LES TABLEAUX RELIGIEUX
F1G.460. — Van Dyck -Guillaume II,
Prince dOrange, et sa jeune fiancée
(Ryksm iiseum, A msterdam.)
(Cliché liruckinaiin.)
Berlin (fig. 454), qu'il peignit peu de temps après son retour d'Italie.
La tonalité du tableau d'Anvers est pâle, mais froide ; dans celui de Berlin, les dernières clartés du soir dorent encore les nuages ; le ciel et la lumière semblent aussi éplorés que l'humanité.
Quand Van Dyck vint pour la seconde fois, en 1632, en Angleterre, il y travailla pour le roi et pour les familles de la plus haute noblesse. Une nouvelle transformation s opéra dans sa manière.
Pour beaucoup de ses portraits, il adopta un ton gris et sourd, et il lui arriva souvent de les brosser largement, avec une désinvolture et une hâte fébriles. Mais son art n'avait pas baissé ; au contraire, il s'était élevé et affiné encore. Beaucoup de ces portraits de la période anglaise comptent parmi les chefs-d'œuvre de la peinture. Ainsi son Charles I' à la Chasse
(fig. 453) du Musée du Louvre , .
peint vers 1635. C'est bien là ce prince infortuné, l'élégance incarnée, épris d'art et de luxe, qui conçut la vie comme une fête jusqu'au jour où il tomba victime de son caractère arbitraire et de sa fantaisie autocratique. Le grand artiste peignit plusieurs fois les Enfants Je Charles F^ (fig. 456) et toujours avec un tel bonheur que l'on ne saurait auquel de ces groupes donner la préférence.
Le plus célèbre pourtant est celui que possède le Musée de Turin et qui fut peint en 1636 : adorable groupe ; les augustes enfants s'y montrent pleins de dignité et de candeur; ils portent leurs superbes robes
Fig. 4O1. — GÉRARD Zeghers
Lk Songe dk Saint Joseph.
(Gand, MusiC.) (Cliché Lévy.i
i L isonr
Fn;. 4Ô2. — Gkhari) Zkoiiers.
Marik kt i/Knkant Jksi s.
(Slusie de Vienne.) (CliKhe liruckmann )
de hinc, cJc vcl^Hirt cl (J'aij^rni, commr »i c étûil Irur cf^tlurnc lial)ilur|. et. maJf^c leur lang royal, ce »onl bien avant tout ci<*» rnfanli. I^ nombre drs jK^r- Irait» (\a\\ exécuta jxjur I an locratic anglaise ctt incalculable.
Cfiarjuc année nous en rcfvclc (^ui claicnt rts'es inconnus. Il y a quelques annect, Lord Lucas en exposa neuf à la National Cùallery de Londres, dont on ne soupçonnait pas l'cxistencc. Dans la merveilleuse série dis portraits de la haute noblesse, nous citerons celui 1 de I hoinws de Savoie (fi^. 458), peint en 1634 a Bruxelles, aujourd liui au Muse'e de Berlin : un personnage débordant de vie et de jeunesse, traité en une chaude tonalité bleuâtre avec un éclat éblouissant répandu sur sa cuirasse ; celui des Lords John et Bernard Stiiart (hg. 439). deux frères, cousins du roi Charles 1". peints en 1638, deux jeunes hommes d'une élégance et d'une distinction hors ligne. Et pourtant \^an Dyck parvint à la hn de ses jours a afhner encore sur tant d'aristocratie, à marquer et à parer ses charmants modèles d'une suprême auréole de grâce et de chevalerie. Cette pureté de goût et cette délicatesse de sentiment trouvent leur plus touchante incarnation dans le portrait de Guillaume II, Prince d Orange, et de sa jeune fiancée (hg. 460), au Ryksmuseum d'Amsterdam.
Van Dyck fut aussi un dessinateur sans pareil ; ses esquisses pour ses tableaux étaient de simples croquis , mais ses dessins plus
FIG.4Ô3. — GÉRJ^RD ZeoHERS.
