Flaubert, sa vie, son caractère, et ses idées avant 1857
De tous les ouvrages consultés à l'occasion de ce travail, la Correspondance de FlRuheri doit être citée en première ligne; elle constitue en effet la source la plus abondante de renseignements authentiques concernant sa vie, son caractère et ses idées. Les nombreuses références que j'indiquerai renvoient :
— 1°) Aux quatre volumes formant la. Correspondance proprement dite, édition Charpentier, in-18, 1884-1892; i
— 2^') A la Correspondance entre G. Sand et Flaubert, 1 vol. in-12, Calmann Lévy, 1904 ;
— 3°) Aux Lettres de Flaubert à sa nièce Caroline, 1 vol. in-18, Charpentier, 1906 (publiées d'abord dans la Revue de Paris, 1" septembre au 1«'' décembre 1905).
Pour toutes les lettres antérieures à 1852, je n'ai eu le plus souvent qu'à transcrire leurs dates telles que je les ai trouvé fournies par les éditeurs. Elles ont été en efïet relevées sur les autographes de Flaubert, et l'ordre chronologique en était facile à établir; quand il m'a paru qu'un changement s'imposait, je l'ai dit en note, sans toutefois entrer dans toutes les explications qui auraient été nécessaires si j'avais eu à faire une étude critique de la Correspondance. Mais dans son âge mûr^ Flaubert avait pris l'habitude de dater seulement par le jour et l'heure où il écrivait, sans préciser la plupart du temps le quantième, le mois, ni l'année. Il en est résulté, pour le tome II et les tomes suivants de la Correspondance, un classement quelque peu arbitraire et superficiel. L'indication est, en général, suffisante pour l'année; mais on aurait pu sans grande peine arrivera une détermination plus rigoureuse en utilisant tous les points de repère contenus dans le texte même des lettres. Ce sont tantôt des références à
— It —
an article de journal ou de revue récemment paru, à un événement historique ou littéraire marquant, tantôt une allusion à un incident de la vie privée du destinaire ou de ses amis, tantôt une similitude remarquable dans les tournures de phrases ou les pensées exprimées. On aurait évité ainsi, au moins dans un grand nombre de cas, des interversions regrettables et peu compréhensibles. Quand on a publié, réunie dans un seul volume et alternée, la Correspondance entre G. Sand et Flaubert, beaucoup de ces erreurs ont été corrigées, qui prouvent la possibilité de réparer également les autres.
Des fragments de lettres ont été supprimés, d'autres altérés. Il en est ainsi, notamment, pour toute la correspondance échangée entre Flaubert et Louise Golet.Le tome II (1851-1854) n'en contient qu'une minime partie. C'est là surtout que se fait sentir, de la façon la plus appréciable, Tintérêt qu'il y aurait à produire au jour des documents plus complets ou restitués dans leur version intégrale.
