LES PEINTRES DE LA SOCIETE RICHE
Tiu. 514. — David N'inckf.boons.
RkH.MKSSK VIl.l.AOKDISE.
(Musce d'Aiii'cni.) (Clichc Hcnimns.)
n'exécuta que des peintures de format réduit.
Il est difficile de distinguer les œuvres de François II de celles de François le Rubénien ".
Ils montrent Tun et l'autre la même vivacité de colons un peu dure. En somme, les dates seules que portent les œuvres permettent d'établir en toute certitude qu'ils sont de l'un plutôt que de l'autre.
Le Musée Impérial de Vienne possède un Sabhal de Sorcières de 1607 ; le Musée de Hambourg, un Passage Je la Mer Rouge de 1621 ; celui de Madrid, un Ecce Homo de 1623 ; celui de Berlin, une Vue d'église de 1624, tous quatre attribuables à François II. Le Christ en Croix de 1654, appartenant au Musée d'Augsbourg, est l'œuvre du " Rubénien ".
Sébastien Vranckx (1573-1647) fait également partie du même groupe, quoiqu'il soit un peu antérieur aux autres artistes et de style un peu plus suranné, c'est-à-dire de ton plus brillante et plus dur. 11 travailla, de 1597 à 1600, à Rome et rentra ensuite à Anvers. Il peignit des intérieurs, des kermesses, des batailles, des paysages avec figures, toutes inventions agréables à voir, remarquables par leur facture soignée, leur coloris chatoyant, l'intérêt de leur sujet (fig. 516). Un de ses élèves, Pierre Snayers ( Anvers 1592 - Bruxelles 1667) a été notre plus grand " batailliste ". Il était le peintre ordinaire de nos souverains ; Philippe IV, le Cardinal-Infant et l'archi-
Kiti. 5i5. — Fhani.ois Kranckkn II.
L KmAM PROOMiUF..
(Musée de C.iirlsruhc.) (Clichc liruckmann.}
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FiG. 5i6. — Sébastien Vranckx, — Paysage.
(IHnaculhùque de Munich.) (Cliché Uruckm.mnJ
duc Léopold-Guillaume et, en cette qualité, il dut illustrer leurs campagnes. Il peignit des batailles (hg. 517). des sièges et aussi des chasses. 11 narrait avec verve, s entendait a concentrer les masses grouillantes, parait ses pittoresques figurines des plus radieuses couleurs et rendait avec une justesse remarquable les divers plans de la perspective. Au groupe des peintres de batailles se rattachent : les Anversois Corneille De Wael (1392-1662). Pierre Meulener (1602-1654), Robert Van Hoecke (1629-1668). le Bruxellois François Van der Meulen (1632-Paris 1690). Ce dernier fut le plus jeune et le meilleur d'entre eux. Il hit lëlève de Pierre Snayers : il avait la vivacité de couleur et les figures vivantes de son maître: il le surpassa même pour l'éclat du coloris. En 1665, Louis XIV l'appela à sa cour. Il évoqua, avec succès, le Roi en campagne ou a la chasse (fig. 518).
D'autres de nos petits maîtres encore se firent une spécialité. D'aucuns se rendirent en Italie et s'y établirent pour s'y consacrer de préférence à l'étude des paysages et des mœurs populaires.
Tel fut le cas de Guil-
FiG. 517. — Pierre Snayers. — Bataille. (Musée de Dresde). (Cliché Bruckmann.)
BATAILLISTES " ET PAYSAGISTES
Im
5i8 — François Van der Mkulen.
Le KDl L()i:iS XIV A VlNCENNKS.
(Musûe de bresdc.) (Cliclw Hruckmanit )
laume Van Nieulant (Anvers 1 584 - Amsterdam 1635), qui prodigua des vues de villes italiennes parfois assez médiocres.
Jean Miel (1599-1664) fit de même, mais avec plus de talent et de facilité. Sa mise en page était plus séduisante, sa facture plus savoureuse. Il peignit aussi des figures pour les tableaux de Claude Lorrain et de Jean Both.
Antoine Goubau (Anvers, 1616-1698) reproduisit des vues de Rome avec une tonalité aimable et d'innombrables personnages campés avec verve et mouvement. Pierre Van Bloemen (Anvers, 1651-1720), tout comme Miel, perdit en Italie son coloris flamand. Sa palette se ternit et s'assombrit. Il fut le plus italien de ces transfuges, mais il n'en fut pas meilleur artiste pour cela.
