Il y avait là de quoi nous consoler de ne pouvoir assister tant d'indigents (ce qui navrait notre cœur), puisque votre abondance suppléait à notre insuffisance. C'est pourquoi, Nos Très-Chers Frères, Nous nous sentons pressé de vous dire aujourd'hui avec l'Apôtre : " vous êtes notre joie et notre couronne ; continuez à faire l'honneur de votre religion, " et demeurez fermes dans le Seigneur " ; gaudium meum et corona mea, si state in Domino, car issimi. Toutefois, nous désirons que la quête qui se fera pendant l'office de ces trois jours de prières soit appliquée à soulager la misère des émigrants qui nous arrivent. Nous croyons devoir vous suggérer encore cette œuvre, d'abord pour répondre à l'appel de N. S. P. le Pape, comme vous venez de le voir en entendant la lecture de la Lettre Encyclique, et ensuite pour rendre autant que possible, nos supplications semblables à celles de la Ville Sainte. Or, à chaque réunion, il se faisait une collecte eu faveur de l'Irlande : afin de la rendre plus abondante, il s'y faisait une instruction pour engager le bon peuple romain, qui est déjà si charitable, à aller au secours de ses frères d'Irlande. Vous vous imposerez de grand cœur ce nouveau sacrifice, si vous faites attention que c'est le Pape qui aujourd'hui vient vous demander l'aumône pour ses enfants d'Irlande. Chacun de vous donnera selon son moyen ; mais pas un ne refusera de faire passer son aumône à Nctre-Seigneur Jésus-Christ par la main de son Vicaire sur la terre.
Orphelinat.
Lettre Pastorale, 24 Juin 1847.
Entre les nombreuses institutions charitables que nous avons eu occasion d'admirer pendant nos deux voyages d'Europe, il en est une qui nous a surtout intéressé ; c'est une maison de Providence établie à Marseille. Le choléra ayant causé d'horribles ravages dans cette grande ville, et ayant fait un grand nombre d'orphelins, les âmes charitables de ce diocèse se mirent à contribution pour aller au secours de ces infortunés. Ce fut pour les recueillir que l'on bâtit une vaste maison, et ce fut pour leur donner tous les soins spirituels et corporels qu'ils pouvaient attendre de bonnes mères, qu'on les confia aux soins charitables des religieuses. N'allez pas croire que pour faire une pareille œuvre il faille vous imposer des sacrifices au-dessus de vos orces. Oh ! non, car nous savons ce que vous avez fait, et nous connaissons toute la misère des temps. Mais écoutez un calcul bien simple. 11 y a dans ce diocèse 400,000 âmes. En supposant que chacun donne seulement douze sols, vous voilà avec une somme de ,£10,000. Or, quel est celui d'entre vous qui ne s'empress'ât de contribuer de cette modique somme à une œuvre si belle ! Car c'est là l'admirable effet de l'union, de faire participer aux mérites des plus grandes œuvres, quelque minime que puisse être la part de la coopération. Qu'il serait beau, qu'il serait touchant ce monument qui serait ainsi élevé à la charité ! Qui sait d'ailleurs si Dieu n'attachera pas à cette œuvre, la bénédiction dont nous avons tant besoin pour sortir de l'Etat de détresse où nous sommes réduits? Car elles sont bien puissantes les prières des orphelins ! Quoi qu'il en soit, nous recevrons les dons qu'il vous plaira défaire pour répondre à l'appel du Souverain Pontife, et nous lui en rendrons un compte fidèle. En attendant, nous vous donnons la bénédiction qu'il a bien voulu nous accorder, et c'est avec toute l'affection qui pénètre son âme vraiement paternelle.
Épidémie de 1847.
Lettre Pastorale, 13 A oût 1847 .
Il est temps, Nos Très-Chers Frères, que nous nous consolions mutuellement, dans la juste douleur qui nous accable. Car, depuis le huit Juillet dernier, le Seigneur nous a visités, en nous enlevant huit Prêtres, dix Religieuses, et un grand nombre de laïques, qui se sont dévoués, avec un zèle digne de tout éloge, au service spirituel et corporel des malades. En outre, nos cœurs ont, pendant ce temps d'épreuve que nous a ménagé la divine Providence, séché de crainte à cause du danger qu'ont couru et que courent encore le Clergé, les Maisons Religieuses, et bon nombre de nos Frères, que la maladie régnante a réduits à l'extrémité. Une certaine consternation répandue dans toutes les classes de la société, à la vue de la terrible épidémie qui exerce ses ravages à notre porte, est venue mettre le comble à notre désolation. Notre Ville, dans ce triste état, peut bien se comparer à Jérusalem, autrefois la ville chérie du Seigneur, et emprunter pour déplorer ses
malheurs, les cantiques douloureux de l'inconsolable Jérémie. Le Seigneur m'a rendue toute désolée, et toute épuisée de tristesse pendant tout le jour.. C'est lui-même qui a foulé le pressoir pour en fai^e couler le vin de sa fureur dont il a enivré la Vierge fille de Juda. C'est pour cela que je fonds e>i pleurs et que vies yeux répandent des ruissaux de larmes. Car écoutez, vous tons qui prenez part h mes Peines. Mes Prêtres et mes vieillards o?it été consumés dans la ville.
Oi, voici ce qui doit nous consoler dans ces temps mauvais. Ceux que nous pleurons sont morts en faisant les oeuvres de justice que l'Evangile préconise, et qui mènent à la vie éternelle. Operati sunt justifiant. Ils ont donné à manger à ceux qui étaient dévorés par la soif d'une fièvre brûlante ; ils ont reçu les étrangers, ils ont visité les malades. Oh ! espérons-le, ils vont recueillir les biens promis par le Dieu dont les promesses sont infaillibles. Adepti suut repromissioues* Us avaient entendu de la bouche du juge, ces délicieuses paroles: Venez les bieu-aimés de mon père ; venez posséder le Royaume promis dès le commencement du monde, a ceux qtii font les œuvres que vous avez faites. Au lieu de les pleurer, réjouissons-nous donc plutôt de leur bonheur, et envions saintement leur heureux sort ; consolamini invicem. Avant de mourir, ils ont envoyé au ciel beaucoup d'âmes prédestinées. Ils ont fait triompher la Religion, en montrant au monde étonné ce que peut la charité catholique. Ils ont dissipé ces préjugés qui empêchaient beaucoup de frères séparés de connaître ce que c'est que la foi catholique, qui sait inspirer tant de pénibles sacrifices pour la gloire de Dieu. Ils comprennent aujourd'hui où est la vraie charité, où est le vrai dévouement, et en conséquence, où est la vraie foi. Car, c'est à ses fruits que l'on reconnaît si l'arbre est bon ou mauvais.