A diverses reprisées on a, en dehors de la Correspondance, publié des lettres de Flaubert. Voici quelques-unes des plus importantes :
— 1") Deux lettres à Madame de Voisins d^ Ambre (Pierre Cœur) dans la préface de son volume, Les Borgia d'Afrique (in-12, Dentu, 1887). La première de ces lettres est de 1869 (3 juillet), l'autre de 1874 (24 septembre) ;
— 2") Lettre à Félix F\anck, 1876; citée par M. Franck dans sa brochure : G, Flaubert d'après des documents intimes et inédits^ p. 14(in-18, 1887);
— 3o) A M™ex... (M"^ Schlesinger), 1857 (février probablement); public'e dans V Intermédiaire des chercheurs et des curieux du 30 septembre 1894 ;
— 4°) k M. C .., 4 juin 1857, publiée dans l'Intermédiaire du 20 juin 1905 ;
— 5°) A X.... (sans date, mais relative à Salammbô) publiée dans V Intermédiaire du 25 novembre 1885 ;
— 6°) A X. . . (le timbre de la poste est : Vichy, 22 août 1862) publiée dans l'Intermédiaire du 10 août 1888;
— 7°) Une lettre à M"'e Flaubert, (« Thèbes, amarrés au rivage de Louqsor, 3 mai 1850 ») publiée dans la Revue des Revues [la Revue), du 15 octobre 1902;
— 8°) Des fragments de lettres de Flaubert à M. Du Camp ont été reproduits par ce dernier dans ses Souvenirs littéraires, notamment une lettre très importante du 21 octobre 1851 (tome II, p. 10 et suivantes) qui ne figure pas dçins la Correspondance ;
— 9*) D'autres fragments d'une correspondance à M^^ X,.. ont
tl —
été cités par Maupassant dans son article Flaubert et sa vie infime [Nouvelle /^euwe, janvier 1881, tome VIII, p. 142 et suivantes). Ces lettres sont des dernières années de la vie de Flauberl ;
— 10*) Fragment d'une lettre à J/'"' Ch. Lapierre, 1879, dans Hélot, La saint Polycarpe, Lille, in-8, 1905, page 7. '
Quant aux lettres inédites de Flaubert, elles sont très nombreuses. Je citerai d'abord cinquante deux lettres à Ernest Chevalier^ qui ont été pour moi du plus précieux secours dans la préparation de ce travail et je prie M^'V^^ Mignot, qui a eu l'extrême obligeance de mêles communiquer, de recevoir ici l'expression de ma profonde reconnaissance. Ces lettres se réfèrent aux vingt-sept premières années de la vie de Flaubert La plus ancienne en date est du 23 août 1832; la plus récente du 10 ou 11 avril 1848. Elles complètent les trente-quatre lettres à Chevalier publiées dans la Correspondance; encore n'est-ce là qu'une partie de celles échangées entre les deux amis. M. Mignot [Ernest Chevalier ancien procureur général de Maine-et-Loire, son intimité avec Gustave Flaubert, notes rédigées et mises en ordre par son neveu, 1 vol. in-12. Dentu, 1889) nous apprend (p. 125 et suivantes) que d'autres lettres, relatives aux années 1848-1852 (voyage en Orient), ont été perdues.
J'adresse également mes plus vifs remerciements à M. E. Moreau- Nélaton qui m'a permjsde prendre copie de soixante et onze lettres inédites à l'éditeur Georges Charpentier. Bien que, par leurs dates, elles intéressent moins directement l'objet de ce travail — elles Be répartissent en effet dans la période comprise entre 1872 et 1880 — j'y ai trouvé des renseignements très utiles confirmant ceux que par ailleurs contenait déjà la Correspondance.
J'ai en outre consulté vingt-neuf lettres inédites de Flaubert à Af^^ Amélie Bosquet, 1859-1869, dont les autographes sont déposés à la bibliothèque de Rouen (sur cette correspondance et sur les relations de Flaubert avec M"- Amélie Bosquet, voir Félix Frank, G. Flaubert d'après des documents intimes, etc.).
Enfin les lettres inédites d'Alfred Le Poittevin m'ont à maintes reprises fourni des détails concernant la biographie de Flaubert entre 1842 et 1848. Elles m'ont permis surtout de retracer l'histoire de leur amitié réciproque et de préciser l'influence exercée par Le Poittevin sur son caractère et ses idées. Il m'est particulièrement agréable de remercier ici M. Louis Le Poittevin de l'honneur qu'il m'a fait en me communiquant les papiers de son père et de l'aimable accueil que j'ai trouvé auprès de lui.