Le Mariage de la Vierge.
'Musée dWuyers.) (Cliché Hermarif-f
GERARD ZEGHERS
FlO. 4Ô4. — GÉRARD ZeGHKRS. — ADORATION
DES Bergers.
rA/Ms<?e de Cassel.) (Cliché Ilanfstacngl.)
poussés sont des chefsd'œuvre de verve et de coquetterie, et ses eauxfortes, quoique d'ordinaire inacheve'es, sont également admirables par leui grâce el leur vivacité primesautière.
Les autres élèves d( Rubens, moins doués que Van Dyck, ne surent pai conserver comme lui leu originalité. Nommons d'à bord les peintres d'histoire Le premier dans rordr( chronologique et aussi pa le mérite est Gérard Zeghers (Anvers, 1591-1651). A son retou d'Italie, en 1620, ses jeunes œuvres se ressentaient fortemen des naturalistes italiens du XV il' siècle. Ainsi le Songe de Sain Joseph (fig. 461) au Musée de Gand et Marie et F Enfant Jésu. (fig. 462) au Musée impérial de Vienne ; mais en quelque: années il abandonna le style méridional pour celui de Rubens En 1645, il déclara même à Sandrart, le peintre et historien allemand, que le genre de Rubens et de Van Dyck jouissait d'une telle vogue qu'il était impossible de plaire si on ne l'imitait pas. 11 suivit donc jusqu'à la fin de sa vie la manière du plus grand des maîtres. Les œuvres exécutées sous sa domination sont solides, pondérées et égales. La meilleure est le Mariage Je la Sainte Vierge (fig.
463) du Musée d'Anvers. Ce sont des figures d'allure grave et sereine non dépourvues de distinction dans la physionomie et l'attitude, traitées dans une harmo-
FiG. 465. — Corn. Schut.
Le Martyre de Saint Georges.
(Auvcn:, Miisi'c.) (Cliché Hcrmans.)
/ LASnUE
Fro. 466. — C, ScHUT. — Le 1 rkjmpmk oc Tkmps. (Stiisée Impérial de Vienne.) (i'Ai*:he .1. l.irwy.f
niruftc Kammc de cou- |rur« opulmlrt. I^aucoup d c^hici rcnlcrmcnt dct Qtuvrcs de ce genre.
Je croi» pouvoir al tri - Ijurr à Zegher» une /hloralion Jc^ licrgcrs (fiiç. 464) au Musée de Cassel. L'œuvre est manifeslemrnt duc aux {Pinceaux d un maître de 1 e'fxx^ue et de l'école de Rubens : Zeghers me semble réunir le plus de titres f>our pouvoir la réclamer. Le mélange de vanété sans apprêt et de charme naturel, la souplesse du mouvement, la nchesse et l'harmonie du colons sont des mérites que nous trouvons souvent chez lui. mais qui se rencontrent ICI à un degré plus élevé que d ordinaire.
Les œuvres de Corneille Schut (Anvers. 1597-1655) procèdent directement de Rubens. Il semble avoir visité l'Italie ; parmi les sobriquets que portaient nos peintres a Rome, le sien figure. A Anvers, il jouissait d'une grande considération dans son entouréige, au point que Rubens le choisit en 1635 pour exécuter le panneau central de la " joyeuse Entrée du Cardinal- Infant", dont lui-même peignit les deux compositions latérales. On chargea aussi Schut de l'exécution d'un des quatre tableaux du maîtreautel de l'église des Jésuites, dont Gérard Zeghers peignit le second et Rubens les deux autres. Ce tableau, F Invocation de la Vierge, est un de ses
chefs-d'œuvre; le Martyre de ^ig. 4Ô7. — Théod. Vas Thilden. Saint Georges (fig. 465), au Les Pays-Bas rendant hom.h..ge a AUrib. - - ^ j, ^ ^ (Musée Impértjl de \ lentie.)