En mourant, ils ont été -des victimes de propitiation qu'a choisies la justice de Dieu pour se satisfaire, parce qu'elle était irritée par nos crimes ; afin de pouvoir ensuite faire grâce au grand nombre de coupables qui, parmi nous, abusent continuellement de sa grande miséricorde. Oui, il faut l'espérer, Nos Très-Chers Frères, Dieu nous pardonnera, et détournera de dessus nous, le terrible fléau qui nous' menace, en considération de ses bons serviteurs et de ses humbles servantes qui ont tout sacrifié, même leur santé, même leur vie, pour accomplir le grand précepte de la charité : il a compté, ce Dieu de bonté, qui récompense tout, jusqu'à un verre d'eau froide donné pour son amour, il a compté, disons-nous, leurs pas et leurs démarches dans ce champ de douleur qui fut le théâcre de leurs combats. Ah ! qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui se sont ainsi lassés à courir dans cette noble carrière pour procurer à tant de malheureux le bonheur et la paix. Quam speciosi pedes evangelizantium pacem. Il a entendu les profonds soupirs que le spectacle de tant et de si affreuses misères leur a fait pousser. II a vu les larmes et les sueurs dont ils ont arrosé cette terre aride, et ces marais où gisent tant de malheureux. Oh ! que de cris puissants s'élèvent aujourd'hui de cette terre sanctifiée par tant de travaux, et sollicitent pour nous la divine miséricorde. Il a été témoin des généreux sentiments qui les animaient, lorsqu'ils s'immolaient pour leur prochain; chacun d'eux pouvant dire avec l'Apôtre : Pour 7iioi,je donnerai trés-volontiers tout ce que j'ai, et je me donne?-ai encore moi-même pour le Salut de ces âmes. Daigne le Seigneur dans sa bonté, efen considération d'un si généreux dévouement, épargner les brebis, après avoir ainsi frappé les pasteurs. C'est le vœu que Nous formons de toute l'ardeur de notre âme ; et fasse le ciel qu'il en soit ainsi.
Prière, Vœu et Consécration a la Ste. Vierge.
Lettre Pastorale, 13 Août 1847.
" O Divine Marie, je me prosterne humblement à vos pieds, pour vous protester, dans la sincérité de mon âme, que je suis le dernier " de vos serviteurs ; et que je ne mérite pas même de porter ce glorieux nom, vous ayant été jusqu'ici si peu fidèle ; et n'ayant jamais rien fait " qui fut digne de vous.
" Toutefois reconnaissant que vous êtes une mère pleine de bonté ; et que vous aimez à faire du bien à ceux qui sont les plus pauvres " et les plus misérables, je vous conjure, avec toute la confiance que m'inspire la pensée de votre cœur de Mère, de faire cesser ia calamité qui '' règne dans le clergé et les communautés de ce Diocèse ; et de préserver de cette funeste contagion tout le peuple confié à mes soins.
" Je confesse humblement que nous méritons tous d'être traités avec la dernière rigueur à cause de nos péchés et de notre impéni- " tence. Mais souvenez-vous que le plu» sûr moyen de faire éclater votre grande miséricorde est de nous obtenir le pardon de nos innombrables " iniquités. Je compte tellement sur la grâce que je réclame en ce moment de votre bonté qne je m'engage, pour vous en témoigner toute ma " reconnaissance, à travailler de toutes mes forces et tout le reste de ma vie, à vous faire connaître, aimer et servir dans tout ce diocèse, qui est à " vous d'une manière si spéciale, et pour lequel vous avez déjà tant fait, comme preuve de la protection si visible que vous voulez bien lui accorder.
" Je m'engage particulièrement, et par vœu, à faire tous mes efforts pour établir le pieux péiérinage de Notre-Dame de Bonsecours " qui, parle malheur des temps n'est plus ce qu'il fut autrefois. Je sais que de tout temps vous avez aimé à être appelée dans cette ville le " Secours des Chrétie7is ; Auxilùim CJiristianortim C'est ce qu'attestent les prodiges que vous avez daigné opérer dans cette vénérabl" " chapelle qne vous bâtirent nos pères.
" Ils y allaient, ces religieux ancêtres, avec une piété tendre qui leur méritait votre protection. Hélas ! nous avons beaucoup " dégénéré de cette dévotion qui les attachait à votre service, et l'Eglise, qu'ils fréquentaient avec tant de ferveur, est devenue comme déserte " par notre coupable indifférence. C'est pour cela, sans doute, que nous avons mérité de perdre cette célèbre image qui faisait le plus bel ' 4 ornement de votre sanctuaire.
" Voulant réparer cette négligence qui a dù affliger votre bon cœur, je prends l'engagement de m'employer du mieux possible à établir, " dans le lieu que vous voudrez bien vous-même choisir, ce que j'ai vu avec tant d'édification dans l'ancien monde, c'est-à-dire, le concours con-v " tinuel de pieux fidèles visitant un lieu consacré à votre honneur. Là, vous recevrez les hommages des pieux pèlerins et vous présiderez à toutes " les affaires temporelles qui se feront sous vos yeux. Vous les bénirez afin qu'il ne se commette aucune injustice, et que le riche partage avec " le pauvre les bie.ns de ce monde. A la place de cette Image Sainte que nos pères vénérèrent avec tant de respect, et qui en punition de " notre indévotion, a disparu de ce temple, daignez recevoir la Statue de bronze doré, que j'ai fait faire à Paris ; et qui a été bénite à l'autel " de l'Archiconfrérie, dans l'Eglise qui vous est dédiée sous le nom de Notre-Dame des Victoires.
" Sous une inspiration, qui évidemment venait de vous, j'ai fait graver sur le piédestal cette dévote invocation qne vous adresse " l'Eglise : Ora pro populo ; interveni pro clero ; et qui est en ce moment le cri de notre douleur et l'élan de notre cœur pour obtenir " votre secours dans notre présent besoin.
" Cette Image attestera à la postérité la plus reculée que vous étiez vraiment notre Mère. Pour que cette insigne faveur ne s'efface
" jamais du souvenir des habitants de cette ville et de ce diocèse, je vous promets d'exposer, dans ce Sanctuaire où vous avez établi votre " demeure, en ex voto, un tableau représentant le Typhus cherchant à entrer en cette ville, mais arrêté à la porte par votre puissante " protection.
" C'est à la face de tout ce pays et en présence de nos frères séparés qui, hélas ! ne connaissent pas combien vous êtes bonne et "puissante, que je prends cet engagement. Il y va donc de votre honneur et de votre gloire à exaucer un vœu si solonnel. C'est vraiment " une occasion bien favorable de prouver qii'on ne vous invoque jamais en vain.
" O Marie, secourez vos enfants malheureux ; aidez ceux qui sont faibles, réchauffez ceux qui sont tièdes dans le service de Dieu ; " priez pour le peuple ; employez- vous pour le clergé; intercédez pour les communautés consacrées à votre divin Fils. Que tous ceux qui " vous honorent par leur confiance éprouvent les heureux effets de votre secours. Que s'il faut encore au Dieu qui nous frappe de 11 nouvelles victimes, conjurez-le d'accepter l'offrande que je lui fais de tout moi-même. Mais de grâce, qu'il épargne son peuple. Parce, '' Domine, -populo tuo.