B. — Les œuvres.
Après la Correspondance il convient naturellement de citer les œuvres de Flaubert. Parmi celles-ci les Mémoires d'un fou, Par les Champs et par les Grèves et la Tentation de saint Antoine ont une importance spéciale pour la période qui nous intéresse. On trouvera, en tête des chapitres consacrés à l'étude de ces ouvrages, les renseignements bibliographiques nécessaires à leur intelligence ; en réservant Texamen des questions qu'ils soulèvent j'ai cru fajre mieux ressortir leur portée (4). Je me contenterai donc de donner ici la liste chronologique des œuvres et opuscules de Flaubert antérieurs à i 857. Une telle liste, à ma connaissance du moins, n'a pas été dressée jusqu'ici. Un article de M™^ Franklin-Grout, paru dans le Journal de Rouen du 28 avril 1906, la Notice bibliographique insérée au tome VI de l'édition définitive des œuvres de Flaubert (p. 451 à 155. Quantin, 1885, in-8) et le très intéressant article de M. W. Fischer, dans ses Etudes sur Flaubert inédit (Leipzig, in 16, 1908, traduction française, p. 1 à 20) en contiennent bien, ensemble, tous les éléments ; mais chacun de ces documents, pris à part, reste ou inexact sur quelque point ou incomplet. En outre il est certain qu'avant 1835 Flaubert avait aussi ébauché nombre de plans qui ne furent jamais développés. Pour apprécier justement la prodigieuse fécondité de son esprit et son étonnante facilité de travail pendant ses années d'enfance et de jeunesse, il est donc nécessaire de joindre, à l'indication des œuvres dont les manuscrits ont été retrouvés après sa mort, l'indication de celles qui furent perdues ou détruites, ou même qui demeurèrent inachevées (2) :
1830 — des Discours politiques et constitutionnels libéraux (3); des Comédies (4).
(1) Des fragments de quelques opuscules de la jeunesse de Flaubert [Smarh, le Chant de la mort, Novembre, A bord de la Cange, Rabelais) ont paru après sa mort avec Par les Champs et par les Grèves, et le titre de ce dernier ouvrage est resté eu librairie celui du volume entier. Pour éviter toute confusion, je renverrai à ces fragments en désignant le recueil par les mots Mélanges posthumes. Les pages indiquées se rapportent à l'édition in-12, Charpentier, 1902.
(2) Les manuscrits des œuvres non encore publiées dont le titre sera précédé d'un astérisque (*) appartiennent à M.'^'^ Franklin-Grout.
(3) Terminés, puisqu'il parle de les envoyer à Ernest Chevalier {Corresp., I, p. 1 ; 31 décembre 1830) mais non retrouvés dans ses papiers.
(4) En projet {même lettre).
1831. — La belle Andalouse ;
Le bal masqué;
Cardenio;
Dorothée ;
La Mauresque ;
Le curieux impertinent ;
Le mari prudent (1) ; des « Proverbes dramatiques » (2) ; les « Cahiers d'un écolier » (3).
1832. — L'Amant avare^ pièce (4) ;
Histoire de Henri /K, de Louis XII 1 et de Louis XIV (5) ;
U antiquaire ignorant, pièce (6) ;
Une mère^ poésie;
La mort de Louis XI, poésie (7).
1834. — Isabeau de Bavière, roman (8).
(1) Suite de « romans » et de pièces de tLiéâtre en projet [Corresp.^ I, 2; 4 février 1S31).
(2) Terminés, puisqu'il dit « pouvoir les jouer sur le théâtre du billard » {même lettre) ; mais non retrouvés»
(3) Il existe encore au moins un exemplaire, non autographe, mais polycopié de cet opuscule. Il appartient à M°ie veuve Mignot. Voir a'ailleurs à ce sujet Mignot, Ernest Chevalier, etc , p. 2; et infra page 88 note (1). Dans ces Cahiers flgure l'éloge de Corneille dont il est question Corresp.^ I, p. 3 (15 janvier 1832).
;4) En projet {Corresp., I, 4; 15 janvier 1832).
(5) En projet {même lettre).
(6; Cette pièce, comme plusieurs autres, en collaboration avec Ernest Chevalier, ainsi que l'indiquent des passages de ses lettres : Corresp., I, pages 7 et 8. Dans une lettre inédite à Chevalier du 31 mars 1832 il dit « avoir près de trente pièces à jouer sur le théâtre du billard ».
