‹ FlandreChapitre 17 sur 173 · M IN! A JURES · texte numérisé non relu

M IN! A JURES

date, un même art se développait dans les Flandres et dans les provinces du Nord de la France. Pans était pour la mmiature un centre artistique commun aux deux pays.

Peu à peu cependant la Flandre se séparera de la France pour exceller de plus en plus dans cet art. Les miniaturistes ne sont plus des clercs ou des moines, mais des

Fio. 67. — Retaiu.e de Hakenoover.

[Musi'L' des Arts Dec. Bruxelles.)

(Cliché Neitckens.)

laïques qui travaillent pour les princes et les grands seigneurs. Le plus ancien manuscrit de cette époque portant une date que notre pays puisse revendiquer est la Bible exécutée en 1248 dans le couvent des Frères de la Vie commune à Léau. Nous en avons déjà reproduit une lettre (fig. 1 3). Une autre lettre nous représente Job, sa femme et ses amis (fig. 71). La scène est indiquée fort clairement en quelques traits. Les enluminures d'un Psautier appartenant à la Bibliothèque de Bruxelles caractérisent avec netteté le style de l'époque. Dans une A doration des Mages (fig. 72), les visages sont indiqués en quelques traits nettement tracés. L'encadrement contient de savoureuses figurines et des scènes empruntées à la vie quotidienne. C'est un véritable joyau tout imprégné de réalisme flamand.

Nous savons en quelle année et quel endroit fut exécuté l'antiphonaire f,^. ^g. - Reiabi.e de Claude de Vili.a.

appartenant à présenta \Mu&ée de HruxàL&.i (CHche Seuckens.)

ri. AN DHL

FlG. 69. — EûLISK DE LitRHK. — Le JUBÊ.

M. I i'f.ry YatrtThomp- Min. 11 portr rcttc intcnption Ijvrc de

1 Lglisc '1' il liicnhcu- TVUtC Mari'- '!'• Ii<-aUpré, Icfjucl fui rtril t'ti 1 an 1290 après la naissance flu Chnst ". Un A orne (fij?. 73) divii^ en deux parties prcfsente dans le comparlimenl supérieur la Résurrection du Chnst et, dans celui de dessous, les Saintes lemmes au tombeau. La marge porte deux portraits, peut-être les tout premiers dessinés d'après nature pour un ouvrage de ce genre.

Les manuscrits destinés a de riches zibbayes. a des pnnces ou à d'autres grands seigneurs sont d'une calligraphie plus soignée, et les miniatures sont exécutées par des mains plus expertes. Ainsi, dans Y Histoire <d' Alexandre, écnie vers 1250, ayant appartenu a Charles de Croy, comte de Chimay, et qui se trouve à présent a la Bibliothèque Royale de Bruxelles (11040), le miniaturiste montre plus de verve que de style. Dans un combat dans lequel .Alexandre le Grand tue le roi Agis (hg. 74).

il passe comme un souffle épique.

Tout en s'affinant, le même style se prolonge durant la majeure partie du XIV siècle. En 1 522, Henri de Saint- Omer et Guillaume de Saint-Quentin exécutèrent pour l'abbé de Saint- Pierre, à Gand. un cérémonial avec quantité de miniatures, dontune.de plus grande dimension, représente le Christ en Croix et les Saintes Femmes au tombeau. L'expression y est admirablement rendue (hg. 73). Fi<^ 7o. - Le Tombeau de Jean

V 1 •^ 1 1 DE Meus ET DE SES DEUX FEMMES.

Au cours du Xl\ - siècle, les ou- ^^^^^^^ jAntoing.)

vrages d'histoire et de littérature se (CHché seuckens.)

MINIATURES

FiG. 71. — La femme et les amis

D K Job.

(liiblc. Sciiiiiiiiire de I.iépc.)

(dlichù Jan^sois.)

multiplient. La Bibliothèque Royale de Bruxelles en possède un grand nombre. Nous empruntons à une Légende T)orée {n 9225) faite pour les Chartreux de Ziethem, près de Diest, cette double vignette de la vie de Saint Brandan(fig. 76). Les figures sont dessinées à la plume sur un fond d'or à carreaux de couleur; les personnages mêmes n'ont pas été coloriés ; la perfection du dessin n'en apparaît que mieux.

Li ArsJ' Amour, un autre ouvrage de la même époque et de la même collection (n" 9548), fut exécuté pour Charles de Croy et contient des scènes réalistes.

Voici un Fauconnier chevauchant

dans la campagne avec ses chiens (fig. 77). A la même collection (n" 1 3076) appartient encore une chronique de Gilles le Moysis, provenant de l'abbaye Saint- Martin a Tournai, exécutée pour

, l'abbé Egide, qui mourut en 1352.

Une des vignettes représente la Peste de Tournai en 1349 (fig. 78).

La scène est pleine de mouvement et admirablement composée.

C'est en ces temps que les miniaturistes du pays de Liège et du pays wallon en général produisent leurs plus remarquables ouvrages. Durant la seconde moitié du Xl\' siècle, les Flamands aussi cultivent cet art avec succès. Le musée Meermano- Westreenianum de La Haye possède un magnifique missel portant celte inscription : En l'an 1365. le

samedi après la Nativi'.é de la Sainte Vierge Marie, ce livre fut achevé par Laurent, enlumineur, bourgeois

Fig. 72. — L'.XnoRATioN des Mages.

(l^sauticr. lirtixcllcs, inGoy.)

(Cliché \'a)i Dnmmc )

ri.ANnRi:

FiG. 73. — La RtsuRRECTiON DU Christ.