Séjour a Rome.
Mandement, 14 Août 1847.
Nous ne vous dirons pas tout ce que nous avons senti de bonheur dans la sainte Cité de Rome, et en présence de cette multitude de monuments religieux qui rappellent tant et de si délicieux souvenirs. Nous ne vous parlerons pas des consolations que nous avons éprouvées aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ chaque fois qu'il Nous a été permis de l'entretenir de vos plus chers intérêts, et d'implorer, et pour vous et pour Nous, l'abondance des bénédictions célestes, dont il est le dépositaire. Qu'il suffise de vous dire que, dans tous les lieux consacrés par le sang de milliers de martyrs que Nous avons visités, et dans ces grandes solennités où la Religion donne, autant qu'on peut l'avoir sur la terre, une idée du Ciel, par l'harmonie de ses chants joyeux, et la pompe de ses augustes cérémonies, vous étiez présents à notre souvenir. Oh ! combien de fois Nous nous sommes écrié en nous-même, à la vue de ces magnifiques et imposants spectacles que présente sans cesse la ville de Rome : " Quel bonheur pour notre peuple, s'il était présent à ces belles fêtes ! Quelle consolation pour tant de fervents chrétiens qui " mettent tous leurs délices dans les jouissances surnaturelles, s'ils voyaient et s'ils entendaient ce que Nous voyons et entendons ! Quelles " ravissantes impressions pour ces âmes de foi, chez qui la Religion est tout ! Que nous serions heureux si le troupeau confié à nos soins visitait {i avec Nous les tombeaux des Saints Apôtres, s'ils entendaient, comme nous, ces dévots cantiques qui retentissent, non-seulement dans les " temples, mais encore dans les places publiques et dans les rues, à l'honneur de la Mère de Dieu, si tendrement aimée par ce peuple fidèle."
Sanctuaire de N.-D. de Bon-Secours.
Circulaire, 5 Sept. 1847.
Afin que la fréquentation de la ville ne soit pas, pour les gens de la campagne, une occasion de démoralisation,, et qu'ils remportent chez eux leur innocence, après y avoir fait leurs affaires, vous feriez bien de les exhorter d'aller, chaque fois qu'ils voiit au marché, se recommander à Notre-Dame de Bousecours. J'espère qu'ils y trouveront des secours religieux qui les fortifieront contre les scandales et surtout les dangers de l'impureté et de l'intempérance. Je vais établir dans ce sanctuaire la confrérie de Notre-Dame Auxiliatrice, qui convient si bien à cette chapelle, et qui, jusqu'ici n'a eu, dans ce diocèse, aucun centre de ralliement.
Instituteurs et Institutrices.
Circulaire, 5 Sept. 1847.
Le diocèse est maintenant doté de trois institutions d'hommes et de quatre de femmes, pour donner à l'enfance une éducation soignée et religieuse, telle qu'il en faut à notre bon peuple. Je connais combien, pour propager cette bonne éducation, vous désirez voir se multiplier parmi vous ces excellentes institutions dont vous sentez si vivement le besoin, à cause de la difficulté qne vous aviez de vous procurer de bons instituteurs et institutrices. Le premier mpyen pour arriver à ce but si désirable est, sans contredit, de diriger et favoriser les vocations pour ces divers instituts. Car, si chaque paroisse fournissait seulement trois ou quatre Frères et autant de Sœurs, on aurait bientôt pourvu à nos plus pressants besoins. Or, c'est ce que vous ne manquerez pas de faire, dans la juste confiance que vous pouvez concevoir que l'on préférera, pour y faire de ces sortes d'établissements, les paroisses qni donneront plus de sujets à l'état religieux. Pour arriver plus vite à cette fin, je vous conseille de faire dire, chaque jour, dans chaque école, un Pater et un Ave, à cette intention. Car, nul doute que les prières des enfants, qui demanderont avec ferveur et persévérance, de bons maîtres et de bonnes maîtresses, pour leur enseigner, avec les sciences humaines, la crainte de Dieu, ne soient promptement exaucées.
Etablissements de Charité.
Circulaire, 5 5V//. 1S47.
Quant aux œuvres de charité, les grands besoins des pauvres qui augmentent de plus en plus, font sentir la nécessité de les multiplier. Partout on trouvera de pauvres vieillards infirmes et de tendres enfants orphelins, qui sont sans ressource, et exposés à bien des souffrances. Dans mon dernier voyage d'Europe, j'ai eu occasion de visiter, dans de petites villes, plusieurs hospices de charité où l'on soignait un grand nombre de malheureux, pareeque les campagnes environnantes se cotisaient pour les soutenir, et avaient droit pour cela d'y envoyer leurs infirmes. En suivant ce bel exemple, on déchargerait les paroisses de ces invalides que l'on se passe de maison en maison, et que quelquefois on a l'inhumanité de laisser dans les chemins, ou d'exposer dans les rues, aux portes des hôpitaux de la ville qui ne peuvent suffire aux besoins des pauvres qui y demeurent. Les établissements de ce genre déjà faits à St. Hyacinthe et à Laprairie, pour ne pas parler de tous ceux de ce diocèse, sont assurément dignes de tout éloge et méritent d'être imités. Si, dans chaque comté, on avait une semblable maison, on pourvoirait à bien des nécessités, et on s'attirerait toutes les bénédictions assurées à la charité. On préparerait les voies à ces hospices si l'on établissait l'association de charité dans chaque paroisse, conformément aux règles de St. Vincent de Paul, imprimées dans le manuel des Sociétés de Tempérance et de Charité, en 1842.
Orphelins Irlandais. — Asile St. Jérome-Emilien.
Lettre Pastorale, -g Mars 184S.
Faisons do7ic le bien, Nos Très-Chers Frères, pendant que nous en avons le temps. (Gai, 6. 10.) Faisons-le à P égard de tous, mais principalement à l'égard des domestiques delà Foi. C'est l'avis important que nous donne l'Apôtre, et qui nous convient particulièrement dans les circonstauces présentes. Car vous n'avez pas oublié ce que Nous vous disions dans Notre Lettre Pastorale du 24 Juin dernier. L'affreuse mortalité qui décimait à cette époque les émigrants, faisait une multitude d'orphelins. Ces pauvres enfants n'ayant plus de pères pour les nourrir, ni de mères pour les aimer et les réchauffer sur leur sein, la religion nous imposait le devoir sacré de les prendre sous Notre protection spéciale. Orphano tu eris adjut'or. (Ps. 10. 14.) lis étaient en effet trop malheureux pour ne pas mériter toute Notre compassion. Aussi dès lors Nous les aimions, comme on aime toujours les enfants de la douleur.