(7) Toutes deux terminées, d'après Corresp., I, 4; 31 mars 1832. M™» Frauklin- Grout {Journal de Rouen, 28 avril 1906) indique à ce propos que son oncle « a laissé un certain nombre de poésies qui lui paraissent sans originalité. 11 les estimait peu lui-même et ne voulait jamais les montrer ». M™* Franklin-Grout a retrouvé dans les papiers de Flaubert le texte d'une pièce de 96 vers intitulée : A Gœthe; il est écrit de la main de Flaubert; tout naturellement sa nièce a cru qu'il en était l'auteur. C'est en ce sens que M. W. Fischer a parlé de ladite poésie dans son article sur les œuvres de jeunesse de Flaubert {op. cit., traduction française, p. 70). Mais il y a là je crois une erreur d'attribution. Sans pouvoir l'affirmer avec une absolue certitude, j'ai de très fortes raisons de penser que l'auteur est Afred Le Poittevin. On trouvera parmi les œuvres de ce dernier que j'ai publiées, cette pièce reproduite avec les explications que nécessite le problème de son autheuticité.
(8) Au moins commencé, d'après Corresp., I, 10 ; 29 août 1834. Pour cette même année, il écrit à Chevalier dans une lettre inédite du 28 septembre : « Je suis dans un assez bon moment de travail, j'ai quelques sujets pas trop bêtes et j'espère eu tirer bon parti ».
1835. — Frédégonde el Brunehaut, drame (1) ;
* La mort du duc de Guise, drame en quatre tableaux (2).
1836. — * Deux mains sur une couronne ou Pendant le XV^ siècle^ épisodes du règne de Charles VI, drame en 5 actes;
* Chronique normande du X^ siècle (vingt- cinq pages) ;
* La peste à Florence, conte historique;
* Un parfum à sentir, ou les Baladins, conte philosophique moral ou immolai, ad libitum (quatre-vingt-dix pages);
* La femme du monde, chant fantastique (dix pages) (3);
* Bibliomaniej conte ;
* Rage et impuissance, conte malsain pour les nerfs sensibles et les âmes dévotes.
1837. — * Une leçon d'histoire naturelle : genre commis', conte humoristique (4). Cet article est à ma connaissance la première œuvre imprimée de Flaubert. Il a paru dans un journal de Rouen, le Colibri, sous la rubrique « Mœurs Rouennaises » à la date du 30 mars 4837, signé de l'initiale F. J'ai reproduit cet article en appendice à la fin de ce volume.
* Quidquid volueris, études psychologiques;
* Passion et vertu, conte philosophique (soixante-dix pages),
* La dernière heure, conte philosophique (5);
* Rêve d'Enfer, poème en prose en dix chants (quatre vingts pages); Fusai sur la lutte du Sacerdoce et de l' Empire (6).
1838. — * Loys XI, drame en cinq actes, en prose (7) ;
* Ivre et mort, roman (8) ;
(1) Terminé, d'après Corresp., I, 12 (14 août 1835) et les renseignements contenus daus deux lettres inédites à Chevalier du 8 juin et du 23 juillet : mais manuscrit non retrouvé.
(2) Daté sur le manuscrit septembre 1833.
(3) Le manuscrit porte ces mots : « Dans la nuit du 1er au 2 juin 1836; fait eu une demi-heure ».
(4) Non cité dans la Notice de l'édition Quantin.
(3) Inachevé, d'après le Journal de Rouen. Non cité dans la Notice.
(6) A proprement parler il ne s'agit là que d'un long devoir de classe. Flaubert le composa en septembre 1837, comme il appert d'une lettre inédite à Ghev.ilier du 23 septembre. La Notice de l'édition Quantin l'a daté faussement 1838. L'article du Journal de Rouen n'en fait pas mention. J'ignore où se trouve le manuscrit.
(7) Voir Journal des Goncourt, V, 79, où est citée cette phrase amusante d'un paysan à son seigneur : « Monseigneur, nous sommes obligés d'assaisonner nos légumes avec le sel de nos larmes ».