(Antiphonaire //. Yi.ites Thompson./ ((^licht* l'iiH hamme.)

tl'Anvcr». demeurant à Gand ". Let menut desMiit coloriés sont tout ^ fait dani le mode de ceux de l'Fvf oie franco-flamande de la même v\iO(\\ic. Lci encadrement»

5'>nl dclic irux d'humeur et d mgénjositc. La paiçe 11 représente f Adoration des Xîa^csifig. 79). accompagnée des portraits de I amateur pour qui le missel fut exécute et de sa femme. En I an 1371.

nous rencontrons le nom d'un second enlumineur flamand.

.A cette épcKjue. Jean de Bruges, un des plus anciens artistes flamands au ser>jce des rois de France, exécuta une Bible appartenant au même Musée

de La Haye. Une

des miniatures en représente Jean de Vaudetar. l'auteur du manuscrit, offrant son ouvrage à Charles V, roi de France (hg. 80) ; c'est un des plus anciens portraits que nous possédions. Cette Bible porte l'ins-

crip'.ion suivante : En l'an mille trois cent septante et un. cet ouvrage fut peint par ordre et en l'honneur de Charles. Roi de France, en sa trente-cinquième année et en la huitième année de son règne, et Jean de Bruges, peintre du roi susnommé, exécuta ce portrait de sa propre main ". Les miniatures de ce livre comptent parmi les meilleures de l'époque. Nous reproduisons ci-contre Ezcchicl et FAnge (fig. 81)- En 1368, Jean de Bruges devait être depuis longtemps au senice de Charles \ . car. en cette année, le

Fig. 74. — Combat de Cavaliers-

lllisl. dWlexanJre. Bruxelles. 11040.} (Cliché Van ikxmmet

MINIATURES

KiG. 75. — (>HRIST F.N CROIX ET LES SAINTES KEMMES AU TOMBEAW. {Ciand,

Bibliothèque, 426.) (Cliché Dhoy.)

roi lui fit cadeau d'une maison à Saint-Quentin, en considération des bons et loyaux services rendus par Jean van Bondolf, dit Jean de Bruges.

Un livre de prières en flamand exécuté à Maestricht et appartenant à la Bibliothèque de l'Université de Liège date de 1373. Il se rattache encore entièrement au style francoflamand, qu il montre sous son jour le plus avantageux. La miniature reproduite ici (fig. 82) montre des figures aux cheveux flottants non plus dessinés en quelques traits, mais discrètement rehaussés de couleur. Les vêtements rouges et bleus tombent en plis amples et élégants ; les attitudes sont un peu maniérées, mais les visages présentent un agrément ignoré des époques antérieures. Avec les livres de prières, l'art pénétra dans la classe

moyenne, et les enlumineurs illustrèrent quantité de paroissiens néerlandais, français ou latins, destinés aux bourgeois et aux ecclésiastiques aussi bien qu'aux gens de qualité. L'exécution de ces livres constituait donc une véritable industrie dart.

Les pages s'encadrent de fleurs, de feuilles, d'oiseaux et d'insectes.

Les miniatures représentent des sujets de la F,«. 70. V,E DE Saint Brandan. g^^j^ ^^ j^^ ç^ ^^^^ j^

(Cluhô Van iKimmc) SaintS. LcS OpulentCS COU-

ri. AN DR F.

FiG. -j-j. — l-AVcojtniKn a chetau

(Li .\r» d'amour. Hruxellct, 954è.t

tt.licht Van Itammc t

leurs cl Ifs Hï^cnicux orncmrnis m foui Ir principal iliarruf. l>)cux livres d'heure» flamand», appartenantala hiLlioilièqued* riniversilc de Lie^e <• da'atit du X\ ' siècle, peu vent fournir des exemples de ces illustration». Dans le premier (n 27), nous choisissons une /Innoncialion (lig. 83) d'un style encore archaïque par la naïveté des figures, mais richement coloriée et cncadre'e d'un superbe

motif consistant en de grands oiseaux. Du second (n 8). nous extrayons un Christ en croix. Les visages sont déplaisants, mai» l'ensemble forme un petit tableau dont les nuances, délicatement fondues, représentent la transition des tons émaillés de jadis et des couleurs harmonieuses de plus tard (fig. 84).

Par des produits plus modestes, l'art des enlumineurs se répandit dans les classes moins élevées de la société: mais, dans la seconde moitié du XI\' siècle, il entra dans sa pénode de grande faveur auprès des princes et des grands seigneurs. En tête dç ces

Mécènes figurent le roi de France.

Charles \' ; ses frères, le duc Jean de Bern et Philippe le Hardi, duc de Bourgogne.

Ce dernier cunsi que ses descendants, devenus souveréuns de nos pro\'inces, consacraient leursriches- Fig. 78. - La Peste de Toipnm. 5^3 ^^ jç5 ^^^^,.^5 v^

(Chronique de Gilles le Moisis f (Hruxclles, i3oj6.) , • 1 1

(Cliché Van Damme.^ tavonser le luxc et

MINIATURES

lesarts. Philippe le Hardi, qui [~ régna de 1 384 à 1 404, était le quatrième fils du roi Jean II, et il hérita de son père non seulement l'amour des beaux livres, mais encore quelques précieux manuscrits de sa bibliothèque. Un des joyaux de la Bibliothèque Royale de Bruxelles, un livre d'heures (n" 10392), lui échut ainsi. Ce manuscrit est illustré de capitales d'un émail éblouissant : le feuillage des encadrements égale la dentelle par la fantaisie et la richesse ; quelques miniatures présentent des figures ravissantes. C'est aussi pour ce prince que fut entrepris un

FiG. 8o. — Jean de Vauoktar

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