Notre premier mouvement, en faveur de ces innocentes victimes du fléau dévasteur, fut d'élever la voix pour vous peindre de notre mieux leurs indicibles souffrances ; ou plutôt les voix plaintives et gémissantes Lde plusieurs centaines d'orphelins se firent par notre organe, entendre à vos cœurs, toujours si sensibles, et vous dirent avec tout l'accent de la douleur : " O vous tous qui passez par ces lieux consacrés " par les souffrances de nos pères et de nos mères, et où s'élèvent tristement leurs tombes, voyez s'il y a une douleur semblable à notre dou-
" leur. . . Faites pour nous, pauvres petits orphelins, ce que vous voudriez que d'autres fissent pour vos propres enfants, si comme nous, ils " avaient le malheur de vous perdre dans un pays lointain ; si comme nous, ils étaient exposés à toutes les horreurs de la misère, qui poursuivent partout l'orphelin ! "
Nous entrâmes alors dans vos vues, et Nous fîmes pour ces enfants étrangers ce qu'assurément vous voudriez que tout Evêque fît pour les vôtres si, par le malheur des temps, ils devenaient orphelins, dans quelque pays éloigné où vous seriez obligés de vous réfugier, pour échappera quelque grand fléau qui désolerait votre patrie. Pour cela, Nous ouvrîmes un asile afin d'y recueillir les orphelins des émigrants, et nous le mîmes sous la protection de St. Jérôme-Emilien, parceque ce grand saint ayant consacré sa vie aux soins des orphelins, Nous espérions de son puissant crédit auprès de Dieu, le succès d'une entreprise aussi importante. Notre confiance était d'autant plus juste que N ous avions vu de nos yeux, pendant que Nous étions à Rome, les fruits merveilleux qu'avaient produits et que produisaient encore le zèle et a charité de ce père des orphelins. Notre intention était défaire soigner ces pauvres orphelins, et de les placer ensuite dans de bonnes familles où l'on en prendrait soin comme de ses propres enfants. Car il Nous semblait qu'il eût été souverainement imprudent de Notre part d'exposer la santé publique en dispersant ces enfants, presque tous atteints de la contagion, parmi les habitants de ce diocèse. Dans cette vue, Nous les confiâmes à la charité des bonnes religieuses qui les reçurent à bras ouverts, et qui exposèrent leur vie pour leur prodiguer les soins les plus p énibles et les plus répugnants à la nature.
Le gouvernement de Sa Majesté voulut bien avoir pour agréable un semblable établissement ; et malgré les énormes dépenses que lui occasionnait l'émigration, il en fit généreusement la dépense. . Ce fut le onze Juillet dernier que Montréal vit naître cette nouvelle œuvre, et que Nous eûmes la consolation d'aller chercher Nous-même ces tendres enfants aux abris de la Pointe St. Charles. Nous devons vous le dire ici, Nos Très-Chers Frères, dans la sincérité de notre âme, qu'un des plus doux moments de Notre vie fut celui, où, à la tête de cette nombreuse famille d'orphelins, Nous traversions les rues de cette ville, pour les conduire par la main aux hospices qui leur étaient préparés. Le spectacle de ces centaines d'enfants, décharnés par la faim, couverts de haillons et succombant aux attaques de la terrible maladie qui les avaient privés de leurs parents, était trop poignant pour que Nous puissions jamais l'oublier.
Depuis qu'il est fondé, l'on y a reçu six cent cinquante orphelins, sur lesquels cent quatre-vingt-huit ont été placés ou réclamés, et trois cent trente-deux sont morts. Il en reste donc encore cent trente. De plus, il s'en trouve^ aux hôpitaux de la Pointe St. Charles quatre vingt-dix-neuf autres, qui n'ont pu être placés au dit asile. Telle est en peu de mots l'histoire de la fondation de l'Asile de St. Jérôme, dont l'objet est de recueillir et de soigner les orphelins irlandais, en attendant qu'on puisse les placer dans des maisons honnêtes et charitables. Il s'élève lentement, au milieu des peines et des souffrances, ce monument de charité ; mais il est arrosé de trop de sueurs et de sang, pour n'être pas béni de Dieu et des hommes.
Plein de la grande confiance que Nous inspire votre charité passée, Nous Nous adressons aujourd'hui à votre bonté accoutumée, et Nous vous prions d'en faire sentir les effets à ces pauvres orphelins qui sont si chers à votre cœur. " Nous aurions bien l'autorité de vous le commander au Nom de Jésus-Christ," en faisant valoir ici le précepte de la charité. " Mais nous préférons laisser agir les motifs de l'amour," toujours plus puissants sur des cœurs tendres et généreux. Profiter caritatem magis obsecro.
" Or, la prière que Nous vous faisons est pour ces enfants que Nous avons engendrés dans les liens " et la douleur de la terrible épidémie, qui les a privés des seuls soutiens qu'ils eussent au monde. Nous les confions à vos soins charitables ; recevez-les comme les objets de notre plus tendre compassion : ut mea viscera suscifie.
Oui, Nos Très-Chers Frères, recevez-les sans nullement considérer que, selon la chair, ils sont d'une origine étrangère à la nôtre ; car unis comme ils le sont à Jésus-Christ par la foi, ils ne font avec nous qu'un seul et même peuple. Quanti autem inagis tibi, in came et in Domino.
Recevez-les sans non plus considérer que d'abord ils pourraient vous être à charge ; car vous savez très-bien«que la charité, pour être méritoire, doit s'exercer gratuitement, et pour l'amour de Jésus-Christ. Au reste, avec Dieu, il n'y a rien de perdu, et tout est récompensé au centuple dans ce monde, avec promesse de la vie éternelle dans l'autre. Plvilémon en est ici une preuve frappante, car pour avoir fait grâce à Onésime, pour lequel le grand Apôtre avait déployé toutes les richesses de son éloquence, en faisant parler toutes les entrailles de sa charité, il eut le bonheur d'en faire un compagnon fidèle de St. Paul, un Evêque embrasé de zèle, un glorieux Martyr de Jésus-Christ.
Il en sera de même de nous tous, Nos Très-Chères Frères ; et, il faut l'espérer, en adoptant ces pauvres enfants, nous en ferons des compagnons de notre foi, de bons prêtres, de ferventes religieuses, d'excellents concitoyens qui, élevés parmi nous, feront cause commune avec nous. Quitibialiquando inutilis fuit, nunc autetn mihi et tibi utilis. t
Recevez donc, Ministres du Seigneur, et adoptez ceux de ces enfants à qui la divine Providence a départi d'heureuses dispositions ; et espérez que par les généreux sacrifices que vous ferez pour leur procurer une bonne éducation, ils deviendro t un jour l'ornement du sanctuaire, et vos dignes collaborateurs dans les travaux du saint ministère : ut mea viscera suscipe.
Recevez, Séminaires et Collèges, et adoptez quelques-uns de ces tendres enfants, que la nature et la grâce se sont plû à orner de riches talents, exprès, ce semble, pour vous récompenser de la charité que vous allez exercer, en cultivant leurs bonnes qualités et en les rendant capables de vous aider à remplir la belle mission que vous a donnée la Divine Providence : ut mea viscera suscipe.