(8) Daté 1843 dans la Notice de l'édition Quantin. Je crois préférable de conserver à cet opuscule la date indiquée par M. Franklin-Grout, qui en détient le manuscrit.
* Les Agonies, pensées sceptiques (1);
* La danse des Morts, ou Chant de la Mort ; Les Mémoires d'un fou.
1839. — * Smarh, vieux mystère (2) ;
* Les funérailles du docteur Mathurin (3) ;
* Les Arts et le Commerce; Rome et les Césars (4) ; Etude sur Rabelais (5).
1840. — * Notes de son voyage aux Pyrénées et en Corse (6) ;
* Article sur Rachel (signalé par iM. W. Fischer, op cit., p. 9).
1840-1842. — * Novembre, fragments de style quelconque (150 pages environ : Journal des Concourt, I, 315) (7).
(1) Dédiées à Alfred Le Poitteviu.
(2) Flaubert indique dans la Correspondance qu'il a commencé un mystère vers la fin de décembre 1838 (I, p. 20 ; 26 décembre). H le reprend, après l'avoir abandonné, vers le mois de mars 1839 {Corresp., 1, p. 27; 18 mars). Une lettre inédite à Ernest Chevalier du 13 septembre 1839 apprend qu'à cette date Smarh est enfin terminé.
(3) C'est un conte bacchique « assez cocasse » ajoute Flaubert, dans la même lettre inédite à Chevalier du 13 septembre 1839.
(4) Non cité dans le Jowrna/ de Rouen. Indiqué par la Notice de Tédilion Quantin à la date de 1839. J'ignore oii se trouve le manuscrit.
(5) Date incertaine. La Nolice n'en indique aucune, ni le Journal de Rouen. M. Patry {Rabelais et G. Flaubert, extrait de la Revue des Études Rabelaisiennes, Se année, fasc. II, in-8, 1904, Nogent-le-Rotrou) conclut pour « 1838 environ ».
Dans une lettre à Chevalier du 13 septembre 1838, Flaubert dit qu'il se propose « de faire plus tard une étude spéciale de philosophie et de littérature » sur Rabelais {Corresp., 1, p. 16), La même idée revient dans une lettre inédite à Chevalier du 29 octobre 1838; et il ajoute : « Mon Rabelais est tout bourré de notes et commentaires physiologiques, philosophiques », etc. Si vagues qu'elles soient, ces indications me font classer approximativement Tétude sur Rabelais en 1839.
(6) Cf. A bord de la Gange; Mélanges posthumes, p. 320.
(7) -Date de composition : 1840, de l'aveu de Flaubert lui-même : « J'avais dixneuf ans quand j'ai écrit cela, il y a bientôt six ans » (Lettre de 1840. Corresp., 1, 97). Dans une autre lettre cependant, classée dans la Correspondance comme étant de 1853 {Corresp., II, 347), il écrit : « J'ai relu Novembre ; j'étais bien le même particulier il y a onze ans qu'aujourd'hui ». Ce deuxième témoignage serait d'accord avec celui des Concourt {Journal, II, 157) qui indiquent la date de 1842. Les Souvenirs littéraires ne précisent pas. Peut-être la vérité estelle dans la moyenne? c'est ce que semble laisser entendre un autre passage des Concourt (I, 315) oii parlant du même roman, sans lui donner son titre cependant, ils écrivent : « Flaubert regrette un volume d'environ 150 pages, composé l'année qui a suivi sa philosophie, la visite d'un jeune spleenétique à une fille ». Ceci placerait donc Novembre en 1841.
Relativement aux autres œuvres de Flaubert qui pourraient avoir été compo-'
1843- 184S. — * L'Éducation sentimentale (310 pages) (1). 184o. — * Notes de son voyage en Italie (2).
1846. — * Jenner ou la découverte de la vaccine, tragédie burlesque en vers (3).
1847. — Pa7' les Champs et par les Grèves.
1843-1849. — * La Tentation de Saint Antoine, première version. 1849-1831. — * Notes de son voyage en Orient (4) et A bord de la
Cange (journal de voyage inachevé).