D'autres peintres s'appliquèrent a la représentation du monde élégant : Christophe-Jacques Van Der Laenen (Anvers, vers 1615-1658), son élève Jérôme Janssens (1614-1693) et Balthasar Vanden Bosche (1681 -1 71 3).
Gonzales Coques (1618-1684) aussi peut être considéré comme un interprète du monde élégant ; mais , au lieu de le présenter en des assemblées de gala, il peint d'après nature les gens de qualité dans la simplicité de la vie de famille. Ses gracieuses figures font songer aux plus grands maîtres. Le cadre qui les entoure rappelle leur condition aris-
. .• r^' 1 L • 1 FiG- 5lQ. — GONZAI.ÈS COOI'ES.
tocratique. C est bien leur ,,
château ou leur jardin rMu^cc WalLicv, Londres.) «:iulic Mansdl.} 2()3
I L/iSUi\t
VlQ. 520, — COQI'ES. — PORTBAIT DE FAMILI.K
(Musi^c de hresde.) iCHchi Hriickmann i
<\\i on voit ddfi» jr lointain et non point un dc'c'jr qurlajnrjur. Ku:n fl affecte, de factice dam CfHc elejçance. l'Jle etl la nature même. Auftsi (jon/alès Ox^ue« louisait-il d'une trè» haute faveur chez N-s pnnce» et h-s grands seigneur». On lui doit des comfKjsitions allcgonques, comme la Cinq sens. II rcpr<'xluiiit encore des cabinets ou des galeries de tableaux. Mais ses œuvres les plus originales demeurent ses portraits de famille. On en rencontre dans nombre de musées. Un des plus remarquables est celui du Musée Wallace, de Londres (fig. 5 1 9), traité dans une gamme superbe de tons dune telle chaleur qu'on les dirait imprégnés d'argent et d'or. Le Musée de Dresde possède un autre de ses chefs-d'œuvre (fig. 520). Ces jeunes gens de Coqueces fils de bonne maison, font songer aux jeunes lords de \ an Dyck. Ce n'est donc pas sans raison qu on l'avait appelé le petit \ an Dyck. Après ces historiographes du grand monde, voici enfin les chantres de rustres, des petites gens. Ces humbles a la vie laboneuse et précaire, aux défroques usées et rapiécées, fournirent aux peintres des sujets savoureux et inépuisables, et certains de ceux qui nous montrèrent des scènes populaires dépassèrent infiniment les artistes mondains.
Le premier qu'il nous faut nommer est Adrien Brouwer, un des plus merveilleusement doués de chez nous. Il semble né à Audenarde en
Flandre, en 1606; il se
j-, j I I l-iG. 521. — Adrien Bbolwer.
rendit de bonne heure
, , Cabaret ue village.
en Hollande, et, s il n eut (Muscc iAmsterdam.) (CUche Brtickmann.)
2(iJ^
- ADRIEN BROUWER
TiG. 522. — A. Bkol'wkr. — La Rixk.
(MusH' de Dresde.) (Clichc liruckniaiin.)
point Prans Hais comme maître, au moms lui emprunta-t-il sa facture alerte et son radieux coloris. En 1632, il retourna dans sa patrie et s'établit à Anvers, où il mourut en 1638. Il n'était donc âgé que de trentedeux ans, ce qui ne l'a point empêché de peindre des centaines de chefsd'œuvre. Sans doute, ils sont de dimension réduite et brossés avec rapidité,
mais c'est justement à la spontanéité de leur travail qu'ils doivent leur principal prestige. Il semble que Brouwer ait poussé à la gageure le mépris du genre adopté par ses confrères des Pays-Bas du Sud ; jamais artiste ne peignit drôles moins recommandables. Ce sont bien des campagnards, mais non point de saines et robustes natures rurales fortifiées par le travail, halées par le soleil, sommairement, mais proprement vêtues de la blouse bleue ou de la camisole rouge, vaquant aux rudes travaux des champs ou se trémoussant avec turbulence dans le brouhaha des kermesses. Non ; ceux de Brouwer sont des magots d'épais visage, trapus et engoncés, aux courtes jambes
torses, affublés de guenilles dont on ne discerne pas plus la coupe que la couleur. Nous les surprenons buvant, fumant ou se battant dans un bouge aussi sordide qu'une étable ; ils sont mornes, abrutis, affalés et ne s'éveillent que pour hurler, se démener comme des possédés ou des épileptiques. Ils sont ignobles, sans doute ! Mais leurs haillons flottent si capri-
FiG. 523. — JossE Van Graesbeeck.
Un Cabaret de village.
(Muscc Impérial de Vienne.) (Cliché liruckmann )