Recevez, Communautés consacrées à l'enseignement, ou à la charité, et adoptez ces pauvres orphelines qui vous tendent leurs petites mains suppliantes. Ah! sans doute qu'en jetant dans leurs cœurs pleins de foi la bonne semence d'une éducation religieuse et soignée, vous en ferez pour la plupart de dignes épouses de Jésus-Christ, qui travailleront avec vous à faire bénir en tout lieu vos Saints Instituts, en multipliant les œuvres de justice que vous opérez pour la plus grande gloire de Dieu : ut mea viscera sitscipe.
Recevez, pieux et charitables Laïcs, et adoptez ces tendres enfants avec cette joie cordiale qui caractérise la vraie charité. Ayez pour eux toute la tendresse que vous aimeriez à voir chez ceux qui recevraient vos propres enfants s'ils avaient le malheur de vous perdre, et si, relégués sur une terre étrangère, sans parents et sans amis, ils étaient réduits à une aussi affreuse misère. N'est-ce pas le temps, s'ii en fut jamais, d'accomplir ces touchantes paroles du Seigneur: t: Faites aux autres ce que vous voudriez qu'on vous fit," Prout vultisut faciaut vobis homines, et vos facite illis simîliter. (Luc, 6, 31,)
Animés de ces sentiments, vous accueillerez ces enfants, vous les élèverez avec soin, vous les corrigerez avec bonté, vous les aimerez avec tendresse. Oh ! qu'ils vous paraîtraient intéressants et aimables, ces enfants, si vous saviez comme ils sentent vivement le bien qu'on leur fait ; comme ils sont reconnaissants four ceux qui en prennent soin, comme ils prient avec foi le Père des miséricordes pour ceux qui les assistent, comme ils s'embrassent avec de vifs transports de joie, quand ils se -rencontrent après s'être cru morts ; comme ils sont émus, quand il leur faut se séparer les uns des autres pour ne plus peut-être jamais se revoir ; comme ils pleurent quand on leur rappelle le souvenir de leurs chers parents ou de quelques-unes des personnes charitables qui ont sacrifié leur vie pour les soulager dans leur malheur ; comme ils regardent avec attendrissement ceux qui les viennent voir pour les adopter, dans l'espoir d'être assez heureux pour fixer leur choix ; comme ils sont fermes et décidés, quand il leur faut rejeter les offres flatteuses de ceux qu'ils connaissent être les ennemis de leur foi ; comme elles sont sincères et abondantes les larmes qu'ils versent, quand il est question de dire adieu aux tendres mères que la Religion leur a préparées dans leur malheur.
Pèlerinage de Notre-Dame de Bon-Secours.
Mandement, i Mai, 1848.
Depuis longtemps, Nos Très-Chers Frères, nous gémissions dans le secret de notre âme, de voir la vénérable Chapelle de Bon Secours " presque déserte. Hélas ! on pourrait presque lui appliquer ces paroles de Jérémie, exprimant la juste douleur qui l'accablait en voyant le temple saint abandonné, et ses augustes solennités négligées. " Les chemins de Sion pleurent, " disait-il, dans ses touchantes lamen tations, "parce qu'il n'y a plus personne qui vienne à ses fêtes." (Jér. 1.)
En effet, l'on ne voyait plus, comme du temps de nos aïeux, de nombreuses troupes de pieux pèlerins cheminer le soir, après les travaux de la journée, vers ce sanctuaire chéri, pour y remercier l'Auguste "Dame de Bon-Secours" des grâces obtenues par sa puissante intercession, et en demander de nouvelles. Même pendant le jour, hors le temps de la Messe basse, on n'y voyait jamais personne en prières ; si bien qu'il avait été jugé nécessaire d'en tenir les portes fermées, pour éviter les vols sacrilèges qui s'y commettaient.
Cet état d'abandon avait quelque chose de sinistre à nos yeux. Sans vouloir sonder les secrets jugements de Dieu, il nous semblait qu'une pareille indifférence nous attirerait tôt ou tard quelques malheurs. L'histoire et nos souvenirs nous inspiraient de justes craintes. Vous savez vous-mêmes les grandes calamités qui désolèrent cette ville et tout ce pays, après l'incendie de 1754, qui réduisit en cendres la seconde chapelle de Bon-Secours. Vous n'avez point oublié qu'en 1831, une main profane enleva la statue si vénérée de nos pères, et qui avait échappée aux flammes dévastatrices. Or, depuis cette époque, que de malheurs sont venus fondre sur nous !
Les terribles agitations politiques qui firent couler le sang de nos concitoyons dans les rues de cette ville, le 21 Tvlai 1831 ; le choléra qui apparut le 8 Juin suivant, et décima notre population ; cette même épidémie, qui revint en 1834, répandant partout la désolation et la mort ; les troubles de 1837 et 38, qui ont fait couler tant de larmes et couvert le pays de deuil et de ruines ; les millions d'insectes, qui ont dévasté nos campagnes pendant tant d'années, et ruiné le commerce de nos villes avec les espérances de nos cultivateurs, sont des événements trop voisins de nous, et qui ont laissé des traces trop profondes pour que nous puissions jamais en perdre le souvenir.
Enfin, l'année dernière, nous étions en face d'un nouveau fléau qui menaçait à chaque instant d'envahir la ville et les campagnes. Ceux que le devoir portait sur le champ des douleurs, pour secourir tant de misères, étaient presque tous atteints de la contagion, et beaucoup y succombaient. Mais Nous ne voulons point ici rouvrir des plaies encoie ensanglantées par le récit de nos souffrances et de nos malheurs. Tout occupé des moyens à prendre pour fléchir le ciel, et vous préserver, Nos Très-Chers Frères, du malheur qui avait fondu sur votre clergé et vos communautés religieuses, Nous fûmes vivement frappé de la pensée que Notre-Dame de Bonsecours, si compatissante pour nos pères dans tous leurs malheurs, aurait pitié de nous, et nous obtiendrait grâce et miséricorde. Nous fîmes donc vœu, d'abord dans le secret de Notre cœur, puis Nous prîmes, à la face de ce diocèse, l'engagement sacré de faire tous nos efforts pour rendre au Pèlerinage de Bon-Secotirs toute sa solennité. Il est inutile de vous dire ici que Marie a entendu et exaucé ce vœu. Et pouvait-elle ne l'avoir pas pour agréable, lorsqu'elle se vit, comme autrefois, entourée d'une multitude de dévots serviteurs ; lorsqu'elle entendit son sanctuaire retentir de soupirs et de gémissements ; lorsqu'enfin, pendant toute l'octave de sa glorieuse Assomption, la foule des pieux pèlerins qu'une trop juste douleur accablait, se pressait dans ce lieu vénérable ?