1831 (septembre ou octobre) à 1836 (mai). — Madame Bovary.
sées à peu près à la même époque, on lit dans le Journal des Goneourt {ibid.) : « Flaubert a beaucoup écrite sa sortie du collège et n'a jamais rien publié, sauf deux petits articles dans un Journal de Rouen ». L'un de ces articles est probablement la Leçon d'histoire naturelle (voir plus haut). Quant à l'autre j'ai vainement feuilleté la collection du Colibri de 1836 à 1844, et n'y ai point rencontré trace d'une œuvre dout le titre nous soit connu. M. Mignot {Ernest Chevalier, etc., p. 2) nous dit cependant que Flaubert « collaborait au Colibri », et il est question de ce périodique dans une lettre à Chevalier du 18 mars 1839 {Corresp., I, 26) et dans une autre lettre inédite au même du 15 juillet 1839; mais chaque fois incidemment.
11 est possible que Flaubert n'ait point signé ses compositions, même de ses initiales. L'attribution serait en ce castrés difficile. Le pseudonyme qu'il indique à Chevalier comme étant le sien dans une lettre inédite du 2 juillet 1835, Gustave Koclott, ne se retrouve pas dans le Colibri. Je ne vois que quatre articles entre lesquels on pourrait hésiter à déterminer celui, ou ceux, que signalent les Concourt :
1) « Chacun son tour » [Colibri du 5 février 1837) signé Gustave.
2) « Un banquet « [Colibri du 10 mai 1840) non signé.
3) « Suicide » {Colibri du 2 janvier 1840) non signé.
4) « Souvenirs d'enfance » {Colibri du 5 avril 1840) non signé.
Mais je pose la question sans être à même de la résoudre. v
(1) Le manuscrit porte sur sa couverture : « Février 1843; repris en septembre et octobre; mai 1844 à janvier 1845 ».
(2) Voir dans le Figaro du 12 janvier 1907 un article de M™^ Juliette Adam où quelques-unes de ces notes sont reproduites. De cette année 1845 on peut encore citer quelques projets, qui reçurent tous un commencement d'exécution, ce sont :
1» Le dictionnaire des idées reçues (cf. Souvenirs littéraires, I, 169 et II, 392).
2° Une épisode de la guerre de Corse, pour lequel il demanda à Chevalier des renseignements {Con^esp., I, 93; juin 1845) qui lui furent transmis par l'intermédiaire d'un nommé Lauretti {Lettre inédite à Chevalier, 21 septembre 1845).
3° Un conte oriental, dont il « rumina » le scénario plusieurs années de suite (cf. Corresp., 1, 87; mai 1845; — 100, 106; avril 1846; — 131; 16 août iU6, etpassim.
(3) En collaboration avec Bouilhet et M. Du Camp. Un seul acte fut écrit en entier (cf. Souvenirs littéraires, I, 238. Corresp., il, pages 99 et 100, et Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, tome VUl, pages 631-658, et XII, p. 513-651).
(4) « Sous la rubrique Vie Musulmane il y a, dit M™« Franklin-Grout, matière à un volume ». Cf. aussi M. Du Camp, Souvenirs littéraires, 1, 376 et Journal des Goneourt, II, 23-24.
Signalons enfin La Spirale', roman philosophique dont Flaubert se contenta d'écrire le plan, qui fut retrouvé après sa mort dans ses papiers. M. W. Fischer [op. cit., p. 119 et suiv.) en a donné l'analyse très complète. Cette œuvre paraît avoir été ébauchée en 1852 ou 1853; encore y a-t-il doute sur l'exactitude rigoureuse de cette date.