Musée d Anvers, en est un (ciiché Bruchmann.) . 238 :
THÉODORE VAN THULDEN
l'iCi. 4G8. — AiJKAHAM \'.\N l):i:i'K.NHr.i.ki:
Neptune et Véms.
(Musée de Dresde.) (Cliché liruckmaiin.)
autre. Celui-ci contraste fortement avec le Mariage Je la Vierge de Zeghers, auprès duquel il est placé. Tandis que l'œuvre de Zeghers est sereine et fervente, celle de Schut est agitée, théâtrale, visant aux effets de couleur et de lumière. Malgré sa composition incohérente et son coloris peu harmonieux, le Triomphe du Temps ((ig. 466) du
Musée Impérial de Vienne est pourtant une toile fort décorative. Théodore Van Thulden (Bois-le-Duc, 1606-1676) entretint des rapports plus étroits avec Rubens que les deux artistes précédents. Il alla travailler à Pans, puis collabora aux décorations exécutées pourl* " Entrée du Cardinal-Infant à Anvers ", et à celles delà Maison au Bois " près de La Haye. Van Thulden s'assimila le style décoratif de Rubens ; il lui emprunta ses amples draperies, la puissante élégance de ses nus, surtout les chairs veloutées de ses corps de
femme ; mais il ne sut pas retrouver la robustesse des membres de son maître et, à leur musculature solide, il substitua des formes molles et inconsistantes. C'est vers le milieu du siècle qu'il fit preuve de plus d'originalité.
Ses tableaux de la Salle d'Orange, dont l'un, les Trésors du Brésil, est daté de 1651 ; ceux du Musée Impérial de Vienne, dont l'un, les Pays-Bas rendant hommage à Marie (fig. 467) porte le millésime 1654 ; un autre, le Retour de la Paix,
Fig. 469. — Franc. Wolters.
Diane au bois.
(Vienne. Musùe Impérial. I (Cliché lirttckmann)
l'Ki. 47"- ' i'iKi'MK San i-iM.
L'Étang dk bKiifSAÏDE.
(Musée tmpùrial Je Vienne f (('tiché Ijxwyt
h'LANnni '-
i\r 1655 : \r% vitraux dr la Chapelle cJc la V^icrgc 11 Sainte' Gudulccie Bruxcllc*.
' '•% par lut et , • ...: , sur vcrrr par Jean de la Barre, comptent parmi %ct meilleur» ouvrajçe».
Abraham V^an Diej>enbcelcc. également ne a Boisle- Duc en 1 596. vint à Anvers en 1623 et y mourut en 1675. Il se pre'sente comme un «irtiste de goût et de mérite, mais sans grand essor ou re'elle puissance cre'atnce. Dans ses compositions mythologiques, il s éloigne notablement de ses œuvres religieuses, et il s y montre un fervent interprète de la beauté féminine, très sensuel et même très païen. Ainsi, dans son Acp/unc e/ Kénu5 de Dresde (fig.466). dans la Fuite de délierai Berhn et au Louvre, dans D/ane ai;ec 5e5 Nymphes et des Satyres a Stockholm. On le recherchait aussi comme portraitiste.
Erasme Quellin est un autre des disciples et des collaborateurs de Rubens (Anvers, 1607-1678). Il fut son aide et jusqu'à un certain point son serviteur. Quand Rubens cessa, en 1637, de dessiner
pour l'imprimerie de
Plantin. Quellin reprit sa tâche, d'abord sous la direction de son maître, puis de sa propre initiative.
Après la mort de Rubens, il le remplaça comme peintre des arcs de triomphe édifiés pour les fêtes de la ville d'Anvers.
Il possédait toute , ,. ,,
,,, , .. , y PiG. 471. — Jean ^ an Bockhorst
1 habileté que 1 on h erse se rendant au temple de Minerve.
peut acquérir à bonne < Musée impérial de Vienne.} (Cliché Uewy)