En exauçant nos vœux dans sa chapelle de Bon-Seco?irs, Marie a donc fait connaître atout le diocèse qu'aujourd'hui, comme
autrefois, elle veut être spécialement honorée dans ce temple ; que ce sanctuaire devrait être pour nous, comme pour nos pères, un lieu de refuge dans les grandes calamités ; que cette chapelle était vraiment le trône, du haut duquel elle exerçait ses miséricordes dans ces jours mauvais où le bras d'une justice rigoureuse s'appesantissait sur nous, misérables enfants d'Adam
C'est à la suite de semblables faveurs, Nos Très-Chers Frères, et au commencement d'un mois tout entier consacré à Marie, que Nous entreprenons de Nous acquitter d'un devoir si doux pour Notre cœur, et dicté d'ailleurs par la plus vive reconnaissance. Car, Nous serions le plus ingrat des hommes, et Notre langue devrait pour toujours s'attacher à notre palais si jamais nous venions à oublier que c'est à vos ferventes prières, dans la sainte chapelle de Bon-Secours, que Nous sommes redevable de la santé dont Nous jouissons aujourd'hui. Ah ! puissions-nous du moins la consacrer toute entière à la gloire de Marie et à la sanctification de vos âmes ! Il est donc juste, Nos Très-Chers Frères, et il est grand temps que Nous élevions la voix, pour Nous acquitter, autant qu'il est en Nous, du devoir que Nous impose notre vœu. Car qui sait si Notre négligence, dans un point si grave, ne nous attirerait pas de nouveaux malheurs ! Ils sont bien à craindre ces malheurs dans un temps comme celui-ci, où tout est en mouvement dans l'ancien monde Vous n'entendez aujourd'hui parler que de royaumes bouleversés, de peuples courroucés, de couronnes pulvérisées, de sceptres brises. C'est bien assurément le temps, Nos Très-Chers Frères, de nous écrier avec le Sage : fatuité des vanités, toîtt lûest que vanité. Quoiqu'il en soit, prions Dieu, et recourons à Marie pour que l'heureuse paix dont nous jouissons ne soit point troublée par ces grandes commotions qui agitent les peuples de la vieille Europe, et qui semblent être les avant-coureurs de guerres cruelles et sanglantes.
Le pèlerinage de Bon-Seco7irs a commencé avec le pays, et malgré les malheurs des temps, trois églises se sont successivement élevées sur les fondements jetés en terre en 1657 ; preuve que nos pères ont vivement senti le besoin d'un pareil sanctuaire. Sur son frontispice brille l'auguste nom -de Marie. C'est la reconnaissance du cœur plus que le ciseau de l'ouvrier qui a gravé ce monogramme sacré. Il est là pour dire aux siècles à venir que Montréal, dans ses plus grandes calamités, ne doit jamais manquer de confiance dans ce nom puissant: '" Maria, O nomen sub quo nemini desperandum est " (St. Augustin.) Son front n'a d'autre ornement que la simple, mais noble inscription : " Maria, auxilium Christianorum." Tel fut toujours le cri de confiance de nos pères au milieu des épreuves sans nombre que leur ménagea la divine Providence, et telle fut aussi dans tous les temps leur unique ressource, pour se soustraire à une ruine totale dont ils furent si souvent menacés.- O Montréal ! regarde avec complaisance, lis avec joie et bonheur cette précieuse légende " Marie, secours des Chrétiens," cartes destinées sont grandes, si ta confiance en Marie répond à l'attente de ceux qui t'ont fondée. Rends-toi digne de reprendre et de porter toujours le glorieux nom de Ville-Marie. Hélas! c'est peut-être par ta faute que tu as perdu ce nom si grand, t,i doux pour nos pères. Ne te serait-il pas permis de reprendre ce premier nom qui est sacré, tandis que l'ancienne capitale du Haut-Canada s'est fait gloire de son nom de Toronto, quoiqu'il ne soit qu'un nom sauvage.
Pour qn'il ne manque'à la sainte chapelle de Bon-8ecûurs, rien de ce qui pourrait entretenir votre confiance, Nous allons y établir la pieuse Confrérie de Notre-Dame Auxiliatrice, qui lui convient si bien, et à laquelle devront s'agréger toutes les paroisses du Diocèse qui voudront lui appartenir. Par cette institution, nous voulons, Nos Très-Chères Frères, élever un monument vénérable à la piété de nos pères. Car, quand ils prirent la généreuse résolution de vouloir fonder dans le Nouveau-Monde, à l'honneur de Marie, la ville que nous habitons, ils formèrent une Association qui prit ce titre mémorable : Société de Notre-Dame de Montréal pour la conversion des pécheurs.
En érigeant à Bon-Secours la confrérie de Noire-Dame A uxiliatrice, nous voulons donc ressusciter, autant qu'il est en notre pouvoir, cette belle Société de Notre-Dame de Montréal, qui fait tant d'honneur à la foi vive de nos pères. A la place des cent associés, enrôlés dans le principe £our la conversion et la civilisation des sauvages, nous espérons réunir des cent mille associés, sous le glorieux étendard de Notre-Dame de Bon-Secours, pour détruire tous les vices et toutes les erreurs, et surtout les vices affreux de l'ivrognerie et de l'impureté, si capables de ruiner nos corps et nos âmes, et de faire notre malheur dans le temps et dans l'éternité.
Venez donc, Nos Très-Chers Frères, venez visiter avec confiance et dévotion le sanctuaire de Bon-Secours. La Providence l'a
placé au centre de cette ville, qui elle-même est le centre d'un district riche et populeux, et aussi la capitale et le centre d'une immense Province, afin que chacun y pût avoir un accès facile. Elle domine le port où abondent, chaque jour des milliers de personnes, et regarde la halle qui étale aux yeux de l'étranger la magnificence de notre ville, pour que tous puissent rendre leurs devoirs à " Notre-Dame de Bon- Secours."
Visitez-la assidûment, habitants de Montréal, qui avez le bonheur de posséder au milieu de vous ce vénérable sanctuaire. Allez-y entendre la messe en vous rendant à vos occupations ; et rentrez-y le soir après les travaux de la journée Ne passez jamais devant ce lieu saint sans saluer Marie. C'est pour vous y inviter, que Nous ferons tracer sur le portail, en lettres d'or, ces vers que nous lisons sur le porche des " trois Ave ", à Notre-Dame de Chartres :
" Si l'amour de Marie " En ton cœur est gravé, " En passant, ne t'oublie " De lui dire un Ave."
- Visitez-la, vous tous qui habitez nos paisibles campagnes, chaque fois que vos affaires vou s amèneront dans cette ville. Allez avec une confiance filiale exposer tous vos besoins et ceux de vos familles à " Notre-Dame de Bon-Secours." Allez lui demander le succès des affaires qui vous obligent à venir ici, et n'oubliez pas de vous recommander à elle, pour qu'elle vous aide à remporter chez vous le précieux trésor de votre innocence. En faisant vos marchés sous les yeux de Marie, -le "Secours des Chrétiens," gardez strictement les règles delà sobriété, de la justice et de la piété. Retournez ensuite en paix dans vos heureuses demeures, et que l'on n'ait pas la douleur de rencontrer sur les routes du marché aucun d'entre vous dans un état d'ivresse.
