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brûlait dans ses "s^tWti. ;r ztziz^zis le plus simplement du monde :
— Allez au jardin du Louvre et emprontez son cheval à V^sqœz, qui, je crois, n'en a pas besoin !
Il parut réfléchir profondément sur ces paroles.
Là-dessus, nous nous couchâmes tous les deux. L'n peu 27rê< minuit, il me sembla entendre ur. ::„r bizarre dans la chambre de n:n conipagnon, ocanme des préparatifs ie sortie, des fraîssemeots de linge et de vêtements qu'on enfile, le glissement d'une porte. « Bah ! me dkaisje, piu^ hallucination, bien es^Hcable après les propos que nous voaons de tenir i j Et puis je raisonnak avec obstination sur ces faits, inconscieiiit des ilk>gismes où je me laissais rouler : c Les morts, me disais-je, ont leurs coutumes et leurs règles !... Qu'i7 s'arrai^ à sa guise !... Moi, oda ne me regarde pas Î-. Non, vraiment, cela ne me n^arde pss encore ! •
A Taube, je vis Flaubert entrer dans ma chambre. Il tenait une cravache à la main et il portait la vieille culotte de peau qui lui avait servi lors de son voyage en Egypte. Sa figure, ordinairement pourpre, était blême comme celle d'un cadavre.
Il avait le sarcasme à la bouche, et un indicible mépris soulevait sa lèvre.
Cependant il se renferma dans un silence hautain et farouche. C'est seulement après le déjeuner qu'il me dit :
— Et maintenant je voudrais bien voir l'endroit où ils vont coller mon buste !... Mais, auparavant, mon bon, allons donc faire un tour jusqu'à mon ancien appartement du boulevard du Temple !... Vous savez? Au numéro 42 !... à proximité des Délassements comiques.».
A cette idée, la coupole de son grand front morose parut s'éclaircir. Un imperceptible sourire de contentement détendit son visage contracté :
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— Ah ! me dit-il : cet appartement du boulevard du Temple ! Il en aura connu, de grands régals littéraires !... C'est là que j'ai lu Salaînmhô aux deux Concourt, que j'ai reçu Sainte-Beuve, Leconte de Lisle, Baudelaire...
Nous prîmes un taxi, et, quelques minutes après, nous mettions pied à terre devant le 42 du boulevard du Temple.
C'est à l'endroit, où le trottoir s'élargit et forme un angle rentrant avec les maisons de la place de la République. La bâtisse, démodée, mais d'assez bonne mine, a été construite dans ce style pseudorenaissance, qui était en vogue sous le Second Empire.
Nous nous approchâmes : aucune plaque ne signale ce logis illustre à l'attention du flâneur ou du lettré... Puis, nous levâmes la tête, et quelle ne fut pas notre [ stupéfaction de lire, en grosses lettres dorées, sur le balcon de l'appartement où habita Salammbô : « L'Avenir, compagnie d'assurances contre le vol des bestiaux, — spécialement contre le vol des chevaux. »
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— Fuyons ! dit Flaubert, les dents serrées. C'est bien fait pour moi !
Il se rencogna dans le taxi, et il ne voulait plus aller au Luxembourg.
Je dus lui faire violence, espérant que, là du moins, les apprêts de l'apothéose annoncée le consoleraient de sa déconvenue, mettraient un peu de baume sur sa blessure.
Fatale idée !... Au bout d'une allée, dans un recoin où personne ne passe, contre le mur humide de l'Ecole des Mines, lieu désolant et plein de mathématiques, un trou se creusait, destiné sans doute aux fondations du monument.
— C'est là ! me dit Flaubert, d'une voix sombre.
Et, devant ce trou, ces arbres dépouillés, ce mur suintant, cette façade rechignée et pédagogique, j'eus le frisson d'horreur qui m'avait saisi à Rouen, au cimetière monumental, devant la pauvre petite tombe du maître.
