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Son esprit , ses yeux étaient , pour ainsi dire , nourris des plus précieux échantillons de ce goût de la renaissance, et son riche musée, sans cesse alimenté par le passage plus ou moins rapide des objets d'art de toutes les époques, était devenu pour lui un sujet d'incessantes méditations. Artiste, il fit faire des dessins d'après les maîtres anciens ; il sut diriger leurs travaux, et, inspirant aux autres la conscience du beau qu'il portait en lui, il arriva à faire confectionner des ouvrages qui trompèrent complètement l'œil des connaisseurs les plus exercés.
Pour certains produits, il arriva même à la similitude, puisqu'il retrouva d'anciens moules qui avaient servi à la maiolique en bas-relief, véritables trésors qui gisaient oubliés dans la poussière des greniers, et dont il se servit avec un plein succès. Ces mignons bas-reliefs, représentant des scènes mythologiques à nombreux personnages dans une petite plaque coloriée
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d'une manière ravissante, sont d'un emploi exquis dans les meubles et coffrets de chêne sculpté, à la manière de nos incrustations de vieux Sèvres dans les bois de rose.
Il est donc impossible de reconnaître une maiolique que M. Freppa peut livrer aujourd'hui pour deux cents francs, parce qu'elle sort de la fabrique de Doccia, d'une toute semblable, mais de fabrication ancienne, qu'il est forcé de vendre deux mille francs, parce qu'elle n'est venue dans ses mains qu'à grand prix. Je me trompe, il y aune manière de les distinguer l'une de l'autre. L'ancienne est écornée, usée ou recollée; mais, pour peu qu'on y tienne, M. Freppa appelle un ouvrier adroit, le charge d'entailler le contour de la maiolique neuve, de limer les saillies, voire de la briser et de la recoller en autant de morceaux qu'on voudra pour qu'elle ait meilleur air et passe pour avoir été payée un prix fou.
L'exposition toscane, ouverte aujourd'hui au
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Palais de l'Industrie, offre aux regards plusieurs échantillons de la fabrique de Doccia, exécutés sous la direction ou sur les dessins de M. Freppa. Nous ignorons s'il s'y trouve des spécimens du fameux émail irisé. T^ous en avons vu dans son musée à Florence, et nous les avons comparés avec ceux de la renaissance sans pouvoir les en distinguer. Mais, en artiste plus qu'en industriel, M. Freppa, faisant déjà bon marché de cette découverte, pleurée par le bon Passeri et consorts, a appelé notre attention sur des compositions d'un ordre très-élevé et d'une^ beauté remarquable.
Il a dû envoyer à l'Exposition de Paris deux très-grands vases de forme ovoïde, anses à chimères, historiés de peintures d'après les fresques d'Andréa del Sarto; — une grande jatte à pied, forme trilobé, trois anses à tète de monstres, entrelacs en relief à l'extérieur, peinture à ■'intérieur; le Jugement de Vârk, d'après Jules
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Romain ; plusieurs autres vases et plateaux, coupes , drageoirs, buires , assiettes ornées à sujets, arabesques, grotesques, dans le style des diverses villes de la Romagne; enfin un trèsgrand bassin , contour orné de petits Amours sur fond noir; au centre, grand sujet d'après Jules Romain : Son fatîi i doni al populo romand, etc.
D'après ce que nous avons vu de ces produits à Florence, nous sommes certain qu'ils attireront chez nous l'intérêt des amateurs. Mais nous ne pouvons nous détacher du riant souvenir de Florence sans voir apparaître devant nous, au miheu d'un bosquet d'azalées gigantesques, la ravissante maison Pandolfini, intérieur décoré par les soins de M. Freppa. La dame de ce palais, dernière descendante iu secrétahre de Léon X, a fait honneur à son origine en choisissant un antiquaire de ce mérite et de cette inspiration pour embellir sa demeure C'est la seule où tout soit
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entendu pour le confortable, sans qu'une parcelle, un brimborion du décor ou de l'ameublement ne charme les yeux et l'esprit.
Là, vous n'êtes plus poursuivi de ces entassements de festons et d'astragales qui, dans tous les palais italiens, vous chargent la tête, tandis que des murs froids ou dégradés, flanqués de canapés d'auberge, vous font tristement sourire, mélange d'opulen:e et de misère, de goût et d'incurie qui caractérise tristement ces villas trop vantées. Quelques-unes s'efforcent vainement d'être riches et brillantes dans toutes leurs parties. En tant que musées, elles sont, à coup sûr,, dignes de l'admiration du monde entier; on peut aussi se les imaginer étincelantes de fêtes royales ou solennellement consacrées à quelques grandes cérémonies d'un autre âge. Mais, dans ces enfilades de pièces incommensurables, sous ces voûtes illustrées par les peintures des maîtres, parmi ces colonnes froidement austères ou folle-
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ment parées, rien ne semble possible pour la vie intime, rien n'est approprié aux besoins de l'homme'd'aujourd'hui, et, si on les traverse avec ravissement ou avec émotion, on n'y voudrait pas rester, même en peinture.
La maison Pandolfîni, car, Dieu merci, c'est une maison, est donc la seule où nous ayons compris qu'on puisse vivre sans prendre en grippe les ornements d'invention humaine, et sans éprouver le besoin d'aller courir loin des marbres et des dorures, dans quelque ravin sauvage, parmi les ronces et les cailloux, pour retrouver, n'importe où et comment, le laisser aller naïf de la nature, l'imprévu de la forme et de la couleur.
Ce sont trois ou quatre belles pièces, non démesurées, meublées, selon l'éclectisme moderne, de toute sorte de belles choses anciennes, où dominent un grand goût, une harmonie générale et une composition à la fois pittoresque et com-
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mode dans l'ameublement. Les armoires et crédences en chêne noir, à ornements sculptés- et dorés sur le bois même, nous ont paru chose toute nouvelle, bien qu'elle ait son type consacré anciennement. Cela repose de ce que l'on voit partout, et l'effet en est à la fois doux et sévère, riche et simple.
Tâchez de pénétrer dans ce sanctuaire, vous qui allez à Florence, et, quand vous aurez mi la chapelle de Michel-Ange, le Persée de Cellini (le socle surtout), la loge ciel Lanzi, la salle des Cinq-Cents, les ivoires et rorfé\Terie du vieux palais, la galerie degli Uffizi, la. façade du palais Strozzi et celle du palais Pitti, les riantes Caséines et les portes de bronze de la cathédrale, vous verrez encore à loisir et avec délices, dans le musée Freppa, les petits bas-reliefs émaillés de Luca délia Robbia, les jolis marbres de Donatello, les lustres fleuris de Venise, et les maioliques, autlientiques ou non, de maestro Gior-