Visitez-la, pieux navigateurs, qui courez tant de dangers sur ce fleuve, qui déroule si majestueusement ses eaux aux pieds de " Notre-Dame de Bon-Secours," comme pour inviter à aller vous recommander à elle, chaque fois que vous quittez le port ou que vous y rentrez. Regardez-là, cette sainte chapelle, chaque fois que vous le traversez. Dans les dangers, jetez les yeux sur cette étoile de !a mer, et invoquez Marie : elle vous préservera du naufrage. Resfiice Stellam, voca Mariam.
O, chers navigateurs, qui êtes exposés à tant de dangers sur les eaux, c'est pour vous, et pour vous remplir d'une juste confiance en " Notre-Dame de Bon-Secours, que Nous ferons exposer sur la façade qui donne sur le St. Laurent, une statue pour remplacer un ancien tableau qui autrefois avertissait les voyageurs que Marie était là pour les protéger. Sa tête sera couronnée d'une inscription semblable à eelle qui ornait autrefois les statues placées^comme des sentinelles, aux huit portes de Chartres : " Marianopolis Tutela." Aux pieds, on lira cette autre, qui se voit encore sur une des Madones de Gênes; " Posuerunt me custodem :" par laquelle la Ste. Vierge elle-même avertit tous ceux qui entrent dans cette grande ville, que les citoyens de cette superbe cité l'ont choisie pour leur gardienne.
Association des Etablissements Canadiens des Townships.
, Lettre Pastorale, 17 Juin 1848.
L'objet de la Lettre que Nous vous adressons aujourd'hui, Nos Très-Chers Frères, est de vous recommander une Association qui vient de se former, pour encourager l'établissement des Canadiens dans les Townships.
Cette société vous offre le double avantage de pouvoir vous établir à des conditions très faciles sur de bonnes terres et de vous procurer, en même temps, les secours de la Religion. Son intention principale est même d'appliquer à la bâtisse des Eglises, Presbytères et Maisons d'Ecole et au soutien des Missionnaires les fonds qui sont mis à sa disposition ; car elle est bien convaincue qu'il faut à nos bons Canadiens des Eglises et des prêtres ; et que pour eux le plus doux bonheur est de voir le clocher de la paroisse et d'entendre le son harmonieux de la cloche qui appelle aux saints offices.
Le moyen qui a été jugé le plus efficace pour opérer un si grand bien est le même que celui usité dans l'Association de la Propagation de la Foi ; parce que d'abord vous y êtes accoutumés, et qu'ensuite il est facile et à la portée des pauvres comme des riches. Les deux Associations vont, comme vous le voyez, Nos Très-Chers Frères, marcher dans la même route, parce qu'au fond elles doivent avoir le même résultat.
Elles vont se donner la main et s'embrasser avec amour, parce qu'elles sont sœurs et filles de la divine charité, qui d'une main portera secours aux domestiques de la foi, et de l'autre répandra ses trésors dans les pays infidèles pour convertir à la Religion et civiliser les pauvres Sauvages.
Sous ce rapport, " l'Association des Établissements Canadiens des Townships,." est une œuvre de foi, quoique, sous un autre rapport, elle doive être considérée comme une affaire temporelle, puisqu'il s'agit de procurer des terres à nos compatriotes. Quoiqu'il en soit, elle ne saurait, sous l'un et l'autre rapport, être étrangère à la Religion ; car tous les jours nous demandons à notre Père céleste notre pain quotidien, et c'est Jésus-Christ lui-même, Nos Très-Chers Frères, qui nous a enseigné à prier ainsi.
Lorsque, ne formant qu'un cœur et qu'une âme, vous entreprîmes cette bonne œuvre, (placement des orphelins irlandais), notre intention fut, comme vous vous le rappelez bien, N. T.-C. F., de chercher avant tout le royaume des cieux, selon le commandement que nous en fait notre Seigneur Jésus-Christ. Néanmoins nous avions foi à cette parole, sortie de sa bouche : " et tout le reste vous sera donné par surcroit." Pleins de confiance dans son infaillible promesse, nous lui demandâmes humblement trois grâces publiques dont nous avions grand besoin, savoir, " 10 de conserver avec soin, par notre bonne conduite, l'héritage de nos pères ; 20 d'apprendre à cultiver avec intelligence cette " terre si fertile que nous a léguée le père de la grande famille, pour la part de notre héritage : 30 enfin de trouver moyen d'exercer notre " industrie et de gagner notre vie dansie sein de notre patrie, sans être dans la nécessité d'aller chercher fortune à l'étranger."
Oui, Nos Très-Chers Frèras, pendant que vos mains bienfaisantes recueillaient ici-bas l'enfant pauvre, sans père ni patrie, le Père des pauvres, qui règne là-haut, ouvrait ses mains pleines de bénédictions pour vous donner largement " le surcroit évangélique " promis à tous ceux qui cherchent avant tout le royaume des cieux. Car ce fut alors, si vous y faites bien attention, que descendit du ciel une de ces bénignes
inspirations, que Dieu donne à la terre, quand il veut lui faire miséricorde ; et ce fut cette pensée qui fût comme le germe de la nouvelle Association dont l'objet est de rendre au centuple ce que vous avez fait pour de pauvres étrangers ; car donner aux pauvres c'est prêter à Dieu qui rend toujours avec de gros intérêts. A la vérité, cette association n'est encore, comme toutes les bonnes œuvres qui commencent, qu'un grain de sénevé. Mais bientôt elle sera, nous l'espérons, uu grand arbre qui couvrira de son ombre rafraîchissante, des milliers de cultivateurs infatigables, et qui portera sur ses branches et nourrira de ses fruits délicieux les vrais amis de leur pays.
Considérons, Nos Très-Chers Frères, par quelles voies admirables le Père céleste veut vous récompenser au centuple et vous assurer " le surcroit évangélique." Vous avez adopté quelques centaines d'enfants étrangers et partagé avec eux la douceur de votre patrie. En récompense, la divine Providence suscite une association dont l'unique but est de procurer à des milliers d'enfant de la patrie les moyens de se fixer sur le sol natal. Cette société a négociée avec le gouvernement et la Compagnie des Terres, ainsi qu'avec de grands propriétaires, pour obtenir des concessions gratuites, ou à des prix très réduits. Elle sollicite des octrois d'argent pour faire faire des chemins. Elle se procure des renseignements certains sur la qualité des terres à acquérir ; eile donne des directions à tous ceux qui veulent aller explorer par eux-mêmes les lieux. Elle prévoit et lève les difficultés sans nombre que rencontrent nécessairement des colons dans de nouveaux établissements ; elle veille soigneusement à ce que de bons titres soient passés à ceux qui remplissent exactement leur engagement. Enfin elle mettra tous ceux qui aiment le travail en état d'établir avantageusement leur famille.