Ayant vu, il rebroussa chemin, sans prononcer un mot. Mais il me parut tout
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courbé, vraiment centenaire et tâtant sa route d'un pied chancelant. Sans doute il méditait plus que jamais sur le néant de la gloire humaine. Comme il défaillait de lassitude, nous nous assîmes sur des chaises, près de la Fontaine Médicis, au bord du bassin aux poissons rouges. Mon vieux compagnon, oppressé d'une violente émotion, finit par me dire :
-- Si vous saviez ce que j'ai vu !...
Et, baissant la voix :
— Oui ! hier soir,.. Mes camarades d'immortalité ! Tout un Musée Grévin de grotesques, d'inconnus, et même de coquins ! Parmi eux, les politiquards sont au premier rang : les Blanqui, les Raspail, les Garibaldi, les Louis Blanc, les Floquet, les Gambetta !... Tout ce monde-là a sa statue bien en place, ses avenues, ses boulevards, ses plaques commémoratives...
Il n'est pas jusqu'au bonhomme Franklin qui n'ait la sienne... vous n'avez pas remarqué?... en face du Trocadéro, sur un fauteuil, où il a l'air de faire ses
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besoins dans une chaise percée. Que dis -je? Les cuistres les plus obscurs, pour peu que la politique s'en mêle, sont glorifiés. Une médiocrité comme Gréard a non seulement son monument et son buste sur la place de la Sorbonne, une place pour lui tout seul, mais il a son avenue dans le somptueux quartier du Champ-de-Mars. Le néant que fut un Larroumet a son médaillon sur la façade du Théâtre-Français, comme Victor Hugo, Molière, Racine et Corneille. Voyez-vous ce croquant en cette compagnie !... Pour moi, un recoin du Luxembourg, contre un mur moisi, est bien assez bon ! Et on ne peut même pas trouver l'argent nécessaire à l'érection de ce buste pénitentiel !... Eh bien, c'est ma faute ! Je suis puni de vous avoir écouté, d'avoir, par une vanité incompréhensible, voulu assister à mon propre centenaire !... Mon centenaire !
C'est bien le cas de le répéter : quelle truculente facétie ! Et comme il faut être modeste pour se croire honoré par les honneurs !...
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Le vieux maître se tut soudain. Il s'enfonçait dans ses méditations. Puis, tout à coup, d'un ton bourru :
— Non ! non ! Refusons tout cela !
Refusons tout : académie, décorations, statues et monuments. Nous sommes des gens de lettres, ne visons pas à être autre chose. Faisons notre métier proprement, sans nous soucier du reste... Voyez- vous, si dur que soit le sort pour un écrivain comme moi, si féroces que soient les hommes, notre part est encore assez belle ! Moi, qui n'ai pas la foi, je ne vois point de récompense plus haute !... Avez-vous songé à la destinée inouïe de tel poème, de tel type littéraire ?... Ils défient les siècles, alors que tout le reste a sombré dans l'oubli. « Il y a donc quelque chose de plus sérieux que les hommes qui meurent pour la patrie, qui travaillent à la rendre plus heureuse, à accroître sa richesse ou sa puissance, — ce sont ceux qui chantent, puisque ceux-là seuls survivent. » Un vers d'Horace est immortel à jamais,
tandis que les découvertes de tel grand bienfaiteur de l'humanité, dont les remèdes ne guérissent déjà plus, sont, en moins de cinquante ans, démenties par l'expérience, tandis qu'il voit ses théories caduques et contredites par ses propres disciples...
Il parlait d'abondance, avec passion.
Les doctes platanes du Luxembourg me paraissaient frémir au souffle de sa parole. Puis un froid subit passa dans l'air, un coup de vent glacial m'obligea à fermer les yeux...
Quand je les rouvris, je me retrouvai sur le balcon de Croisset. Je tirai ma montre. Il était quatre heures et demie du matin. L'aurore s'annonçait. Derrière les brumes et les eaux du fleuve, la triomphante cathédrale dessinait confusément les fantômes de ses tours et de ses flèches aériennes.
Et, là, sur ce balcon, où de si belles
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visions ont resplendi devant les yeux à jamais éteints d'un voyant incomparable, la pensée encore pleine des rêves de la nuit, j'assistai au plus beau lever d'aube que j'aie jamais vu et que je verrai sans doute de ma vie.
(2 novembre 192 1).