La Correspondance est particulièrement utile pour contrôler l'exactitude des témoignages fournis par les biographes de Flaubert. Ceux-ci sont de valeur très inégale au point de vue qui nous occupe, c'est-à-dire pour la période antérieure à 1857.
iMaxime Du Camp n'a connu Flaubert qu'en 1843 et pour toutes les années antérieures ses Souvenirs littéraires (2 volumes in-16, Hachette, 1882-1883) ne peuvent être considérés comme renfermant des renseignements authentiques. Néanmoins leur véracité n'est en général pas discutable, et c'est dans cet ouvrage qu*on trouvera le plus grand nombre de faits concernant les particularités de la vie privée de Flaubert (1). Quand les papiers de M. Du Camp, déposés dans diverses bibliothèques de Paris, seront communiqués au public à la date qu'il a fixée lui-même, on y trouvera sans doute la plupart des documents originaux utilisés par lui et ces notes viendront à propos confirmer l'exactitude de ses Souvenirs ou justifier la valeur de ses appréciations critiques.
M™e CoMMANviLLE, aujourd'hui M™e Franklin-Grout, auteur des Souvenirs intimes (en tête du premier volume de la Correspondance, pages i-xLiii) prend soin de nous avertir que ses réminiscences personnelles ne remontent pas au-delà de 1851. Mais sa parenté avec notre auteur, et la place que celui-ci a tenue dans sa vie, la mettaient à même de consigner dans sa trop courte notice biographique non seulement ses propres souvenirs, mais ceux de M"'^ Flaubert et de l'entourage de l'écrivain. Cette source peut donc être consultée très utilement même pour la jeunesse de Flaubert (2).
(1) Les références indiquées dans ce travail renvoient aux pages de l'édition in-16, Hachette, 1892, des Souvenirs littéraires.
(2) Je renverrai aux Souvenirs intimes de M™e Commanville, pages i à xliii, en tête du premier volume de la Correspondance-, cet ouvrage a paru en outre eu volume, sous le titre Souvenirs sur G. Flaubert (Ferroud, in-8, 1895), illustré de planches hors texte et de vignettes formant encadrement à chaque page, tiré à part à 500 exemplaires.
Les relations de Flaubert avec Les Goncourt n'ont commencé qu'en 1860. Leur tourna/ (9 volumes in-18. Charpentier, 1887-1895) (1) contient cependant beaucoup d'anecdotes intéressantes, se rapportant aux années antérieures de la vie de Flaubert. On peut, jusqu'à un certain point, leur accorder créance, car ils tenaient ces récits de la bouche même de leur ami. Encore faut-il ajouter que la vérité est souvent déformée par leur manière, très personnelle, d'interpréter et de raconter les événements.
Maupassant, qui a connu Flaubert surtout après 1870, a consacré de nombreux articles à l'étude des œuvres de son ancien maître : mais la critique s'y complète de renseignements biographiques curieux, dont l'origine était soit quelque confidence de Flaubert, soit les souvenirs personnels de M'"^ de Maupassant (Laure Le Poittevin, amie d'enfance du romancier). On peut citer de lui :
— 1°) M. Gustave Flaubert^ par Guy de Valmont, dans la République des lettres du 22 octobre 1876;
— 2«) Elude sur Flaubert; Hevue Bleue, 19 et 26 janvier 1884 (tomeXXXlIl p. 65 et 115) (2);
— 3«) Gustave Flaubert dans sa vie intime ; Nouvelle Revue, tome Vlil, p. 142 (l«r janvier 1881);
— 4**) Un après-midi chez Gustave Flaubert ; le Gaulois, 23 août 1880 ;
— 50) Camaraderie ? ; le Gaulois, 25 et 27 octobre 1881 ;
— 6°) G. Flaubert d'après ses lettres; le Gaulois, 6 septembre 1880. M. Charles Lapierre dans deux brochures : 1» Gustave Flaubert à
Croisset (dans Les environs de Rouen, 1 vol. in-4, Rouen, Auger^ 1890). — 2» Esquisse sur Flaubert intime d'après des documents laissés par Charles Lapierre (Evreux, Ch. Herissey, 1898, in-80) a raconté surtout les dernières années de la vie du romancier.