Vous avez donné un verre d'eau froide à un pauvre peuple étranger, quand, dévoré par l'ardeur d'une fièvre brûlante, il aborda vos rivages. En récompense la Divine Providence vous offre de vastes forêts qu'ombragent des chênes antiques, que la hache a jusqu'ici respectés ; de riches vallons qui reçoivent depuis des siècles la rosée du ciel et la graisse des montagnes ; de nombreuses rivières qui promènent leurs eaux fécondes à travers des plaines immenses et de riantes collines. Ces épaisses forêts n'attendent plus que vos bras vigoureux pour s'abattre et se changer en jolis villages et en riches cités. Ces fertiles vallons promettent de vous rendre au centuple la semence que vos mains laborieuses doit jeter dans leur sein. Ces charmantes rivières vous offrent de nombreux pouvoirs d'eau et attendent avec impatience le moment où des spéculateurs industrieux iront y déployer leur intelligence en les couvrant de manufactures et de moulins.
Retenons chez nous ces milliers de jeunes gens qui, chaque année, nous échappent pour aller abattre les immenses forêts de nos voisins. Vous connaissez les spéculations qui enrichissent ces industrieux voisins ; et comment, en nous apportant leurs produits qui dnt coûté tant de larmes et de sueurs à nos infortunés compatriotes, ils nous enlèvent nos hommes et notre argent
Pourquoi n'exploiterions-nous pas comme eux nos richesses territoriales ? Pourquoi ne demeurerions-nous pas ensemble dans le sein de notre heureuse patrie puisqu'il y a encore place pour des millions d'habitants? Pourquoi nous séparerions-nous, pour aller errer sur une terre étrangère, pendant qu'il y a pour nous des frères bien unis et tant de bonheur à vivre ensemble. " Ecce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum." Pour opérer tant de bien, encourageons '* l'Association des Etablissements Canadiens des Townships," et mettonsla en état de remplir sa sublime mission.
Nous prenons respectueusement la liberté de vous la recommander cette Association à vous hommes d'état ; et Nous vous prions de vous rappeler que le peuple qui vous a portés au pouvoir, pour assister de vos sages conseils le Représentant de Notre Auguste Souveraine, dont les dispositions bienveillantes pour la Province confiée à son administration vous sont si bien connues, sut mettre en pratique, dans les guerres de 1775 et de 1812, le vieil adage du pays : " Mon âme est à Dieu et mon corps au Roi " Puisqu'alors ses bataillons protégèrent les frontières et repoussèrent l'ennemi commun, il est juste que sa charrue laboure, en temps de paix, une terre que son épée a défendue avec tant de courage et de succès pendant la guerre. Assurément l'amour et la reponnaissance de ce peuple pour un gouvernement qui le traitera en père et lui donnera un héritage de famille seront des fortifications plus imprenables que les murailles les plus épaisses et les tours les plus élevées. Vos largesses vont fermer les plaies qu'ont fait au cœur de ce peuple, de tout temps si fidèle à son gouvernement, les tristes événements de 1837 et 1838.
Vous la favoriserez cette Association, vous,- riches et honorables citoyens de cette ville, qui comprenez combien elle est amie du pays, et qui faites consister la gloire de votre cité, non dans la somptuosité de ses édifices, mais dans les habitudes morales de son peuple.
Vous la favoriserez aussi, vous pauvres et infortunés compatriotes à qui le Seigneur n'a pas encore départi les biens du monde, car c'est à vous que cette bienveillante Association tend aujourd'hui une main secourable et c'est pour vous procurer les moyens de vous fixer avec avantage sur votre sol natal que tout le pays va se lever en masse comme ne faisant qu'un homme. Vous ferez bientôt, nous l'espérons, la gloire de la société, par votre sobriété, votre amour du travail, votre intelligence dans l'agriculture- et vos vertus patriarcales.
Vous la favoriserez cette Association, vous pères et mères de famille, qui recueillez les abondantes bénédictions promises aux anciens Patriarches, et qui avez tant de consolations à pouvoir compter, autour de vous, vos nombreux enfants jusqu'à la troisième génération. Pour les retenir tous auprès de vous tant que vous avez pu, vous, avez divisé et subdivisé les terres que vous ont léguées vos ancêtres. Mais, hélas ! depuis longtemps ces terres ne peuvent plus les contenir tous et il leur a fallu s'arracher aux bras de votre tendresse. Depuis que ces chers enfants sont séparés de vous, les larmes ainères que vous avez versées, les cruelles inquiétudes que vous avez éprouvées, les longues nuits que vous avez passées sans dormir, les tristes nouvelles qui quelquefois vous ont appris leur mort funeste, sans la consolation des derniers sacrements de l'Eglise, vous disent plus éloquemment que nous le précieux avantage qu'offre l'Association à toutes les bonnes familles qui sentent le bonheur qu'il y a de vivre ensemble.
Vous la favoriserez cette Association vous, enfants bien-nés, qui avez sucé avec le lait l'amour filial, et qui avez appris à ne vivre que pour vos bons parents qui de leur côté ne travaillent et ne vivent que pour vous : car vous sentez tous, nous n'en doutons pas, quel bonheur ce s^ra pour vous de pouvoir établir vos familles à la porte du toit qui vous a vu naître ; de pouvoir, de temps en temps, voir ce toit chéri qui vous rappelle tous les doux souvenirs de l'enfance ; de pouvoir participer aux joies innocentes des fêtes de la famille, avec des frères et des sœurs, des voisins et des amis<que vous ne sauriez jamais oublier ; de pouvoir porter et présenter aux embrassements de vos vieux parents vos jeunes enfants, fruits de votre unioii'avec des épouses vertueuses et justement chéries.
Vous la favoriserez cette Association, vous jeunes gens, à qui le Seigneur s'est plu à accorder les richesses de l'éducation. Vous allez devenir les patrons de vos compatriotes qui sont privés de ce précieux avantage, en imitant le bel exemple des enfants de famille de la célèbre ville de Lyon. — Entre les intéressantes et nombreuses institutions qui ornent cette antique cité, il en est une qui touche singulièrement l'étranger, et qui nous a frappé lorsque nous l'avons visitée. C'est une association de ieunes gens de bonne famille qui adoptent et patronisent des enfants pauvres, et ne les abandonnent point qu'ils ne soient capables de gagner honnêtement leur vie.
Nous la favoriserons surtout cette Association, nous tous ministres du Seigneur : car, il nous semble qu'elle doive être spécialement notre œuvre. Chaque année nous avons eu la douleur de voir des milliers de jeunes gens abandonner nos villes et nos campagnes. Hélas ! il le fallait bien, puisque la patrie ne pouvait les nourrir, quoique le sol natal fût encore couvert d'immenses forêts, et que des milliers d'acres de bonnes terres restassent incultes. Nos joues se sont bien des fois couvertes de larmes, et nos cœurs ont été vivement saisis d'une juste douleur en voyant partir pour l'étranger ces chers enfants, nous qui les avons régénérés en Jésus-Christ dans les eaux du baptême, qui les avons dirigés dans la science du salut, en leur apprenant à connaître que Dieu pouvait seul faire leur bonheur, et que pour cela ils devaient toujours l'aimer et le servir : qui les avons nourris du pain sacré qui fait les forts, pour leur faire faire heureusement le grand voyage de la vie.