LES
MAIOLIQUES FLORENTINES
Quand on arrive de Rome, au milieu d'une chaîne de montagnes dont, pendant cinq ou six journées de marche, on a suivi de près l'échme formidable, escaladant et redescendant sans cesse les groupes moins escarpés qui se rattachent comme des côtes à une colonne vertébrale gigantesque, on découvre tout à coup, sous seg
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pieds, une vallée à la fois imposante et délicieuse, où l'Arno caresse une ville à la fois belle et charmante. C'est Florence, la ville des fleurs et des bronzes, des sombres laves et des brillants émaux.
Si, avant que j'eusse vu Rome, on m'eût fait apparaître dans un rêve la ville des césars et des papes, la capitale de l'ancien monde et le sanctuaire des arts, tristement accroupie dans un cloaque immense, morne, stupide, navrant; désert fétide où l'homme ne peut venir faucher l'herbe sans que la mort le fauche à son tour, j'aurais cru être la dupe d'un cauchemar. Mais, si l'on m'eût montré la ville des Médicis dressant ses flèches sarrasines et ses dômes brillants dans une poussière d'or et de parfums, reposant ses membres robustes dans les prairies humides, au pied des molles collines que surmontent les crêtes neigeuses de l'Apennin, j'aurais dit : « Certes voilà FloreiiCe telle que je l'imaginais, Florence
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petite et puissante, entourée de riants bosquets et couronnée de cimes austères. Cest bien ici que l'on doit trouver les chefs-d'œuvre de la statuaire sublime et les mignonnes élégances de la ciselure ; les terribles divinités dont Michel-Ange a fait palpiter les flancs de marbre, et les petites vierges blanches dont Luca délia Robbia a fixé le naïf sourire sous une couche d email; et les immenses cathédrales découpées à jour, de la base au faîte, comme de précieux reliquaires ; et, dans leurs tabernacles, les joyaux d'or et d'ivoire, d'ambre et de pierreries, élancés et fiers sur leurs petits socles de lapis, comme la basihque sur son vaste parvis de marbre blanc. C'est ici le pays des colosses et des bijoux, des belles proportions et des patients détails, des lourds palais dont les blocs abrupts semblent avoir été dressés et rangés par les cyclopes, et des petits angelots que les fées semblent avoir taillés avec amour dans une perle. Ici, la nature a dû inspirer l'ar-