11 y a enfin lieu de citer, comme ayant été consultés par nous à titre de sources biographiques :
MiGNOT (Albert) : Ernest Chevalier, ancien procureur général ; son intimité avec Gustave Flaubert, notes rédigées et mises en ordre par son neveu. 1 vol., in 12, Dentu, 1888.
Levallois (Jules) : Milieu de Siècle, — Mémoires d'un critique. Librairie illustrée, 1896, in-18.
Judith Gautier : Le second rang du Collier (Revue de Paris : \^^ novembre et l^^" décembre 1902, d^r janvier et 1^^ février 1903).
(1) C'est cette édition que j'ai consultée.
(2) Cette Étude est reproduite et augmentée de quelques documents en tête du tome VU de l'édition définitive des Œuvres complètes de Flaubert (Quantin, in-8, 1885) : c'est par cette dernière référence que nous la désignerons.
— xt —
Hélot : La fête de G Flaubert : la saint Poly carpe. Lille, in -8, 1905 (Extrait du Bulletin de la société archéologique, historique et artistique « le Vieux papier », janvier 1905).
FÉLIX : Gustave Flaubert : Notes et Souvenirs (Rouen, Schneider in-16, 1880). Discours prononcé à la séance publique de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen le 5 août 1880.
Félix Franck : Gustave Flaubert d'après des documents intimes et inédits (in-18, 1887. Paris].
D"* Max Simon : Souvenirs Attéraires d'un médecin {Flauberty etc..) dans la Chronique médicale du l^»" octobre 1896.
M"® Renée d'Ulmès : l** Flaubert : Souvenirs inédits d'enfance et de jeunesse; Revue des Revues, t. XXXVIII, p. 172-179. — 2« Les mères d'artistes : Madame Flaubert; Revue des Revues, L XLII, p. 105.
Un livre récent qui est, pour tout le xix® siècle, un instrument de travail des plus précieux, le Guide bibliographique de la littérature française de i 800 à i 906 par M. Hugo P. Thieme (in-16. Paris, Welter, 1907) contient une liste très détaillée des références relatives aux ouvrages, articles de revues et de journaux français et étrangers, consacrés à Flaubert. Nous nous permettons d'y renvoyer le lecteur. Il s'agit là d'une bibliographie générale, embrassant la totalité de l'œuvre de Flaubert, et portant sur l'ensemble de sa vie. Nous avons consulté tous les auteurs cités par M. Thieme, mais sans en tirer toujours grand profit, puisque, la plupart du temps, articles et ouvrages critiqués se trouvaient par leur portée ou par la nature du sujet traité en dehors des limites de notre étude. Il est toutefois évident que, de près ou de loin, tous s'y rattachent, car on ne saurait parler des dernières œuvres de Flaubert sans s'être occupé des premières, et inversement discuter celles-ci sans connaître les autres.
Si complète qu'elle soit, la liste de M. Thieme présente certaines jomissions peu importantes. Nous n'y ajouterons rien en ce qui concerne les références utilisables pour une étude générale de la vie ou des romans de Flaubert. Mais on trouvera en note, sous le texte, quelques indications supplémentaires d'articles ou de fagments d'articlesre dictement mis par nousà contribution, pour tel point spécial intéressant la tranche d'existence qui a fait l'objet de nos recherches; notamment en ce qui concerne sa maladie (2« partie,
chap. Il) et les origines de Madame Bovary (3« partie, chapitre v).
Le Manuel de V amateur de livres de M. Vicaire, v^ Flaubert, contient également une liste bibliographique qui mérite d'être très utilement consultée.
Il faut enfin signaler ici deux ouvrages auxquels nous nous sommes fréquemment reportés pour préciser les idées et les sentiments de Flaubert en les comparant aux sentiments et aux idées de ses contemporains; ce sont :
i^ René Canat : Du sentiment de la solitude morale chez les Romantiques et les Parnassiens. 1 vol. in-16, Hachette, 1904.
2^ Albert Cassagne : La théorie de VArt pour l'Art en France chez les derniers Romantiques et les premiers Parnassiens, 1 vol. in-16, Hachette, 1906.